Après les bureaux de poste, c’est au tour d’un autre service public d’être touché par les réductions d’ouverture. Selon la CGT, qui a publié l’information fin mai dernier, la direction de la SNCF prévoit pour 2017 la suppression de 221 emplois sur la branche Transilien. Ou du moins prévoyait : « Le projet devait entrer en vigueur le 1er janvier 2018, mais des élus ont porté réclamation devant l’entreprise et le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif, ndlr) qui organise, coordonne et finance les transports publics dans la région », dévoile Cyril Conan de l’UFCM-CGT. Résultat des courses, rétropédalage de la direction qui a finalement décidé de retirer son projet : « Ils nous ont dit qu’ils avaient ‘changé d’avis’, les gares concernées ne sont donc plus inquiétées », sourit le syndicaliste, pas né de la dernière pluie mais satisfait d’avoir pu peser dans la balance.

Elue au Conseil régional d’Ile-de-France, Marianne Duranton (UDI) confirme. Chargée de la concertation RER C entre la SNCF et la région, elle est intervenue, avec d’autres, pour le retrait du projet : « J’ai saisi la présidente Valérie Pécresse sur la question, explique-t-elle. Nous entamons la concertation le 3 juillet prochain et ce n’est pas possible d’ouvrir les débats dans ces conditions-là. Bertrand Gosselin (Directeur de la ligne C du RER, ndlr) nous a donc assuré ‘qu’il gelait tout’ et qu’il ne ferait rien qui impacterait le fonctionnement du réseau  ».

Il faut dire que le projet de la SNCF était tout de même bien ficelé. D’après le document fourni par le syndicat (voir plus bas), trente-deux gares de la ligne C du Transilien devaient être impactées, dont dix-huit situées sur le tronçon essonnien. Au programme : la fermeture de certains guichets et la suppression du personnel en gare : « Concrètement, cela signifie l’absence totale de personne physique en gare après les horaires indiqués, précise Cyril Conan. Seuls les trains s’arrêteraient donc à quai ».
Ainsi, les gares de Sermaise et Vauboyen verraient leurs guichets complètement fermés et automatisés. En semaine, la gare de Massy-Verrières serait de son côté ouverte uniquement le matin. Enfin, les stations de Bièvres, Breuillet-Bruyères, Chilly-Mazarin, Egly, Igny, Lardy ou encore Longjumeau n’accueilleraient plus de personnel le week-end. «  La SNCF est en train de réorganiser les conditions de travail de ses agents, et les suppressions de postes entraînent forcément la réduction des horaires d’ouverture de certains guichets, ou carrément leur transformation en Points d’arrêt non-gérés (PANG, ndlr), poursuit Cyril Conan. Dès lors, on est en droit de se demander si la SNCF remplit toujours sa mission de service public, d’autant que ce projet va à l’encontre du contrat qu’elle a signé avec la Stif pour la période 2016–2019 ».

Gares essonniennes de la ligne C du RER concernées par les réductions d'ouverture de guichets (DR).

Les gares essonniennes de la ligne C du RER concernées par les réductions d’ouverture de guichets (DR).

Au chapitre « Niveau de service attendu par le Stif et l’engagement de l’entreprise en matière de gestion des espaces en gares » mentionné dans ce contrat, le Stif attend en effet de SNCF Mobilités « que tout soit mis en œuvre pour lutter contre le sentiment de déshumanisation des espaces de transport et atteindre les niveaux de service fixés ci-après ». Parmi lesquels l’article 23.4 qui stipule que « le Stif attend de SNCF Mobilités qu’elle assure un meilleur service aux voyageurs avec des agents en gare plus visibles, plus proactifs avec une attention accrue lors des situations perturbées notamment ». Ainsi, la SNCF s’est engagée à fournir aux voyageurs un service plus complet et plus lisible, en assurant notamment «  l’accueil, l’information et l’assistance aux voyageurs en gare à des horaires clairs et prévisibles » : « Ce qui est écrit dans le contrat du Stif ne peut pas être changé en cours de route par la SNCF, souligne Cyril Conan. Les arrêtés seront les mêmes tout au long du contrat sauf si le Stif y apporte un avenant ».

Fixés par le rapport annuel de 2014, les horaires d’ouverture des gares peuvent effectivement être revus à mi-contrat, suivant l’évolution de leur fréquentation. Mais si leur service peut être «  renforcé en cas de hausse du nombre de montants », il doit en revanche « être maintenu en cas de baisse de celui-ci ». Concernant la présence d’agents commerciaux en gare, le contrat stipule même que « les horaires d’ouverture et de présence sédentaire au 1er janvier 2014 devront au minimum être maintenus » sur la durée du contrat. Soit jusqu’en 2019.

Membre du Conseil d’administration du Stif, Marianne Duranton ne dit pas autre chose : « Il n’y a eu aucune commande du Stif, d’autant que nous sommes plutôt pour un renforcement des effectifs, appuie-t-elle. Valérie Pécresse interviendra sur le sujet dans les jours qui viennent. On s’opposera à tous projets similaires ».

« Ira-t-on vers une nouvelle catastrophe ferroviaire ? »

Sur la ligne D voisine, ces réorganisations pourraient également être appliquées. Mais dans l’immédiat, c’est l’entretien des voies qui inquiète. Le 22 mai aux alentours de 22h, sur le site ferroviaire de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), une équipe d’agents de maintenance des voies expliquent « avoir découvert in-extremis un joint isolant complètement desserré ne tenant plus que sur un seul boulon, suffisamment desserré pour faire dérailler une circulation ferroviaire » (lire le communiqué). Une sensation de déjà vu : «  C’est le même type d’incident que celui qui a provoqué le déraillement d’un train en gare de Brétigny-sur-Orge en juillet 2013, rappelle Bruno Poncet, du syndicat SUD-Rail Paris Sud Est. Mes collègues l’ont vu à temps, mais c’est une nouvelle illustration des conséquences entraînées par le recours massif à la sous-traitance mis en place depuis plusieurs années par la SNCF ».
Le syndicaliste ne souhaite pas alarmer inutilement les usagers, mais estime qu’ils doivent être informés : « Le but n’est pas de dire que le réseau est dangereux, simplement que l’entretien des voies, de plus en plus sous-traité, n’est pas toujours réalisé comme il le faudrait ».

Photo prise sur site du joint (DR).

Photo du « joint isolant complètement desserré » prise par les agents de maintenance à Villeneuve-Saint-Georges (DR).

Lors de plusieurs vérifications d’après-travaux, Bruno Poncet explique avoir « retrouvé des pièces sur lesquelles il manquait plusieurs boulons ». Dans une lettre adressée le 17 mai dernier à la direction de la SNCF, la Fédération SUD-Rail dénonçait d’ailleurs « la politique du chiffre et les nouvelles méthodes de travail qui n’ont été bâties que sur la seule logique de productivité avec aussi une ouverture sauvage aux entreprises privées qui mettent à mal la sécurité ». Avant de conclure : « La situation étant devenue très dangereuse, tant dans la sécurité ferroviaire, que dans l’organisation du travail des cheminots de l’Équipement, la fédération SUD-Rail exige que le travail soit fait par des cheminots à statut qui eux ont comme cœur de métier la sécurité et avec tous les moyens humains et matériels nécessaires pour exécuter les travaux dans de bonnes conditions de travail ».

Lettre adressée à la direction de la SNCF après la découverte du joint isolant desserré sur les voies à Villeneuves-Saint-Georges (DR).

Lettre adressée par le syndicat Sud-Rail à la direction de la SNCF après la découverte d’un joint isolant desserré sur les voies en gare de Villeneuve-Saint-Georges (DR).

Pour les syndicats, la direction prise par la SNCF ne promet donc rien de bon : « On systématise l’automatisation des gares, avec la création d’applications ou de points de vente automatiques pour faire des économies, conclut Cyril Conan. Mais quand les gens rencontrent des problèmes on fait comment ? La population française vieillit et tout le monde n’est pas connecté. Sans parler du fait que 10% des voyageurs empruntant la ligne C sont des touristes. Dans l’optique du Grand Paris et des éventuels Jeux Olympiques, ça n’augure rien de bon  ».