« J’espère qu’on arrivera progressivement à vous convaincre, que dans quelques années vous verrez qu’on a eu raison ». Voilà les mots prononcés par Jean-Michel Giraudeau, maire d’Ollainville, au moment de conclure la réunion de restitution des ateliers et de l’enquête publique (résultats sur le site de la Préfecture) effectués autour du développement de la Zone d’aménagement concertée (ZAC) des Belles Vues. C’est dire si le projet ne fait pas encore l’unanimité. 

Après huit ans de concertation et d’étude, ce dernier prend doucement forme. Situé sur 56 hectares à cheval entre les communes d’Ollainville et Arpajon, l’éco-quartier des Belles Vues va accueillir 1 000 habitations (dont 30% de logements sociaux), un parc de six hectares d’espaces verts, trois services publics de proximité dont un groupe scolaire, un gymnase et une maison médicale, mais aussi une crèche et des bureaux : « Nous comptons 2 500 à 2 600 demandes de logement non-satisfaites sur notre territoire, explique Georges Joubert, vice-président en charge de l’urbanisme au sein de Cœur d’Essonne Agglomération. On a donc besoin d’un projet de cette envergure, d’autant plus que les créations d’entreprises qui vont avoir lieu d’ici 2018 sur l’ex-base 217 de Brétigny-sur-Orge vont nécessiter la construction des logements de proximité ».

Dans le cadre de la concertation, les acteurs du projet ont donc cherché à expliquer leur démarche par le biais de trois ateliers participatifs portant sur plusieurs thématiques : « aménagement et équipements publics », « environnement et développement durable » et « mobilité, activités et perspectives économiques ». Le tout avant de présenter les résultats de l’enquête publique qui s’est tenue entre le 20 février et le 24 mars 2017 : «  L’idée est vraiment de relier l’éco-quartier aux centres-villes d’Arpajon et Ollainville, précise Vincent Marniquet, architecte paysagiste en charge du projet. Nous allons prendre en compte le paysage existant pour créer du logement, mais surtout un quartier de vie écologique, avec des équipements, des services, la présence d’entreprises déjà installées dans la ZAC et celles qui vont s’y établir. Près de 500 emplois doivent être créés ».

Si le projet a obtenu les premières certifications HQE (Haute qualité environnementale), le commissaire enquêteur de l’Etat a néanmoins émis deux réserves (voir pages 36–37 du rapport) et cinq recommandations que n’ont pas manqué de soulever les associations.

L’accessibilité de la ZAC en question

« Sur le bilan, vous jugez comme ‘très performant’ l’accès aux transports, s’étonne Emmanuel Désert, membre de l’association Essonne nature environnement et président de Breuillet Nature. Pourtant, à pieds, on est assez loin des transports en commun ». Il faut dire que la problématique de l’accessibilité est au cœur des débats. Desservi par les départementales 97, 116D, 52 et la Nationale 20, régulièrement saturée par les bouchons, le site risque d’être difficilement atteignable aux heures de pointe. Dans son rapport, le commissaire enquêteur demande d’ailleurs à la SORGEM, la société mixte chargée de l’aménagement du site, de réaliser une « étude complémentaire approfondie sur les moyens d’accès depuis et vers la ZAC des Belles Vues » afin « d’identifier le ou les moyens à retenir afin d’assurer un véritable désenclavement ». 

Christian Béraud, maire d'Arpajon (au micro), accompagné de Jean-Michel Giraudeau, son homologue d'Ollainville (cravate rouge) et de Georges Joubert, vice-président en charge de l'urbanisme à l'agglomération Coeur d'Essonne (chemise bleue) (MB/EI).

Christian Béraud, maire d’Arpajon (au micro), accompagné de Jean-Michel Giraudeau, son homologue d’Ollainville (cravate rouge) et de Georges Joubert, vice-président en charge de l’urbanisme à l’agglomération Coeur d’Essonne (chemise bleue) (MB/EI).

Alors les acteurs du projet se veulent rassurants. Christian Béraud, maire d’Arpajon, précise : « Nous allons construire une passerelle au-dessus de la N20, elle permettra de rejoindre Arpajon et sera réservée aux piétons et aux vélos. Une nouvelle bretelle devrait également partir de la N20 pour rejoindre directement le parking de la gare d’Arpajon. Des nouvelles lignes de bus doivent aussi être créées via les Transports en commun en site propre (TSCP, ndlr) ». Le premier édile arpajonnais, par ailleurs chef d’entreprise, parie également sur l’évolution des modes de travail : « On remarque que lorsque cela s’y prête, le monde professionnel s’oriente de plus en plus vers le télé-travail, analyse-t-il. Les gens ne travailleront donc plus que trois à quatre jours dans la semaine et prendront moins la voiture ».

Du côté des associations, l’argument ne convainc pas : « Quand on est responsable, on ne parie pas sur des facteurs extérieurs incontrôlables, se désole Dominique Sengelen de Breuillet Nature. Et puis on nous parle d’aménagements dont les financements sont encore loin d’être réunis ».
Là encore, les décideurs se veulent pragmatiques : « Nous sommes en 2017 et le projet doit être livré en 2026. On a donc encore le temps de voir les choses venir, tempère Georges Joubert. Pour ce qui est du financement des aménagements, nous avons déjà provisionné 400 000 euros ». 

« Une véritable tartufferie écologique »

Les associations environnementales dénoncent également un projet incohérent : « Oui, il faut répondre à la problématique du logement, mais on peut le faire autrement, estime Emmanuel Désert. En France, l’équivalent d’un département disparaît sous le béton tous les sept ans. Là, on va détruire des terres agricoles alors qu’en même temps l’agglomération dépense de l’argent pour dépolluer les sols de l’ex-base 217 sur laquelle elle veut implanter des maraîchages bio. C’est une véritable tartufferie écologique, on ne peut pas parler d’éco-quartier alors qu’on supprime des terres agricoles !  » 
Pour lui et ses collègues, il faudrait d’abord utiliser les logements vacants ou les espaces abandonnés plutôt que de sacrifier des terres agricoles. D’autant que cela éviterait aux élus de devoir retrouver des terres cultivables aux trois agriculteurs expropriés, conformément à la loi de compensation (lire page 15 du rapport). Sur ce point, les responsables du projet semblent cette fois-ci d’accords même s’ils pointent du doigt les limites d’un tel raisonnement : «  Notre but c’est que les gens qui habitent dans l’agglomération y travaillent pour limiter les déplacements et que chacun soit gagnant, confirme Christian Béraud. Bien sûr que nous construisons en priorité sur les terrains à réhabiliter, mais ce n’est pas suffisant. En revanche, construire sur ce site permet de maîtriser l’urbanisme et de travailler à une intégration réfléchie. Avec une base de 17 logements par hectares au lieu de 35 à 40 en moyenne aux alentours, nous allons pouvoir éviter la concentration d’habitations et tous les problèmes qui vont avec  ».

Reste la question de la seconde réserve émise par le commissaire enquêteur : celle de la qualité des sols. L’éco-quartier étant construit sur des terres agricoles, une partie de celles-ci sont détériorées par l’emploi de produits phytosanitaires. Charge donc aux services compétents de traiter les parcelles concernées : « La SORGEM doit réaliser les analyses de sols complémentaires sur ceux qui accueilleront les équipements publics et, si les résultats trouvés révèlent un risque sanitaire, prendre les mesures de dépollution appropriées », avertissent les services de l’Etat. « On interviendra, assure la société. Les terrains seront dépollués, l’eau sera traitée ». 

L'éco-quartier des Belles Vues possèdera un parc de six hectares d'espaces verts (DR).

L’éco-quartier des Belles Vues possédera un parc de six hectares d’espaces verts (DR).

Concernant les terres argileuses dont le site est également parsemé, tout sera fait pour éviter les inondations qui touchent chaque année certaines habitations : « Nous avons pris l’engagement de faire des référés préventifs pour vérifier les propriétés de chacun, que ce soit avant ou après les travaux », annonce la SORGEM. Des bassins de rétention d’eau seront aussi installés à proximité du parc.

Après deux heures trente de réunion, élus et associations se sont séparés en campant sur leurs positions : « On a parfois tenu compte de ce que vous disiez Monsieur Désert, mais pas toujours car il vous arrive d’asséner des contre-vérités, a conclu Christian Béraud, devant les interrogations ironiques du président de Breuillet Nature qui se demandait si participer à la concertation avait vraiment servi à quelque chose. « Ce projet, en plus de ne pas être écologique, va accentuer l’exclusion sociale car la ZAC va se trouver loin des cœurs de ville, a regretté ce dernier. Les inégalités entre ceux qui ont une voiture et ceux qui n’en ont pas vont se creuser ». 

En attendant la livraison de l’éco-quartier dont le coût est estimé à 52 millions d’euros, des études complémentaires vont être menées pour répondre aux réserves et recommandations formulées par le commissaire enquêteur : « On prendra aussi en compte les propositions formulées par les habitants lors des ateliers, des axes d’aménagement seront ensuite présentés aux riverains », promet la SORGEM. Les premiers travaux, eux, devraient débuter courant 2018.