« Quand on a vu un tel déploiement, on s’est demandé de quoi il s’agissait. On veut savoir ce qu’il se passe ». C’est un combat qui traîne depuis avril entre la municipalité, l’opposition, et les habitants du quartier. Trois mois plus tard, aucun terrain d’entente ne semble encore avoir été trouvé. L’objet du conflit, ce fameux chantier, situé Rue Roger Clavier, en face du stade de foot de la commune, à quelques pas de la mairie. Ce chantier, couramment appelé terrain des ‘7 hectares’, ne cesse de diviser, et son exploitation pose question. Elus de l’opposition et habitants du quartier souhaitent des réponses concrètes, loin d’être convaincus par celles avancées par la majorité. « Le maire a distribué en avril un courrier aux habitants, en disant qu’il avait décidé de planter des petits pois et des fèves pour l’alimentation animale », se rappelle Dominique Vincent, vice-président de l’association ‘Village Fleury’. « Quelques jours après, nous avons vu arriver les bulldozers. Ils ont enlevé de la terre. Mais pourquoi ? ».

Et maintenant ?

Et alors que des soupçons d’enfouissement de gravas, liés à l’arrivée du Tram-Train à Courcouronnes, règne autour de ce fameux terrain, la majorité nie en bloc ces accusations. « La majorité municipale porte ce projet d’agriculture bio, et prévoit donc 7 hectares d’installation. Une installation de terre végétale qui servira à faire pousser des légumineuses pour les animaux », confirme-t-elle. « Pour mettre de la terre végétale, il faut remplacer la ‘vieille terre’. Nous n’avons rien à cacher ». Des arguments semblent-ils, recevables, que Claude Boutin, adjoint aux travaux, tente d’appuyer. « Les blocs de béton sont là juste pour faire les pistes pour les engins », lançait-il lors du conseil municipal du 26 juin dernier. Un conseil houleux qui avait d’ailleurs vu des membres de la réunion, en désaccord, en venir aux mains.

Mais pourquoi tant d’obstination du côté des opposants ? Réponse : les documents. Qu’ils soient rendus publics ou non, ces derniers permettent aux habitants réfractaires de douter. « Suite à nos multiples demandes, la majorité municipale nous a enfin transmis quelques documents relatifs à la nature des gravas amassés sur ce site. Ces documents révèlent que ces gravas proviennent de chantiers situés à Coucouronnes, Athis-Mons, La Ville-du-Bois, Saint-Pierre-du-Perray… », assure le groupe d’opposition ‘Fleury Ensemble’ sur sa page Facebook. « Ces mêmes documents indiquent également que des analyses ont révélé une concentration en mercure supérieure au seuil de toxicité sur de la terre provenant d’un chantier d’Athis-Mons ».

Mais si les détracteurs du projet ont finalement pu s’octroyer ces documents, d’autres manqueraient à l’appel. « J’ai demandé à la ville plusieurs documents. Je n’ai toujours pas de chiffres sur les mètres cubes de terre amenés, ni sur le montant de la transaction », ajoute l’élue d’opposition. « On a envoyé tous les documents qu’on a à disposition, il n’y a pas de documents cachés », répond alors le cabinet du maire, reconnaissant une présence de mercure dans les terres apportées d’Athis-Mons, néanmoins inférieure aux normes autorisées. « On a un bon de commande de 5 000 euros, un carottage de 6 000 euros, plus le coût d’un huissier », poursuit-il. Des frais qualifiés de « légers » pour ‘Village Fleury’, qui constate notamment avec stupéfaction les nombreux va-et-vient des camions depuis des mois. « Il n’y a pas de détails sur le bon de commande. On voit passer plusieurs engins de terrassement qui sont très onéreux à la journée. C’est pas clair, il y a beaucoup d’opacité à ce niveau là », relève l’association. « Le terrain était en jachère depuis 2009, qui a décidé de changer la terre, qui a décidé que la terre n’était pas bonne ? ».

Et David Derrouet dans tout ça ?

Un peu plus d’une semaine après ces remous, le dossier pourrait quelque peu s’éclaircir. Si comme nous le signalait une habitante du quartier, une dérangeante poussière continue de naviguer dans l’air floriacumois, des tests afin d’évaluer la pollution des sols (un ‘carottage’) ont été effectués par le bureau d’études IGEOTEX, en présence d’un huissier. Le rapport d’analyses est tombé : « aucun indice de pollution n’a été relevé lors de la réalisation des sondages », indique celui-ci. « Il apparaît ainsi que les terres apportées sur le site, au droit des sondages réalisés, ne présente aucune trace ou aucun impact significatif en polluant organique ». Malgré le verdict rendu par ce rapport, les opposants au projet n’en démordent pas pour autant, bien au contraire. « On conteste la manière dont ont été faits ces prélèvements. On s’attendait à cela puisqu’une seule partie était présente lors des prélèvements, nous on a pas été invités », explique l’association ‘Le village Fleury’ avant la lecture précise du rapport.

Annie Saltzmann, élue d’opposition Front de Gauche, a quant à elle trouvé réponse à certaines de ses questions au sein même de ce rapport. « Le terrain des 7 hectares, classé au PLU en zone naturelle à protéger, a été transformé en une ‘Installation de Stockage de Déchets Inertes’, ainsi que le révèle le cadre légal des analyses géologiques (page 10 du rapport) », explique-t-elle ce jeudi sur la page Facebook de l’opposition, le rapport stipulant lui que le terrain remplissait bien les « critères d’acceptation en installations de stockage de déchets inertes ».« De plus, aucune trace de terre végétale n’a été relevée sur le terrain des 7 hectares. Y aurait-il un projet caché de bétonnage de l’entrée de notre ville ? », poursuit-elle mentionnant l’appartenance du terrain à une Zone d’Aménagement Concertée, comme indiqué dans ce même rapport.

Une question en suspens à laquelle le cabinet du maire ne semble visiblement pas pouvoir répondre. « C’est un projet qui a été mené par le maire essentiellement. Si on n’a pas communiqué autour de tout ça, c’est qu’on avait pas les billes pour le faire », se décharge la mairie. « C’est un projet dont on a hérité et qui semble aller dans le bon sens. Il n’y a plus d’interrogation, même pour nous, depuis les résultats de ce jeudi matin ». Discret à souhait depuis sa démission, David Derrouet n’a quant à lui souhaité dire mot autour de ce fameux terrain. « Je m’exprimerai en temps voulu. C’est moi qui donne le tempo », nous répond-t-il, lui qui avait alors prévenu de « légers dérangements » en avril à l’entame des travaux. Ses explications sont vivement attendues, il semble être le seul à pouvoir satisfaire les attentes de tous les Floriacumois, qui ne devraient pas assister à la première récolte de féveroles avant un an. « La terre va être confiée à un agriculteur essonnien qui va nous payer un bail. Les travaux seront terminés au plus tard, fin septembre, les premières plantations se feront dans la foulée, les premières récoltes, en juin », affirme le cabinet. « L’affaire continue », assure quant à elle Annie Saltzmann.

Propos recueillis en collaboration avec Mylène Hassany.