Trois ans après, l’Amin théâtre obtient justice face à l’ex agglo des Lacs de l’Essonne (CALE). Un jugement au civil, ainsi qu’une décision du tribunal administratif, ont récemment donné raison à l’Amin, compagnie théâtrale, sur la majorité des points qui l’opposait depuis 2014 à la municipalité de Viry, et surtout à l’ancienne agglo de Lacs de l’Essonne (disparue au 31 décembre 2015)‎, au sujet de son occupation de la Friche.

Après les changements de municipalité de 2014‎, le bras de fer avait été lancé entre la compagnie et les collectivités, celles ci ne cachant par leur volonté de voir partir l’Amin théâtre et que cette ancienne zone exploitée par France Télécom située dans le secteur du bord de Seine « retrouve sa vocation initiale et qu’elle soit mise à la disposition des activités économiques, et non culturelles ». L’interdiction d’accès à la Friche prononcée par la commune avait été suspendue en référé, par le Tribunal administratif de Versailles, en octobre 2014, avant qu’une commission de sécurité n’autorise finalement la poursuite des activités.

Des procédures avaient aussi été entamées par la compagnie, puisqu’une convention l’associant à l’agglomération, prévoyant notamment des subventions de fonctionnement, n’avait pas été suivie par la nouvelle majorité de l’agglo. Signée en 2012, « elle était prévue en tacite reconduction » précise Christophe Laluque, le metteur en scène de l’Amin théâtre, ainsi « il y aurait du avoir une nouvelle convention proposée par la nouvelle agglo en 2014 ».Au printemps dernier, il reçoit une bonne nouvelle de la part de son avocat : « ils sont condamnés pour le manquement de la nouvelle convention » savoure-t-il.

Christophe Laluque, mette en scène de l'Amin théâtre, a mené durant trois ans le combat juridique, en lien avec le Syndicat national des art vivants

Christophe Laluque, mette en scène de l’Amin théâtre, a mené durant trois ans le combat juridique, en lien avec le Syndicat national des art vivants (JM/EI)

Les lieux vidés cet été

Dans le détail, l’ancienne agglo, désormais rattachée par l’EPT 12 (Grand Orly Seine Bièvres) doit verser 35 623,85 euros à la compagnie, en réparation du préjudice subi, au TA, et au civil, 2 500 euros au titre des « frais irrépétibles ». « Aujourd’hui, au terme des deux derniers procès, l’ex Communauté d’agglomération est à son tour condamnée par le Tribunal de Grande Instance d’Evry et le Tribunal Administratif de Versailles : le titre exécutoire correspondant aux charges locatives est annulé et l’ex Communauté d’Agglomération doit prendre en charge l’ensemble des frais relatifs à la procédure, en plus des réparations des lourds préjudices financiers subis par la compagnie après le non versement d’une subvention votée en 2014 » communique le Syndicat national de arts vivants (SYNAVI), qui soutenait l’Amin théâtre dans cette procédure.

En réaction à ces décisions des tribunaux, Laurent Sauerbach, élu de Viry et ancien président de la CALE‎, préfère parler de « tord procédural » concernant le jugement du TA. Si il concède que l’Amin a « produit un certain nombre de factures », ce qui explique pour lui le rendu, il relève que « les demandes de préjudices ont été deboutées, sauf 1000 euros, ils en réclamaient 82 000 ». Il rejette par ailleurs la faute sur la gouvernance précédente, indiquant qu’il avait « pris la situation en cours, avec une convention proposée par mes prédécesseurs ».

‎Revenant sur le devenir des lieux et sa vente actée à un transporteur pour 2,7 million d’euros, Laurent Sauerbach justifie l’orientation prise sous sa présidence : « il n’y a pas eu de jugement de valeur sur l’Amin et ses activités, mais il fallait que l’on vende la Friche ». « Ils n’ont pas voulu voir le travail qu’on faisait sur ce territoire » (récompensé notamment par le prix départemental Ilan Halimi en 2015) regrette pour sa part Christophe Laluque. Sa compagnie quittera finalement la Friche cet été, pour rejoindre des locaux situés sur la commune voisine de Grigny. Un « pot de départ » est organisé ce samedi à la Friche pour l’occasion.

  • La Friche : clap de fin, ce samedi 17 juin de 17h à minuit. 42 rue de Ris à Viry-Chatillon (info pratiques)