Il est environ 20h30 lorsque le bureau de vote du quartier des Champs Elysées d’Evry donne son verdict. Et si Farida Amrani l’emporte ici de deux petites voix, personne n’imagine à ce moment-là, que ce résultat symboliserait la tension insoutenable observée tout au long de cette soirée. Sorti en tête au premier tour avec 25,45% des voix, contre 17,61% pour la candidate de la France Insoumise, Manuel Valls n’avait surement pas imaginé que son sort ne tiendrait qu’à… trois ou quatre bureaux de vote. Farida Amrani non plus à vrai dire. Et pourtant.

Valls et Amrani au coude-à-coude

Aux alentours de 21h, au bar Salengro de la place du marché de Corbeil-Essonnes, QG d’Amrani et de ses militants, les sourires sont de rigueur sur le visage des Insoumis. Les dépouillements des différents bureaux de vote affluent et la tendance est pour le moins en faveur de Farida Amrani et de son suppléant Ulysse Rabaté. « On est très en avance sur Corbeil. Tout le reste c’est serré », explique ce dernier. On parle ici de quelques 800 voix d’avance. Si ce nombre n’est pas confirmé, il n’empêche qu’il redonne rapidement espoir à une équipe qui se contenterait presque d’une ‘belle défaite’ face au député sortant. « On est en tête dans les quartiers populaires d’Evry », confirmait alors un militant FI.

Il est à peine plus de 21h30 lorsque Farida Amrani sort de sa cachette pour venir saluer ses amis et soutiens. Le stress est visible sur son visage, l’optimisme, dans ses propos. De son côté, c’est dans une salle de la mairie d’Evry que patiente Manuel Valls, encore loin de la dizaine de caméras venue pour s’emparer de sa réaction. Et alors que l’ex chef du gouvernement remporte les villes de Lisses, Bondoufle, Courcouronnes, et Villabé, les derniers bureaux de vote d’Evry sont sur le point de donner le nom du vainqueur. Et c’est bien là que le bât blesse.

Perturbés par des rumeurs de bourrages d’urnes, Farida Amrani et Ulysse Rabaté se rendent au plus vite dans les locaux de Francis Chouat, maire d’Evry. Ici, des débuts d’échauffourées. Si la candidate FI et son suppléant ont pu rentrer, les militants de la France Insoumise, tout comme nous, sommes bloqués dehors par les forces de l’ordre venues en nombre. « Démocratie bafouée, tout le monde doit rentrer », scande les militants sur le parvis de la mairie.

139 voix d’écart

22h20 : le verdict tombe, sous les huées, Valls annonce sa victoire, suite à un « recomptage » sur certains bureaux : « ce soir je suis élu avec 50,3% » affirme-t-il devant les caméras et ses soutiens présents. Dehors, la tension s’intensifie, la candidate FI sort s’exprimer devant son public. « Il y a 139 voix d’écart. On va déposer un recours. On continue ensemble », lancera-t-elle notamment, prônant sa victoire sous l’acclamation du public. « On ne reconnaît pas les résultats. On ne signe rien », ajoute ensuite Bruno Piriou, un des fers de lance du duo de la France Insoumise, opposant historique de Serge Dassault et Jean-Pierre Bechter à Corbeil-Essonnes. Le retour de la candidate dans son QG ne se fera pas attendre bien longtemps, c’est là-bas qu’elle compte ‘fêter’ sa ‘victoire’. « On remercie tous ceux qui nous on élus », lance la candidate, quelques minutes plus tard, avant de nous expliquer un peu plus en détails ses impressions sur cet imbroglio surréaliste.

Alors que plusieurs anomalies ont été relevées sur 3–4 bureaux de vote, la candidate s’attarde sur celui placé aux Épinettes, Place de la Commune. « Quand on est arrivés dans le bureau, mon assesseur était parti voter. Et on voit quelqu’un qui faisait campagne pour Valls en plein milieu du bureau. On demande à la présidente pourquoi il est là, elle nous répond qu’elle ne sait pas, ensuite elle nous dit que c’est un assesseur. Sauf qu’il n’était pas sur la liste. Ensuite il est sorti, et il est resté de longues minutes devant le bureau à faire du rabattage. C’est à ce moment-là qu’il y a eu un pic de participation », raconte-t-elle. « La situation était louche. C’était comme si on les avait pris en flagrant délit », confirme un de ses membres de campagne.

La France Insoumise ne compte bien évidement pas en rester-là. Farida Amrani et Ulysse Rabaté se donnent 10 jours pour déposer un recours contre « plusieurs irrégularités ». « Les bureaux où on est arrivés derniers sont les bureaux où on n’avait pas d’assesseurs. Comme par hasard », relève la candidate.

Ce lundi matin, la détermination est toujours de mise pour Farida Amrani et son équipe. Arrivés sur les coups de 9h20, ces derniers ont bien l’intention d’user les recours nécessaire pour s’assurer du bon déroulement des élections de la veille. « On nous a interdit de recompter les voix en mairie hier, on va le faire en préfecture. On monte un dossier en parallèle au conseil constitutionnel », affirme la candidate de la France Insoumise confirmant que « 4 bureaux d’Evry plus 1 (ndlr, Corbeil-Essonnes),  présentent des irrégularités ». « On ne fait pas ça pour s’amuser. On a 10 jours pour déposer un recours, on reste calmes, on veut avoir les vrais résultats des élections »,  surenchérit son suppléant alors qu’il demeure impossible de ‘recompter’ les voix une par une. « On est en train de travailler sur l’observation des procès verbaux et sur le cahier d’émargent, particulière sur la ville d’Evry. Nous prendrons le temps qu’il faudra. »

De son côté, le camp Valls nie en bloc toute irrégularités. À l’instar de Francis Chouat, fidèle soutien de Manuel Valls, pour qui « la commission de recensement préfectoral n’a enregistré aucun problème sur aucune des villes », l’ancien ministre de l’intérieur réagit par le biais de Twitter ce lundi matin. « J’invite chacun à respecter la démocratie et le choix des électeurs. Je ne laisserai pas passer la moindre mise en cause de mon élection ». Il faudra cependant attendre un peu avant de se prononcer sur le sort final de ces élections. Le ministère de l’intérieur, lui, donne pour l’heure un nouveau mandat à Manuel Valls (50,30% contre 49,70%).