Treize au départ, quatre à l’arrivée. Il est bien difficile de mobiliser des élèves de 5e. C’est pourtant ce qu’a essayé de faire Marianne Films, association evryenne spécialisée dans l’art visuel. Depuis janvier 2017, des élèves du collège Léopold Sédar Senghor de Corbeil-Essonnes participent à des ateliers cinéma tous les jeudi soirs après les cours, sur la base du volontariat. « Pas évident de les mobiliser sur une activité comme celle-ci. Difficile pour eux de se concentrer après une journée d’école », lâche Audrey, l’une des cadres de l’association. « Il faut faire la démarche d’aller vers eux ». Après plusieurs mois de travail, l’heure est venue ce vendredi après-midi, en direct de la Maison des Associations de Corbeil-Essonnes, de restituer les connaissances sur « TV Senghor ».

Les régisseurs en poste, les cameramen aussi, Samouiat et Céleste peuvent enfin s’exprimer au micro. Un exercice peu évident pour ces novices, qu’elles gèrent finalement sans grande timidité. « On a fait des cours, on a appris à utiliser des caméras, à parler devant des personnes », expliquera Samouiat à l’issue de la représentation. Armées d’un prompteur, plus ou moins dicté par leurs soins, puis élaboré par Kadia, grande artisane du projet au sein de l’association, les deux jeunes filles ont alors pu s’adonner pleinement à la présentation de leur toute première émission. Le thème de celle-ci, l’analyse d’extraits de films mettant en scène des jeunes dans des cités. « C’est pour leur faire prendre conscience de certaines choses. Qu’ils ne fassent pas que critiquer, mais qu’ils comprennent, qu’ils rentrent dans le processus de fabrication du film en prenant du recul par rapport à l’image », détaille Audrey.

« … les jeunes de cité ne sont pas tous comme ça »

« Les Kaïra », « Divines », « L’esquive », « Bande filles »… tout autant de films multipliant les clichés sur les banlieues. Les extraits terminés, place maintenant au débrief. Et si « Divines » semble faire l’unanimité, Kamil, lui, souhaite réagir un peu plus longuement sur ce qu’il vient de voir. « De l’extérieur on entend beaucoup de généralités sur les cités », amorce-t-il, lui qui préfère être derrière que devant la caméra. « Ça ne me fait pas plaisir, j’aimerais qu’on arrête de faire des généralités. Je suis l’inverse de ce qu’on montre dans les films. Je suis calme et je ne me comporte pas comme eux », conclut-il. Un sentiment partagé par la majorité des jeunes présents dans la salle, qui tente alors de trouver une solution pour balayer ces clichés. « Il faudrait faire des films qui montrent que les jeunes de cité ne sont pas tous comme ça », propose alors Samouiat.

Si tout ne s’est bien évidemment pas passé comme sur des roulettes, la satisfaction est tout de même de rigueur du côté des jeunes à l’issue de l’émission. Pas vraiment de quoi révéler une passion ceci-dit, si ce n’est peut-être pour Diénéba. « J’ai vraiment bien aimé faire ça. J’ai préparé le projet avec les autres, j’ai aussi filmé. Je sais ce que je veux faire plus tard, mais je vais réfléchir à faire ça (tournage), j’ai vraiment bien aimé », lance la jeune de 13 ans. Un peu plus d’une heure de tournage qui sera montée, puis diffusée à la rentrée de septembre sur Senghor’ News, le blog du collège.