Quelques 600 places d’accueil en aires permanentes manquantes, une aire de grand passage au lieu des cinq demandées, force est de constater que le département est très loin de remplir les obligations du schéma départemental d’accueil imposé par la loi Besson de 1990 (révisé en 2000). Résultat : « Depuis janvier 2017, 20 grands groupes (plus de 50 caravanes, ndlr) stationnent illicitement sur le département », indique Josiane Chevalier, préfète de l’Essonne. « Ça fait environ 2 500 personnes sur 40 installations de toute taille ». Le constat est frappant, et il est le même depuis quelques années déjà (lire notre article) : l’Essonne est clairement en manque de moyens d’accueil, et les solutions peinent visiblement à être trouvées. « C’est vraiment un sujet de discorde terrible entre les maires et la préfète », soulève Martine Platel, une des administratrices de l’association départementale des gens du voyage. « La preuve, les commissions consultatives qui doivent se dérouler avec la préfète, les maires et les associations, n’ont pas eu lieu depuis 3 ans ».

Les raisons, qui restent souvent assez floues, sont multiples. Si l’aspect financier peut parfois être mis en avant, la question de l’espace, elle, un peu moins, comme l’a relevé Claude Pons, conseiller départemental et maire de Montlhéry, lors d’une conférence de presse ce mercredi matin. « On a de la place, mais on a peur de la suite », reconnaît-il faisant référence aux arrivages régulièrement massifs et « envahissants ».

Mais si Claude Pons est visiblement très préoccupé par cette question, d’autres élus montrent parfois quelques lacunes. « A mon arrivée, j’ai émis plusieurs propositions aux maires du département,  je n’ai reçu aucune réponse », lâche alors la préfète, en place depuis un an. Une confidence surprenante, tant la cause des Gens du voyage semble agacer tout le monde. Cette conférence a d’ailleurs été l’occasion pour la préfète de répondre à certaines accusations dont les services de l’Etat ont été la cible durant sa période de réserve due aux élections. « Depuis janvier 2017, une dizaine d’unités de police supplémentaire a été détachée pour régler ces problèmes. Je ne veux pas entendre que les services de l’Etat ne sont pas présents », lâche-t-elle notamment, sans toutefois vouloir se montrer trop autoritaire avec les élus. « J’essaie de bien travailler avec les maires. Je préfère qu’ils viennent me voir plutôt que d’alerter la presse ».

Que faire ?

La préfète attend donc des réponses afin d’avancer sur ces sujets alors que les incivilités se multiplient. Pour rappel, en ce début de mois de juin, Jean-Marie Vilain, maire de Viry-Châtillon, a été agressé par des Gens du voyage alors qu’il tentait d’empêcher l’envahissement du stade municipal (lire notre article). Un gendarme a quant a lui été renversé à Mennecy et a dû être arrêté 14 jours durant. « C’est inacceptable et inexcusable de s’en prendre à un maire ou aux forces de l’ordre. Je condamne toutes ces violences », réagit Josiane Chevalier. « On reste sur place autant que faire se peut. Mais on n’est jamais exempt de danger« , ajoute Luc-Didier Mazoyer, Directeur départemental de la sûreté publique (DDSP).

Il faut donc trouver des solutions, et vite. Alors que la préfète avance des propositions comme un « système d’aires tournantes », « la révision de la superficie des terrains d’accueil », ou encore l’occupation d’une partie de l’ex Base Aérienne 217 comme le proposait Patrick Imbert (président de la CCVE) peu avant le Download Festival, le schéma départemental d’accueil va de nouveau être révisé. « On cherche des solutions qui posent le moins de problèmes aux collectivités. La loi est faite pour être respectée par tout le monde », poursuit Josiane Chevalier, souhaitant « rapprocher le sujet au niveau des intercommunalités ». « Sur dix intercommunalités, six n’ont pas rempli les critères pour les aires permanentes d’accueil ». Concernant les aires de grand passage, rien. Aucun terrain n’est pour l’heure en négociation alors que plusieurs communes du Sud-Essonne manifestaient par ailleurs leur refus il y a de ça un an (lire notre article).

Difficile donc, dans de telles conditions, d’éviter la moindre installation illicite puisque le département, lui-même, n’est pas aux normes. La mise en place, par la préfecture, de la charte de lutte contre les constructions illicites modifie cependant quelque peu la donne. « Le pire c’est cette charte. Même les propriétaires sont menacés d’expulsion… On avance pas. À Bievres ils ont été expulsés, à Wissous, ils s’attendent à l’être », peste Martine Platel alors qu’un collectif s’est formé pour lutter contre cette charte. Et si d’autres installations devraient bientôt être démantelées, à l’instar de celle placée à Saint-Maurice-Montcouronne, des changements sont une nouvelle fois attendus. L’espoir est au beau fixe pour la préfète. « Maintenant, il y a des structures qui sont mises en place. Il y a un représentant au niveau départemental. Un représentant pour chaque EPCI (Etablissement public de coopération intercommunal ), la communication sera plus simple », argumente quant à lui le maire de Montlhéry. « La difficulté c’est l’ultra diversité de cette population. Il faut trouver un interlocuteur qui s’occupe de tout du début à la fin. Il y a les associations. Les protestants ont des pasteurs, mais c’est parfois difficile », poursuit Alain Charrier, directeur de cabinet de la préfète. Un travail de longue haleine donc, mais quasiment au point mort depuis plusieurs années…