Ce dimanche 11 juin, les habitants de la première circonscription de l’Essonne ont rendu leur premier verdict. Manuel Valls, député sortant, s’est assez aisément qualifié pour le second tour des élections législatives, rassemblant 25,45% des voix. S’il a récolté 23 points de moins qu’au premier tour de 2012 (48,6%), son score de ce dimanche a été grandement biaisé par une abstention record, puisque 42 628 habitants de la circonscription n’ont pas jugé bon de se déplacer jusqu’aux urnes. « Je suis préoccupé par la très faible participation. Mais ceux qui ne sont pas venus voter ne sont pas venus parce qu’il n’y avait pas d’enjeu. L’enjeu c’était le nouveau président de la République », affirme l’ancien chef du gouvernement. « Celui qui sera élu, aura la légitimité ». Avec seulement 7033 voix obtenus sur les 71177 inscrits, l’ex Premier ministre s’affiche comme étant le candidat le mieux placé à sa propre succession. C’était pourtant bien loin d’être acquis.

Seul contre tous

En grande difficulté lors de la primaire de la gauche en janvier dernier, puisque défait par Benoît Hamon (58,65% contre 41,35%), Manuel Valls a de nouveau connu un coup d’arrêt dans sa carrière politique en mai, et sa non investiture par ‘La République en Marche’ pour les élections législatives sur la première circonscription de l’Essonne (lire notre article). « Je n’ai fait aucun commentaire là-dessus. Je me suis tourné exclusivement vers les électeurs. Et ce que j’ai pu constater, c’est qu’il fallait du temps, qu’il fallait prendre du temps pour expliquer à un maximum d’électeurs qu’elle était ma position », rappelle-t-il. C’est alors « comme un républicain » et sous l’appellation ‘majorité présidentielle’ que l’ancien maire d’Evry s’est lancé dans sa campagne. Les avis allaient alors bon train sur le sort du député sortant. Et alors qu’un sondage le qualifiait récemment d’homme politique le plus détesté de l’hexagone, « nombreux » sont ceux qui souhaitaient en effet le voir choir dans son propre fief.

C’est surement pour cela que la première circonscription de l’Essonne a atteint un nombre record de candidats pour le premier tour de ces élections. Au nombre de 21 (22 avec Valls), ces derniers n’ont d’ailleurs pas épargné l’ancien ministre de l’Intérieur, multipliant les critiques à son égard. Sa candidature a largement été contestée, et notamment par d’autres candidats se réclamant de ‘la majorité présidentielle’, à l’instar d’un Jean-Luc Raymond, ou encore d’un Saliou Diallo, un de ses anciens adjoints à la mairie d’Evry. « Il n’est pas légitime. On est dans une ville où on lui reproche sa façon d’agir. Il s’est engagé à soutenir Hamon, il ne l’a pas fait », rappelle notamment ce dernier.

Plutôt que de répondre aux attaques de ses adversaires, Manuel Valls a préféré faire profil bas. A contrario d’un Dieudonné Mbala Mbala ou d’un Francis Lalanne, lui a tenu à rester loin des projecteurs. « Je voulais que les rapports soient les plus directes possible avec les habitants de la circonscription. Qu’il y ait le moins de filtres possible. Là, les gens me retrouvaient en quelques sortes », s’explique l’ancien chef du gouvernement avant de réagir notamment sur la candidature de Dieudonné. « Il faut justement faire la différence entre la réalité d’une circonscription et le buzz. Cette candidature a été très mal prise par les gens de la circonscription. C’est une insulte pour eux. Moi ce qui me dérange, c’est qu’on mette cet individu au même plan que les autres candidats… ».

Valls la joue profil bas

Si Manuel Valls a globalement été bien reçu lors de ses nombreuses sorties sur le territoire, l’une d’entre elles aura tout de même retenu son attention, à tel point qu’une plainte a été déposée. Alors qu’il allait à la rencontre de commerçants à Lisses, il aurait été pris à parti par un homme, selon ce que rapporte M6. Et s’il confirme bien les faits, il souhaite aussi minimiser ces derniers. « Ça n’a rien à voir avec la campagne. Cet homme est connu des services de police, il m’a insulté à plusieurs reprises et fait peur aux commerçants. Il fallait marquer le coup vis-à-vis de lui », raconte alors le candidat. Un événement isolé, certes, mais qui montre néanmoins à quel point Manuel Valls peut diviser et peut être parfois être détesté. A quelques jours du deuxième tour, qui marquera assurément un tournant dans sa carrière politique, l’heure est venue de faire le point sur la capacité de l’ancien chef du gouvernement à rassembler. Et force est de constater que ses soutiens ne sont pas toujours ceux qu’on attendait.

La défaite a visiblement eu un goût amer pour Jean-Luc Raymond. Cet ancien adjoint au maire de Corbeil-Essonnes, qui s’était lui aussi proclamé candidat de la ‘majorité présidentielle’, n’a finalement obtenu que 6,89% des voix lors de ce premier tour. Un score en-deçà des ses espérances de début de campagne, lui qui pensait pouvoir rallier le second tour. « Après avoir consulté les militants qui me soutiennent, j’ai pris la décision de ne donner aucune consigne de vote pour le second tour. Pour ma part je m’abstiendrai dimanche prochain », affirme le consultant en hôtellerie-restauration. Un choix qu’il qualifie de logique notamment au regard de la limitation des mandats préconisée par le mouvement du président Macron. « L’échec majeur de mes concurrents, c’est d’avoir parlé de moi. On ne fait pas campagne contre quelqu’un », commente alors Manuel Valls. « La seule réaction c’est de ne pas réagir. Il ne faut pas être dans la rancune », poursuit-il concernant la décision de Benoît Hamon de soutenir Farida Amrani, sa concurrente.

Des soutiens de droite

Si le député sortant traîne tout naturellement un certain nombre de détracteurs à l’approche de ce deuxième tour, lui préfère se concentrer sur ses soutiens, qu’il énumère longuement. « Sur le plan national je suis soutenu par En Marche, le MoDem, M. Cazeneuve… Ici, tous les socialistes me soutiennent. Les élus communistes d’Evry, en désaccord avec la politique nationale, me soutiennent aussi ». Des propos que Michel Nouaille, membre du PCF, a cependant tenu à nuancer. « Nous découvrons avec stupeur le soutien de 3 élus PCF d’Evry à la candidature de M. Valls pour le 2e tour des législatives, et pas ‘les élus communistes’, comme l’indique de manière malhonnête le communiqué de M. Valls », lâche l’ancien élu de Corbeil-Essonnes dans un communiqué. « Nous condamnons totalement cette position incompréhensible qui n’engage que leurs auteurs. Il nous est inconcevable de voter pour M. Valls. »

Qu’importe, Manuel Valls pourra aussi compter sur certains membres de droite du département pour ce second tour, et notamment sur la première circonscription puisque ses 6 maires (dont 5 de droite), le soutiennent. Plus étonnant encore, le soutien de Serge Dassault, avec qui les relations n’ont pourtant pas toujours été au beau fixe. S’ils ne l’avouent qu’à demi-mots, Caroline Varin et son suppléant Jean-François Bayle, défaits au premier tour dans la même circonscription avec 11,93%, iront eux aussi voter en faveur de l’ex premier ministre. « Nous ne donnons pas de consignes de vote au second tour. Nous concernant nous allons voter en faveur des vertus républicaines et démocratiques, et anticommunistes », explique le suppléant. Des soutiens dont se satisfait pleinement Manuel Valls, et qu’il explique tout naturellement : « Je veux rassembler, ils veulent s’opposer au président de la République (ndlr : la France Insoumise). Dans ce territoire, la question du rassemblement est très importante », amorce-t-il évoquant les questions de transports, de formation ou encore de sécurité qui animent le territoire, et qu’il souhaite porter à l’Assemblée. « Les maires de droite de la circonscription me soutiennent car ils me connaissent. Ils savent que je suis efficace. Il y a aussi le rejet de l’extrémisme », argumente-t-il.

Reste à savoir maintenant si ces soutiens seront suffisants pour assurer à Manuel Valls un nouveau mandat de député, chose que nombre de ses camarades du Parti Socialiste n’ont pas réussi à faire, à l’instar notamment de Jean-Christophe Cambadélis. « Mes prises de position depuis quelques mois, je pense que chacun les comprend mieux maintenant », réagit l’ancien maire d’Evry. « J’ai bien sûr de la peine. C’est ma famille politique, je ne peux me réjouir. Mais nous sommes en plein dans un mouvement de recomposition qui n’est pas terminé. Nous sommes condamnés à la réussite ». Confiant pour le deuxième tour de ces élections, le député sortant joue là une carte très important pour la suite de sa carrière. Si ses arrières sont peut-être déjà être assurées, l’issue de ce scrutin pourrait clairement trancher avec son ascension fulgurante de ces cinq dernières années. « Si je gagne, ça ne sera pas une revanche. Si je perds ça ne sera pas un désastre », tempère-t-il néanmoins.

Propos recueillis en collaboration avec Mylène Hassany.