Il y a parfois des élections symboliques, celle-ci en fait sans doute partie. Déjà arrivé en tête dans la 10e circonscription de l’Essonne lors du premier tour (26,68%), Pierre-Alain Raphan est de nouveau sorti vainqueur dimanche 18 juin, en totalisant 53,42 % des suffrages, contre 46,56 % pour Charlotte Girard, son adversaire de la France Insoumise. Le candidat de La République en marche, 34 ans et par ailleurs entrepreneur et président de la Ligue essonnienne de taekwondo, va donc faire son entrée à l’Assemblée nationale dans les semaines qui viennent : « On prend conscience de la responsabilité, reconnaît l’heureux élu, la mine sérieuse et la joie contenue. L’abstention empêche de crier victoire (62,53%, soit sept points de plus qu’au premier tour, ndlr), c’est une déception, une alerte. Ça exprime un rejet complet dans certaines zones. Notre premier rôle sera d’être aux côtés de ces gens qui ne votent pas pour les ramener vers la citoyenneté. »

Si Pierre-Alain Raphan veut avoir le triomphe modeste, il peut néanmoins s’enorgueillir de s’être arrogé une circonscription aux mains du Parti socialiste depuis 1988, le tout en s’imposant dans quatre des cinq communes qui la composent. Et à y regarder de plus près, certaines étaient loin de lui être acquises.

Grigny et Morsang dans son escarcelle

Sans surprise, et comme lors du premier tour, le candidat macroniste termine devant à Sainte-Geneviève-des-Bois (54,85%) – dont le maire Olivier Léonhardt (PS), suppléant du député sortant Malek Boutih (PS) durant la campagne du premier tour, lui avait apporté son soutien. Il s’impose également à Saint-Michel-sur-Orge (54,23%), seule municipalité de droite de la circonscription où il vit depuis trente ans, mais aussi et surtout à Grigny (52,90%) et Morsang-sur-Orge (51,42%), communes respectivement dirigées par Philippe Rio et Marjolaine Rauze, deux maires communistes : « C’est une belle surprise car ce sont des territoires ancrés à gauche, admet le nouveau député. C’est un signal positif dans une abstention négative ».

Il faut dire que ces deux communes votent en effet traditionnellement à gauche, voire à l’extrême gauche. Lors de la dernière présidentielle, Jean-Luc Mélenchon était par exemple arrivé en tête à Grigny (42,28%) et Morsang-sur-Orge (26,48%). Il y a une semaine, Philippe Rio, candidat PCF aux législatives, s’était de son côté largement imposé dans sa ville totalisant 39,66% des voix lors du 1er tour. Seule Morsang avait déjà placé en tête Pierre-Alain Raphan le 11 juin au soir. Alors comment expliquer ce revirement de situation ?

Le député élu avance une première explication. Si l’abstention atteint des records à Grigny (74,65%), il justifie néanmoins sa victoire par l’action de terrain : « On a beaucoup travaillé avec les jeunes des quartiers, dévoile-t-il. On a très peu communiqué dessus car ces derniers ne le souhaitaient pas mais on a passé plusieurs nuits avec eux. L’idée était de leur faire comprendre qu’ils ont le pouvoir de faire changer les choses. Ce n’était pas facile au début, mais ils ont finalement adhéré car ils ont vu qu’on leur faisait très peu de promesses, mais qu’on voulait s’appuyer sur leurs qualités pour les valoriser ».

« Le report des voix communistes pas au rendez-vous »

Du côté des déçus du soir, on pense savoir ce qui a péché. Si Charlotte Girard se réjouit d’avoir terminé en tête à Fleury-Mérogis (51,35%) et que son mouvement puisse enfin former un groupe parlementaire à l’Assemblée pour « désormais constituer la première force d’opposition à Emmanuel Macron », elle regrette néanmoins la confusion qu’il y a pu avoir chez certains électeurs : « La gauche domine depuis de nombreuses années sur la circonscription, avec tout le nuancier de tendances qu’elle possède, analyse-t-elle. Cela a fini par troubler l’esprit des gens. Rajoutez à cela la dimension clientéliste des élus locaux et ça produit ses effets.  »
Après le soutien de Philippe Rio et Marjolaine Rauze durant l’entre-deux tours, la candidate de la France Insoumise pouvait néanmoins espérer récupérer Grigny et Morsang. Ce ne fut pas le cas. Une des conséquences du manque d’unité du début de campagne ? « Il n’y a pas de doute, on sait où les voix nous manquent, lâche Charlotte Girard. Le report attendu des voix communistes n’a pas été au rendez-vous. C’est dommage.  »

Reste qu’avec 1 425 voix d’écart avec son adversaire au second tour contre 2 954 une semaine plutôt, le bilan est positif. C’est d’ailleurs le message qu’elle a voulu faire passer à ses soutiens réunis dimanche soir au bar le Monte-Cristo, situé sur l’avenue Gabriel-Péri à Sainte-Geneviève-des-Bois : « On marque des points, nous sommes en train de nous implanter ce qui fait trembler les puissances locales », a-t-elle lancé. Avant de capitaliser sur les résultats nationaux et les dix-sept députés obtenus par la France Insoumise : « Maintenant, le tour social va démarrer à la rentrée. Nous serons alors la seule courroie de transmission de ce mouvement à l’Assemblée. C’est ce qui fera notre cohérence : démontrer que nos discours sont en adéquation avec nos actes ».


Quelques mètres plus loin, sur la même avenue, Pierre-Alain Raphan s’est lui accordé quelques instants de répit à La Maison Créole pour savourer sa victoire avec ses militants et ses proches. Avant de préparer sa nouvelle vie dès ce lundi : « On va avoir du travail, on n’a pas le droit à l’erreur, explique-t-il. Il va falloir constituer une équipe, nous aurons également deux formations sur le rôle de parlementaire organisées par le mouvement, avant la rentrée des classes à l’Assemblée le 27 juin ». Le néo-député, qui va d’ailleurs se désengager des sociétés dont il a la gestion, sait déjà dans quelle commission il veut siéger : « Les affaires culturelles et l’éducation me tentent, confie-t-il. Notamment parce qu’on y parle du monde associatif et du quotidien des zones les plus défavorisées. Ce sera un excellent moyen d’agir sur ces problématiques et d’aller chercher des fonds européens ».

Parmi les proches venus le féliciter, Pierre-Alain Raphan aura apprécié la présence de Benjamin John, 8e dan de taekwondo et formateur des arbitres de la discipline au sein de la fédération française. Ce dernier connaît le jeune Essonnien depuis plus de quinze ans, assez pour ne pas être étonné de sa réussite : « Je l’ai formé à l’arbitrage. Il s’est toujours distingué par son intelligence, sa capacité à mettre en place des mesures efficaces. Il est perfectionniste, c’est un gros bosseur, assure-t-il. Il a réussi dans le sport et en entreprise, ça marchera forcément en politique ». Et de conclure sur une anecdote : « Il y a quelques années, le taekwondo n’allait pas très bien. Une commission de transparence a alors été instituée et Pierre-Alain y siégeait. Son action et celles des autres membres ont contribué à redorer le blason de la fédération française ». Lui et ses collègues députés de La République En Marche ! auront-ils la même influence sur la classe politique ?

10e circo : les résultats officiels
Pierre-Alain Raphan (LREM) = 53,42% (11 138 voix)
Charlotte Girard (FI) = 46,58% (9 713 voix)
Participation : 37,47% (44,49% au premier tour) contre 42,21% pour l’Essonne et 42,64% au niveau national

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