« Droit au logement pas à l’expulsion ! ». C’est en criant ce slogan que plusieurs dizaines de personnes ont remonté la rue qui mène à la sous-préfecture de Palaiseau jeudi 22 juin dernier. Banderoles et pancartes en mains, autocollants appliqués sur les vêtements et sur les chapeaux, ils sont ainsi près de 70 personnes à avoir répondu présent en cette fin d’après-midi. « Nous sommes là pour conserver nos logements. Si on ne fait rien, on va être expulsé, et dans ce cas-là, on est mort », lance Abdelkrim, l’un des manifestants. Quel est donc le problème ?

Depuis quelques années maintenant, des réfugiés politiques, des demandeurs d’asile, ou encore des sans domicile fixe se sont établis au sein de la Cité de l’Air, un domaine géré par la direction générale de l’aviation civile (DGAC) d’Athis-Mons. « En tout, il sont 150 personnes dont 60 enfants à vivre sur place. Pour la majorité, il s’agit de familles syriennes, kurdes, roumaines, mais aussi françaises », résume Monsieur Eyraud, porte-parole du droit au logement opposable (DALO), qui est en charge du dossier. « Le site est laissé à l’abandon depuis quelques années maintenant, et des familles qui sont sans logis et qui ne peuvent entamer les démarche pour en obtenir se sont appropriées les lieux », complète le représentant du DALO. Or, alors que le quartier est totalement abandonné par les services de l’aviation civile, les nouveaux occupants ont reçu en novembre 2015 un jugement d’expulsion. Sans nouvelle depuis cette date, les premiers locataires de ces lieux sont restés, et d’autres sont arrivés. « Il y a eu deux grosses vagues d’arrivées. Une en 2015 et une en 2016 », note l’un des résidents installé depuis l’été 2015. Mais finalement, en milieu de semaine passée, un huissier est venu pour avertir les occupants du quartier que la décision d’expulsion des lieux allait être appliquée ce vendredi 30 juin.

« Nous n’avions pas le choix »

Après la visite de ce dernier, différentes associations ont choisi d’interpeler les services préfectoraux pour tenter de trouver « une issue positive » à ce dossier. « Nous exigeons de la préfecture de l’Essonne qu’elle trouve de nouveaux logements pour les résidents de la Cité de l’Air », réclame-t-on du côté du DALO. « Ou même qu’ils restent encore sur place le temps qu’un projet d’urbanisme voit le jour sur les terrains de la DGAC. Car pour le moment, on nous dit de quitter les lieux pour laisser les locaux inoccupés ! C’est intolérable, laissons-les vivre là-bas temps qu’il n’y a pas de projets concrets pour ces parcelles », surenchérit M. Eyraud.

Les occupants de la Cité de l'Air ont demandé un relogement (JL/EI)

Les occupants de la Cité de l’Air ont demandé un relogement (JL/EI)

Ainsi, les représentants des familles souhaitaient obtenir un rendez-vous avec la sous-préfète de Palaiseau, en charge du dossier, jeudi dernier. « On veut un rendez-vous ! », scandait ainsi une partie des manifestants. Or celui-ci n’a pas eu lieu. « Les représentants n’ont pas demandé de rendez-vous, sauf la veille d’une manifestation non déclarée », commente pour sa part la préfecture, qui assure dans un second temps avoir procédé à un recensement des personnes présentes sur place. « Une proposition d’hébergement pour quelques jours renouvelables sera faite à toutes les personnes qui feraient l’objet d’une expulsion », concluent les services préfectoraux. Une proposition qui ne s’inscrit pas dans la durée et que déplorent certains membres associatifs en charge du suivi des familles. Ainsi, une nouvelle mobilisation est prévue ce mercredi devant la préfecture d’Evry ce coup-ci. « L’expulsion est toujours imminente, mais les habitants ont saisi le juge d’exécution pour demander des délais supplémentaires. Une date est prévue en octobre », confie-t-on du côté du DALO. « Laissez-nous la possibilité de vivre là où nous sommes. Si nous nous sommes établis ici, c’est que nous n’avions pas le choix, explique un homme d’origine syrienne, père de trois enfants. Ce n’est pas humain de nous expulser maintenant, par ces fortes chaleurs ».