« Vous verrez, je vais en surprendre plus d’un ». Par cette phrase, Nicolas Dupont-Aignan, le député sortant de la huitième circonscription de l’Essonne annonce ses ambitions pour le second tour. Pour autant, il y a comme qui dirait une ombre au tableau pour celui qui occupe le siège de député depuis vingt ans. Car le président de Debout la France (DLF) n’affiche pas la forme habituelle. Elu au premier tour en 2002 et 2007, celui que l’on surnomme NDA était passé par un second tour en 2012. Cependant, il avait largement remporté le premier tour face à la candidate socialiste Aude Bristrot (42% contre 30%) avant de la crucifier lors du second scrutin. Cette fois-ci la donne est quelque peu différente pour celui qui est également maire Yerres.

En effet, Nicolas Dupont-Aignan semble être le challenger dans cette partie. Une place qu’il n’a plus occupée depuis 1997. Car celui qui a tiré les marrons du feu n’est autre qu’Antoine Pavamani, le candidat désigné par le mouvement d’Emmanuel Macron. Ainsi, sur les cinq communes de la circo, ce dernier en a raflé pas moins de quatre. Il recueille 34,27% des suffrages à Vigneux-sur-Seine, 35,44% sur Crosne, et frôle deux fois de suite avec la barre des 40% à Montgeron et Brunoy, tandis que le sortant stagne entre 23 et 28% dans ces mêmes communes. Grâce à ces scores, l’homme de 37 ans prend la tête sur la circonscription avec 35,76% des voix. Nicolas Dupont-Aignan pour sa part réunit 29,75% des suffrages exprimés, ce qui représente un écart de 2 277 voix. « Je suis très honoré d’avoir été placé en tête par mes concitoyens, a commenté en milieu de soirée Antoine Pavamani. Dans le cadre du second tour, j’appelle au large rassemblement de ceux qui ont été blessé par le choix que Nicolas Dupont-Aignan a pris le 28 avril dernier ».

Le sortant veut faire de la résistance

Ce retard ne semble pourtant pas entamer le moral du député sortant, qui ne s’avoue « pas vaincu ». Fort de son score dans sa ville, où il met dix points dans la vue de son poursuivant macroniste (41,36% contre 31,90%), NDA s’est exprimé aux alentours de 22h30 au bureau centralisateur de Yerres devant une partie de ses soutiens. « Je vous donne à tous rendez-vous pour le second tour qui sera une belle victoire et une belle leçon, scande le leader de DLF. Certes, je suis en ballotage, mais largement en tête dans ma commune. Je suis plus solide que ce qu’on voulait laisser croire. Et toute la campagne qui a été faite contre moi n’a pas ébranlé les électeurs », conclut ce dernier avec un large sourire sur le visage.

Un sourire sans doute d’apparence. Avant que les résultats sur la commune de Yerres ne soient quasiment connus, le député candidat à sa succession n’avait pas prévu de faire de déclaration publique, comme nous le confirmait plus tôt dans la soirée son porte-parole Damien Lempereur. « Vu la campagne qu’il y a eu contre lui, tant sur le local qu’au national, c’est presqu’un miracle de ne pas être sorti dès le premier tour. Désormais, nous sommes dans un ballotage qui nous est plutôt favorable. Disons que ce n’est clairement pas gagné, mais ce n’est clairement pas perdu ».

Antoine Pavamani craignait que "NDA soit devant lui de 5 pts", finalement c'est l'inverse qui s'est produit (JL/EI°

Antoine Pavamani craignait que « NDA soit devant lui de 5 pts », finalement c’est l’inverse qui s’est produit (JL/EI°

Parmi les autres candidats, rares sont ceux qui ont pu dépasser la barre des 10%. Seul Jérôme Flament, le candidat de la France insoumise arrive à se hisser à près de 12% sur la circo. « On a rempli notre premier pari, celui de s’ancrer encore un peu plus sur le territoire », commente le candidat titulaire, bien que celui-ci regrette la très forte abstention sur le secteur. « Le vote exprimé sorti des urnes ne représente pas l’entièreté de la population ». Quant au second tour, ce dernier explique qu’une consultation sera entamée auprès des militants FI de la circo. « D’un côté, nous avons NDA que nous combattons pour ses prises de positions en faveur de Marine Le Pen, et de l’autre, nous combattons le programme d’Emmanuel Macron », résume Jérôme Flament.

Hormis Jérôme Flament de la France insoumise qui frôle les 12%, le reste des engagés se situe dans une fourchette allant de 0,39% à 6%. Irvin Bida, le candidat UDI-LR, auteur d’un 6% a pris acte du choix des électeurs. « C’est un score sans appel, reconnaît-il. Je ne suis pas propriétaire de mes voix, donc je ne donnerai pas de consignes de vote. Mais une chose est sûre, à titre personnel, je ne voterai pas pour Nicolas Dupont-Aignan ».

Y aura-t-il un front républicain qui se mettra en place face au député sortant suite à ses choix de l’entre-deux tours de la Présidentielle ? Pour le moment, peu sont ceux qui pris la parole sur ce qu’ils comptaient faire pour le second tour des législatives. Pour sa part, Faten Ben Ahmed, la candidate soutenue par le Parti socialiste s’est donnée quelques heures pour formuler son positionnement. «  Le grand gagnant de cette soirée, c’est l’abstention », a-t-elle cependant noté, dans cette circo où seule la moitié des électeurs s’est déplacée (50,44% de participation). « J’en appelle à l’union des forces de gauche progressistes et écologistes. J’appelle les citoyens à préparer collectivement les échéances à venir. Des batailles d’aujourd’hui naissent les victoires de demain », insiste cette dernière avant d’émettre un début de positionnement en vue du second tour de dimanche : « la citoyenneté que nous représentons ne perdra jamais son âme, ni ne reniera ses valeurs. Je ne voterai pas NDA ». Christophe Joseph, candidat du MRC qui n’a recueilli que 0,64% des suffrages, ne prendra pas position quant à l’entre-deux tour pour l’un des deux candidats restants. « Je ne peux ni cautionner la faute politique de NDA, ni soutenir le candidat de la casse sociale et de la régression de la République ».

Du côté de la société civile, on s’organise également dans le cadre de ce second tour. Les fameux « Idiots utiles » ont lancé un appel pour un dernier rassemblement quelques jours avant le vote. Celui-ci aura lieu jeudi 15 juin à 19h30 sur la place du 11 novembre devant l’église de Yerres. Avec tout ça, Antoine Pavamani semble avoir un boulevard ouvert devant lui. Un boulevard qui pourrait d’ailleurs le mener tout droit à l’Assemblée nationale.

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