Ce second tour des élections législatives continue de provoquer des émules dans la 1ère circo. Phénomène qui, ces derniers jours, a pris de l’ampleur,  notamment suite aux soutiens de nombreuses personnalités politiques aux deux candidats finalistes, Farida Amrani et Manuel Valls.

Ce mardi, à l’heure du conseil municipal de Corbeil-Essonnes, Farida Amrani, candidate de la France insoumise, se poste, avec quelques-uns de ses soutiens, des salariés grévistes de la Fondation Dassault et des parents d’élèves, devant la mairie. L’idée est de pouvoir suivre le conseil municipal, voire de se faire entendre devant l’assemblée. Peine perdue. La police municipale refuse l’entrée aux « manifestants » et à la candidate.

« Ce n’est pas le lieu pour ça », exprime un élu de la majorité. « On veut qu’ils répondent à nos questions », explique une militante syndicale de la Fondation Dassault, recalée par la police municipale. Même refrain pour les parents d’élèves. Quelques uns sont sortis parce qu’ils ne « pouvaient pas s’exprimer »« On peut parler à un conseil municipal, quand même ! » clame une maman.

Pour Farida Amrani, ce huis-clos plus ou moins improvisé est peut-être la manifestation du soutien de Jean-Pierre Bechter, maire (LR) de Corbeil, à Manuel Valls.

La candidate évoque aussi, ce soir là, le soutien récent de Serge Dassault à l’ancien Premier ministre. « Rien d’étonnant », pour Farida Amrani. « Quand on sait ce qu’incarne Manuel Valls et ce qu’incarnent Dassault et Bechter… Être soutenu par quelqu’un qui est mis en examen est malheureusement fréquent », appuie-t-elle.

De son côté, Farida Amrani, 17,61 % au premier tour, a aussi bénéficié de plusieurs soutiens nationaux plus ou moins médiatiques. Politiques ou non. Par exemple, le journaliste Edwy Plenel, dans une publication Facebook, indique que s’il « habitait à Évry, il voterait Farida Amrani » et appelle à faire battre Valls.

Autre soutien dont il faut parler, celui de Benoît Hamon, exprimé ce mercredi. Cette prise de position, que Manuel Valls « ne souhaite pas commenter » pourrait marquer une nouvelle étape dans la campagne de la 1ère circo, et constituer une nouvelle fracture au sein d’un PS essonnien divisé – les socialistes Evryens soutenant Valls dans leur majorité.

Dans une interview accordée à l’émission Clique, de Canal +, le candidat PS malheureux à la Présidentielle explique soutenir « La France insoumise, sans hésiter. Parce que c’est une candidate de gauche, et je pense que Valls est aujourd’hui sur un projet politique qui s’est éloigné de la gauche progressivement. »

« Depuis hier, dimanche, j’appelle à un large rassemblement. Je suis ravie que Benoît Hamon ait répondu de manière favorable, se réjouit Farida Amrani, à qui Essonne info a demandé de réagir. Aujourd’hui, je suis la seule candidate à gauche sur la 1ère circonscription. A part trois élus communistes qui soutiennent Valls, nous sommes sur le même socle que la gauche, les Verts… « 

Les Verts, parlons-en, justement. Jusqu’ici, la section EELV de la 1ère circo soutenait Michel Nouaille et sa suppléante Mina Fayed, candidats PCF de ce premier tour des législatives. Après plusieurs rebondissements, les duos Nouaille-Fayed (PCF) et Amrani-Rabaté (FI) n’avaient pu convenir à un accord avant le premier tour. Finalement crédité de 7,58%, le binôme PCF a été éliminé de la course à la députation dimanche dernier. Ainsi, quelques jours avant le deuxième tour, Jacques Picard le chef de file EELV sur la circo et ancien soutien de Michel Nouaille, a souhaité clarifier sa position. Prenant « acte des résultats du 1er tour des législatives sur la 1ère circonscription de l’Essonne », les membres du parti écologiste, dans un communiqué, « notent que l’abstention et les blancs atteignent plus de 60% des inscrits, traduisant l’approfondissement de la défiance des Françaises et des Français envers les institutions et les partis politiques. » Ils poursuivent en estimant que ni Farida Amrani, ni Manuel Valls « ne nous paraissent pas constituer une offre politique dans laquelle les écologistes pourraient se reconnaître ». EELV ne donne ainsi pas de consigne de vote à ses électeurs sur la 1ère circo pour ce second tour, les laissant « se déterminer en conscience. »

« Nous sommes solidaires de celles et ceux qui veulent dégager Valls »

Et du côté de Michel Nouaille, justement, les questions se bousculent. Après les déchirements de la campagne du 1er tour, sa colère et celle de ses soutiens semble restée intacte. Ainsi, celui qui était soutenu publiquement par Benoît Hamon avant le 1er tour et la percée de Farida Amrani n’a pas forcément adopté le positionnement que l’on croit. Alors que les instances nationales du PCF ont, sans ambiguïté, apporté leur soutien à Farida Amrani, le désormais ex-candidat à la députation se fait plus modéré. En ce début de semaine, sur Facebook, il postait un message clarifiant son sentiment personnel. « Les organisations ont des logiques que je respecte, argumente-t-il. Je suis membre du PCF, mais mon identité ne s’est jamais résumée, réduite bien évidemment à cette appartenance… ». Le ton est donné. « Mais en toute circonstance, les humains doivent pouvoir garder leur libre appréciation, poursuit Michel Nouaille. L’histoire nous dit beaucoup à ce sujet… ». En clair : pas de consigne de vote. Par pur ressentiment ? Car pour Michel Nouaille, les soutiens de Farida Amrani et de Ulysse Rabaté « se sont à nouveau affranchis de toutes exigences de fonctionnement collectif, transparent, éthique…tant dans le parti auquel ils se réclament quand cela les arrange que dans les structures locales de FI qu’ils ont ignoré, méprisé, en privilégiant les manœuvres de couloir, téléphoniques (…) Ce, au mépris de l’enjeu : construire les conditions pour battre Valls (…) ». Mais celui finit tout de même par glisser :« Valls doit être battu, et il est donc inconcevable de pouvoir envisager de voter pour lui. » 

« On a l’appui du PCF départemental, rebondit Farida Amrani, par ailleurs conseillère municipale d’opposition à d’Evry et conseillère communautaire à Grand Paris Sud. Les électeurs n’appartiennent pas à Michel Nouaille. Certaines personnes qui étaient avec lui sont avec nous aujourd’hui, dans notre campagne. Pour nous, ce n’est pas une inquiétude. C’est son choix, la rancœur l’emporte sur la raison. Mais, au fond, il a des convictions. »

Farida Amrani et Ulysse Rabaté en campagne (JL/EI).

Farida Amrani et Ulysse Rabaté en campagne (JL/EI).

Ailleurs, chez d’autres partis de gauche, le soutien à Farida Amrani et Ulysse Rabaté est un peu plus évident et clair. Ainsi, les candidats du NPA, Stéphane Legruel et Angélique Grosmaire, éliminés au premier tour avec 0,36 % des voix, apportent leur soutien à Farida Amrani et Ulysse Rabaté. Ils estiment dans un communiqué que « le premier tour des élections législatives dans la 1er circonscription a été une première sanction contre Valls. » Et concluent : « Nous sommes solidaires de toutes celles et ceux qui veulent dégager Valls. C’est pourquoi nous voterons au deuxième tour Farida Amrani, candidate de La France Insoumise, bien que nous combattions l’illusion que Jean Luc Mélenchon et les candidats de La France Insoumise entretiennent sur la possibilité de changer les choses par les voies parlementaires. »
Enfin, un autre des 22 candidats au premier tour a apporté, ce jeudi matin, un soutien peut-être un peu plus encombrant à Farida Amrani. Dieudonné, qui a obtenu 3,84%, vante dans une vidéo publiée sur son site officiel son succès « dans les quartiers dits sensibles » et sa capacité à ramener des électeurs plus propices à l’abstention vers les urnes, surtout dans les « quartiers populaires ». Dans cette vidéo où il précise que « les choses ne font que commencer », il dit apporter « son soutien spontané et sincère » à Farida Amrani et lui « propose son aide » sur les marchés, par exemple. Pas sûr que ce nouveau soutien gagne à la candidate de la France insoumise, dans un second tour où l’abstention jouera sans doute encore une fois les premiers rôles.

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