Nous les avions quittés tous les deux dimanche soir dernier, après l’officialisation des résultats sur la huitième circonscription de l’Essonne, celle de Brunoy-Crosne-Montgeron-Vigneux-Yerres. Les deux affichaient un large sourire. Le premier, Antoine Pavamani, candidat investi par En Marche, car il était ressorti en tête des urnes sur la circo avec plus de 35% des suffrages, le plus gros score de ce scrutin. Le second, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), car contre toute attente il est arrivé à se qualifier pour le second tour avec tout juste six points de retard, et en ayant remporté notamment plus de 40% des voix dans sa commune de Yerres. À quelques heures de la fin de la campagne officielle, prenons le pouls de ce qui se passe sur le terrain.

NDA tente de rattraper le temps perdu

« Personne ne pariait un kopek sur ma réélection et je suis toujours en course. On va gagner, je vous dis, ça sera un vrai miracle ! », scande Nicolas Dupont-Aignan en fin de réunion publique ce jeudi soir à Brunoy, la voix quelque peu éraillée par cette fin de campagne. Il faut dire que ce dernier enchaîne les séances de tractages sur les marchés ou à la sortie des gares, de boitages et autres réunions publiques chaque soir. « On fait une fin de campagne incroyable, vraiment incroyable », garantit le député sortant. Ce dernier n’est ainsi pas avare en débauche d’énergie, mais il faut dire qu’il n’en a pas vraiment le choix. Au total, le président de Debout la France accusait un retard de 2 277 voix sur Antoine Pavamani au soir du premier tour. Et la physionomie du second tour ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices pour NDA. Rares sont ceux qui ont pris position pour lui durant l’entre-deux tours. Parmi les candidats éliminés du premier tour, certains ont été clairs. « Je ne voterai pas pour M. Dupont-Aignan », lâchait ainsi Faten Ben Ahmed, la candidate issue de la société civile soutenue par le PS et EELV. « Pas une seule voix ne doit manquer pour battre Nicolas Dupont-Aignan », alpague le Parti socialiste dans un communiqué. Même son de cloche pour le candidat de la droite et du centre Irvin Bida. « Je ne suis pas propriétaire de mes voix, donc je ne donnerai pas de consignes de vote. Mais une chose est sûre, à titre personnel, je ne voterai pas pour Nicolas Dupont-Aignan ». Du côté de François Durovray, le président du Conseil départemental de l’Essonne et de son successeur à la mairie de Montgeron, Sylvie Carillon, on préfère ne pas prendre position. « Je ne donne pas de consigne de vote, avance cette dernière qui avait soutenu Irvin Bida au premier tour. Dans ce cas, ce n’est pas plus mal de laisser les gens faire leurs propres choix et de ne pas les influencer ».

Les "Idiots utiles" ont manifesté une dernière fois ce jeudi 15 juin (JL/EI)

Les « Idiots utiles » ont manifesté une dernière fois ce jeudi 15 juin (JL/EI)

Autre signal fort, les manifestations des « Idiots utiles » se sont poursuivies jusqu’à ce jeudi soir. Sur le parvis de l’église de Yerres, entre cent et cent cinquante personnes s’étaient donné rendez-vous pour protester une dernière fois avant le second tour contre les choix pris par NDA durant la présidentielle. « Le rendez-vous de ce soir était organisé pour clore ce cycle qui a commencé le 28 avril [Ndlr : date la déclaration au JT de France 2 concernant son soutien à Marine Le Pen]. Il s’agit ainsi de notre dixième rassemblement. Nous nous devions d’aller au bout de cette démarche », assurent des membres du mouvement des « Idiots utiles ». « J’espère que tout cela l’aura fait réfléchir », soufflent certains d’entre eux.

Dans l’un de ses tracts distribués durant cet entre-deux tours celui-ci tente d’apaiser les tensions. « Après un mois de polémiques parfois douloureuses sur le plan personnel (…), malmené par une presse caricaturale, j’ai pu moi aussi avoir des mots qui ont dépassé ma pensée et de la peine à certains d’entre vous. Je le regrette », explique le député sortant, avant d’ajouter : « Au-delà des prises de position qui ont fait débat, vous me connaissez bien, vous savez qui je suis et ce que j’ai fait. Je resterai toujours un homme libre au service de tous ». Sincérité ou logique électorale, nombreux sont ceux qui se posent cette question parmi les « Idiots utiles ».

Notre dossier sur la 8e circonscription

Dépôt de plaintes pour diffamation

Du côté de celui que certains avancent comme le favori du second tour, la suite de la campagne affiche deux visages. « Sur le terrain, ça se passe très bien. Il y a un bon accueil », révèle Antoine Pavamani. Mais outre ce fait, le candidat investi par le mouvement d’Emmanuel Macron se dit offusqué par la campagne de NDA qui selon lui « dérape totalement ». « Un tract anonyme a été diffusé juste avant le premier tour, le vendredi 9 juin. Un tract qui me faisait passer pour un agent financé par le Qatar par rapport à mon passé aux côtés de Jean-Marie Le Guen. C’est une insinuation ignoble, s’insurge Antoine Pavamani. Mais voir quelques jours après les mêmes arguments, la même structure, les mêmes chiffres mensongers ressortir dans un tract signé cette fois-ci de Nicolas Dupont-Aignan, s’en est trop. C’est la première fois que je vois un tract anonyme signé a posteriori. Je ne peux pas laisser faire ça ». Ainsi, le candidat de la République en Marche a donc choisi de déposer plainte contre Nicolas Dupont-Aignan pour diffamation suite « à la diffusion de ces tracts mensongers ».

Pour sa part, le député-maire de Yerres assume pleinement le contenu écrit dans le tract qu’il a signé. « Il est furieux, car nous avons démasqué l’imposture. Il a honte de son parcours auprès de M. Le Guen qui a été accusé d’avoir reçu des pots-de-vin du Qatar par les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot », insiste-t-il.

Autre tract qui a circulé dans une semaine déjà bien remplie, celui de la présence d’Antoine Pavamani dans les différentes commissions de la commune de Crosne, ville dans laquelle ce dernier est élu d’opposition. « On ne le voit jamais. Il ne vient jamais dans les commissions dans lesquelles il siège », note Jean-Gilles Szyjka, élu de Crosne également et cosignataire de ce tract. Un tract qui met en avant les absences d’Antoine Pavamani dans les commissions des finances, où il est notifié « 0 présence sur 19 réunions » et petite enfance « 0 présence sur 10 réunions ». « On cherche à me faire passer pour un emploi fictif de la mairie de Crosne, et là aussi c’est inqualifiable ! À Crosne, je ne perçois aucune indemnité, comme tous les conseillers municipaux d’opposition », souligne le candidat En Marche. Sur son engagement, celui-ci indique qu’il « est total. J’ai récemment obtenu la création d’un groupe de travail sur la sécurité pour lutter contre les incivilités ». Une plainte a aussi été déposée sur les propos avancés dans ce tract. « Nicolas Dupont-Aignan pourrait lui aussi nous dire à combien de commissions il a été », interroge Antoine Pavamani. L’édile yerrois assure lui aussi que son engagement pour la ville « est sans faille ». Au niveau de son parcours à l’Assemblée nationale, NDA n’hésite pas à répondre à son opposant. « Je n’ai vraiment pas à rougir de mon bilan. J’ai même été élu député de l’année en 2014 sur 577. Il n’y a rien à dire de plus », tacle NDA.

Enfin, la campagne prendra fin ce vendredi soir à minuit. Quelques tracts vont encore arriver dans les boîtes à lettres des habitants de la 8e circo, dont la réponse d’Antoine Pavamani aux accusations de Nicolas Dupont-Aignan. Mais après cela, ce sera une fois de plus à vous de trancher dimanche prochain.