Il faudra désormais s’habituer à les voir, à l’Assemblée ou bien sur le territoire. Les 10 députés fraichement élus dimanche 18 juin pour le département font ce mardi 27 juin leur rentrée parlementaire. Certains connaissent bien les lieux, les autres commencent à prendre leurs marques, avec les démarches administratives et les premières réunions de groupe (notre reportage en vidéo avec un néo-député), et de gros chantiers législatifs qui s’annoncent en juillet.

Ce scrutin restera est tout cas marqué par l’ampleur inédite de l’abstention, qui a atteint des niveaux records. Pour la première fois lors d’un scrutin des législatives, moins de la moitié des électeurs se sont rendus aux urnes lors du premier tour. L’Essonne plafonnait ainsi à 49,55% de participation le 11 juin. Ce rejet majoritaire des urnes s’est aggravé au second tour, les électeurs du département n’étant que 42,21% à se déplacer dans leur bureau de vote le 18 juin. Dans le détail, aucune des 10 circonscription n’atteint la moitié de votants, par rapport au nombre d’inscrits. La participation chute ainsi de 9 points dans la 5ème circonscription, passant de 58,89% à 49,72%. Elle se maintient seulement dans des petites communes comme Saint-Aubin (61,19% de votants), mais chute à 34,27% aux Ulis.

Quatre circonscriptions ont vu moins de 4 électeurs sur 10 se déplacer pour le second tour. C’est le cas sur la 7ème circo, où la participation plafonne à 39,2%, ou encore la 9ème, avec 38,52% de votants, dont seulement 30,87% à Epinay-sous-Sénart et 34,27% à Ris-Orangis. Sur la 10ème, elle se monte à 37,47%, avec de fortes disparités. C’est à Fleury-Mérogis (32,06%) et Grigny (25,36%) que les habitants ont le plus boudé les urnes. Enfin, la circonscription la plus abstentionniste est la 1ère, où seules 26 024 personnes ont voté, sur un contingent de 71 200 inscrits, soit 36,55% de participation. Corbeil-Essonnes (31,64%) et Courcouronnes (36,43%) sont les plus mauvais élèves.

Les visages de nos nouveaux députés

Les nouveaux députés de l'Essonne, élus dimanche soir (DR Essonne Info)

Les nouveaux députés de l’Essonne, élus dimanche soir (DR Essonne Info)

41,2 ans de moyenne d’âge

Quoi qu’il en soit, le paysage politique est profondément modifié avec l’élection de ces nouveaux députés. Ce qui se pressentait dès les résultats du 1er tour connus a été confirmé le 18 juin : une nouvelle génération de députés s’apprête à représenter l’Essonne pour les 5 prochaines années. Les femmes n’auront jamais été aussi nombreuses, puisqu’elles sont 4 à faire leur entrée à l’Assemblée. L’âge moyen des députés essonniens baisse d’un coup, passant de 48,8 ans en 2012 à 41,3 ans au début de cette nouvelle mandature. Le doyen s’appelle désormais Nicolas Dupont-Aignan (56 ans), qui côtoiera sur les bancs de l’hémicycle Robin Reda (26 ans).

Comme attendu après le 1er tour, c’est la razzia En marche sur le département. Sur les 9 candidats présentés par le parti présidentiel, 6 accèdent au Palais Bourbon. Leur avance au 1er tour s’est confirmée pour la plupart le 18 juin dernier. Débarquant en politique ou ayant déjà de l’expérience dans certains appareils, ils découvrent tous le Palais Bourbon. « Je veux que par notre action et notre méthode participative, nous assurions la réconciliation des français avec la politique » a réagit leur chef de file, ajoutant que « beaucoup de travail reste à accomplir mais avec toutes les énergies que j’ai rencontrées sur le terrain ces derniers mois, je ne doute pas de notre force commune ».

Laetitia Romero-Dias (33 ans), cadre dans le privé, est ainsi élue sur la troisième circonscription (Brétigny, Arpajon, Dourdan). Avec 35% des suffrages réunis le 11 juin, elle atteint 57,41% au second tour, face à Virginie Aurajo de la France Insoumise, le député sortant (PS) Michel Pouzol se trouvant lui éliminé au 1er tour (11,73%). La droite divisée entre Nicolas Méary et Bernard Sprotti avait connu le même sort, tout comme le FN (12,60%). Marie-Pierre Rixain (40 ans) est quant à elle ‎la nouvelle députée de la 4eme circonscription (Longjumeau, Montlhéry, Limours). Celle qui exerce comme consultante et enseignante est élue avec 57,75% des voix au second tour contre Agnès Evren (LR), qui ne réussit pas son pari de succéder à Nathalie Kosciusko-Morizet.

Sur la cinquième circonscription, le mathématicien et médaillé Fields Cédric Villani (43 ans) réalise le meilleur score des ‘marcheurs’, en s’imposant avec 69,36% des suffrages face à Laure Darcos. Il avait déjà frôlé l’élection au soir du 11 juin, qui avait vu l’élimination de Maud Olivier (PS) dès le 1er tour, sur ce territoire qui couvre le Plateau de Saclay, les communes de la vallée de l’Yvette et Les Ulis. Jusqu’à présent cadre à la direction de l’assureur Axa, Amélie de Montchalin (32 ans) remporte de son côté le scrutin sur la 6ème circonscription (Massy, Palaiseau, Chilly), en réalisant 61,34% des suffrages au second tour, face à la représentante LR Françoise Couasse. Le successeur désigné de François Lamy, Jérôme Guedj n’avait de son côté pas passé le 1er tour.

Baptême du feu pour ces novices, retour au bercail des anciens

Marie Guévenoux (40 ans) est élue députée de la neuvième circonscription (Ris-Orangis et rive droite de la Seine de Draveil à Saint-Pierre-du-Perray), en remportant 57,96% des suffrages. Ancienne responsable des jeunes UMP et membre de cabinets ministériels de droite, elle s’était ralliée au mouvement d’Emmanuel Macron. Elle bat la candidate désignée par LR Véronique Carantois. Successeur de Thierry Mandon en 2014 à l’Assemblée, Romain Colas (PS) n’avait pas pu se qualifier pour le second tour. Autre ‘marcheur’ faisant son entrée à l’Assemblée nationale, le nouveau député de la 10ème circonscription, comprenant les communes du Val d’Orge et Grigny, Pierre-Alain Raphan. Ce créateur d’entreprises et responsable de la ligue essonnienne de Taekwondo, âgé de 34 ans, l’emporte au second tour face à Charlotte Girard de la France Insoumise (lire notre reportage), avec 53,42%. Le député sortant PS Malek Boutih, tout comme la candidate UDI Marianne Duranton, ou encore le maire PCF de Grigny Philippe Rio n’ayant pas franchi le 1er tour.

Le benjamin des députés essonniens n’est pourtant pas issu des rangs d’En marche, puisque Robin Reda (26 ans), le maire (LR) de Juvisy, l’emporte sur Muriel Kernreuter (EM) au second tour, avec 53,04% sur la 7ème circonscription, comprenant Athis-Mons, Savigny, ou encore Viry-Chatillon. Distancé de 7 points au premier tour, il a réussi à inverser la tendance en obtenant 1500 voix de plus que sa rivale au second tour (13 731 contre 12 156). Il s’agit pour lui de « la juste reconnaissance du travail de terrain » en soulignant son ancrage local, qui a pu lui ramener des voix le 18 juin : « je suis content que les électeurs aient choisi un enfant du pays pour les représenter » s’ennorgueille-t-il, en se préparant à laisser le clés de la mairie de Juvisy.

Dans le sud-Essonne, Franck Marlin (52 ans) repasse, en réunissant 59,42% des voix au second tour sur la 2ème circonscription. Il devance nettement la candidate En marche Daphnée Ract-Madoux et entame ainsi son sixième mandat de député, qui le verra lâcher prochainement la mairie d’Etampes pour cause de non-cumul. Autre réélection, celle de Nicolas Dupont-Aignan (56 ans), dans la 8ème face à Antoine Pavamani (EM). Le député-maire d’Yerres qui va laisser la mairie à son premier adjoint Olivier Clodong s’en sort finalement avec 1500 voix d’avance, réunissant 52,05% des électeurs du Val d’Yerres (lire notre reportage).

Le « cas » Evry-Corbeil

« Ce soir, je suis élu avec 50,3% » : c’est par ces mots et sous des huées que Manuel Valls a livré les résultats de la 1ère circonscription (lire notre reportage), donnant aussi le détail de son avance, serrée, de « 139 voix ». Un chiffre qui a fait le tour de France, d’autant plus que sa rivale de la France insoumise Farida Amrani a annoncé vouloir contester le vote : « pour nous c’est impossible d’accepter la victoire de l’ex Premier ministre, nous la revendiquons également ». Un recours est en préparation et devrait être déposé ce mardi au Conseil constitutionnel, annoncent les proches de la candidate, bien que le contenu du recours et les « irrégularités » dénoncées par son équipe ne soient pas précisément connus.

Le recours au Conseil constitutionnel de Farida Amrani a-t-il des chances d’aboutir ?

L’entourage de l’ex-Premier ministre a même contre-attaqué en fin de semaine, accusant la candidate FI de « salir » le territoire et les personnes impliquées dans le processus de vote. L’ancien maire d’Evry (54 ans) n’a en tout cas pas tardé à reprendre ses habits de député. Il était présent à l’Assemblée nationale dès le lendemain du second tour, et est désormais bien décidé à former son propre groupe au Palais Bourbon, en compagnie notamment du Divers-gauche Olivier Falorni.