Le grand chamboule-tout de la politique continue, juste un mois après le scrutin présidentiel, qui a vu Emmanuel Macron accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat. Si les prévisionistes avaient annoncé cette « vague » pour les candidats labelisés ‘Majorité présidentielle’, l’effet multiplicateur de l’abstention a joué à plein dans ce premier tour des législatives. C’est ainsi qu’il n’y aura que des duels pour ce second tour, et aucune triangulaire. Egalement, le département pourrait pour la première fois se trouver paritaire concernant ses député-e-s.

En Essonne comme ailleurs, les candidats En marche se retrouvent en ballotage favorable à l’issue de ce premier tour, et ils pourraient même réaliser un grand chelem en Essonne selon le degré de mobilisation dimanche prochain.

Sur les 10 territoires de vote du département, 9 ont placé un candidat soutenant le président de la République en tête des suffrages. Seule exception, la 2ème circonscription représentant le grand sud-Essonne, où le député sortant (LR) Franck Marlin sort de justesse en tête. Le maire d’Etampes totalise 30,82% des suffrages contre 29,88% à son adversaire En marche Daphnée Ract-Radoux (50,03% de participation).

Le meilleur score du premier tour est obtenu sur la 5ème circonscription (Orsay, Les Ulis), où le mathématicien Cédric Villani (EM), réalise 47,46% des voix, soit pas loin de trois fois plus que sa challenger du second tour, Laure Darcos (LR-UDI), qui plafonne à 16,82%. Un succès annoncé pour cette personnalité médiatique au détriment notamment de la députée sortante Maud Olivier, troisième avec 10,46% (lire notre article)

Au moins 4 femmes à l’Assemblée

C’est l’autre information de ce premier tour, l’Essonne détiendra à coup sûr un nombre jamais atteint de femmes à l’Assemblée. 4 duels opposeront des femmes dimanche prochain. Et d’autres ont des sérieuses chances de l’emporter. Trois candidates EM en bonne position à l’issue du premier tour affronteront ainsi des concurrentes LR. Sur la 4ème circonscription (Longjumeau-Limours), Marie-Pierre Rixain vire en tête avec 35,31% des voix (52,79% de participation). Elle devance de loin Agnès Evren (15,80%).

Même configuration sur la 6ème circonscription (Massy-Palaiseau), où Amélie De Montchalin réalise 38,80% des voix (51,09 de participation), devant Françoise Couasse, la représente de la droite qui totalise 13,73%. Du côté de la 9ème circonscription, c’est Marie Guévenoux qui porte les couleurs de Macron à hauteur de 35,10%, devant Véronique Carantois pour la droite et ses 17,04%. La participation ne dépasse pas 47,65% des inscrits sur ce large territoire qui va de Ris-Orangis à Boussy et de Draveil à Morsang-sur-Seine.

Sur la 3ème circonscription, qui couvre les communes entre Brétigny, Arpajon et Dourdan, la candidate EM Laetitia Romeiro Dias (35%), affrontera la représentante de la France insoumise Virginie Araujo (13,74%). Le député sortant (PS) Michel Pouzol ne prend que la quatrième place avec 11,73%, derrière le FN François Helie (12,60%). La gauche est ainsi la grande perdante de ce rebasculement des cartes politiques dans le département, avec l’ensemble des députés socialistes sortant éliminés au soir du premier tour, comme Jérôme Guedj sur la 6ème (13,06%), Romain Colas sur la 9ème (12,95%) et la députée écologiste Eva Sas sur la 7ème (13,74%).

La droite présente dans 7 duels, FI dans 3

Sur cette 7ème circonscription qui couvre des zones denses du nord Essonne (Athis, Savigny, Viry, Juvisy), Robin Reda, le maire (LR) de Juvisy se qualifie avec 23,65% des voix, mais la candidate En marche Muriel Kernreuter le devance de 7 points avec 30,99% (46,58% de participation). Situation plus complexe sur la 8ème circonscription (Vigneux-Montgeron-Yerres), où le candidat En marche Antoine Pavamani vire en tête avec 35,76% des suffrages, mais le député sortant Nicolas Dupont-Aignan n’a pas dit son dernier mot, en se qualifiant avec 29,75% des voix (50,44% de participation). Le second tour se dessine donc comme un référendum pour ou contre NDA.

La très médiatique 1ère circonscription (Evry-Corbeil) de l’Essonne donne un duel indécis entre Manuel Valls (25,5%) et Farida Amrani, candidate FI (17,6%), dans un contexte où l’abstention atteint des records (seuls 40,11% de votants). Les candidats médiatiques tirent moyennement leur épingle du jeu, Francis Lalanne, suppléant de Jacques Borie ne récoltant que 1,08%, soit 298 voix, tandis que Dieudonné glanait 1061 suffrages (3,81%). Le comportement des électeurs, très partagés au premier tour, entre Caroline Varin (LR-UDI) 11,93%, Daniele Oger (FN) 10,20%, Alban Bakary (DVD Modem) 7,83%, Michel Nouaille (PCF) 7,58% ainsi que Jean-Luc Raymond (DVD) 6,83%, tout comme la participation, détermineront le résultat du vote dimanche prochain.

Les urnes ont également rendu leur verdict sur la très observée 10ème circonscription, comprenant Grigny, Sainte-Geneviève, Morsang, Saint-Michel et Fleury. Là aussi, le candidat promu par Emmanuel Macron, Pierre-Alain Raphan, vire en tête, avec 26,68%. Il fera face au second tour à Charlotte Girard (FI) qui totalise 15,55%, le tout dans un contexte de forte abstention (44,50% de participation). Le coup de tonnerre, c’est surtout l’élimination du député sortant PS Malek Boutih, qui termine 4ème avec 12,39%, derrière l’autre déçue du premier tour, Marianne Duranton (UDI-LR), dont le parcours s’arrête avec 14,13% des voix. Derrière, on trouve au coude à coude le FN Lucie Dedi et le candidat PCF Philippe Rio, atteignant chacun 10,72% (lire notre article).

Sur le bureau 1 d'Orsay centre-ville, la participation est montée à 63,4%, Céric Villani sot en tête avec 48,45%, soit 282 voix sur 582 exprimées

Sur le bureau 1 d’Orsay, la participation est montée à 63,4%, Céric Villani sort en tête avec 48,45%, soit 282 voix sur 582 exprimées (JM/EI)

La recomposition continue

Si l’effet en faveur des candidats d’Emmanuel Macron a toutes les chances de s’amplifier dimanche prochain, à moins d’une inflexion majeure de la participation, on assisterait bien à un basculement du paysage politique dans le département. Seule la droite (LR et UDI) semble en mesure de résister sur certaines circonscriptions (notamment la 2ème), tandis que la gauche se trouve totalement balayée du territoire : cinq des huit députés sortants sont tout bonnement sortis dès le premier tour. Tandis que la France insoumise reste présente en se qualifiant dans 3 circonscriptions, l’Essonne pourrait bien se réveiller le lundi 19 juin avec des représentants 100% pro-gouvernement (en comptant le cas particulier de Manuel Valls).

Le Front national ne parvient pas de son côté à accéder au second tour, réalisant son meilleur score sur la 2ème circo, avec sa candidate Valérie Girard, qui obtient 14,84% des voix. « On est un peu en deçà des objectifs, on a subi l’abstention, ça pose la question du mode de scrutin, ça fait longtemps qu’on demande de la proportionnelle » réagit la secrétaire départementale du parti frontiste Audrey Guibert, arrivée 5ème sur la 7ème circo (12,01%), « on n’a pas à rougir » ajoute-t-elle.

Autre ambiance dans les QG des candidats En marche, où les partisans et soutiens des candidats ont savouré leur avance. Comme dans la permanence de Cédric Villani, à Orsay, où l’arrivée du ‘héros’ du jour et ses 47,46% s’est faite sous un tonnerre d’applaudissements. « On a gagné sur tous les plans : on porte le projet présidentiel qui est validé par les électeurs, et on amène le renouveau sur les bancs de l’Assemblée » décrypte à chaud un cadre de la campagne. A droite, on se faits discrets, hormis les candidats qualifiés pour le second tour. « On va tout donner pour le second tour » lâche Laure Darcos, en découvrant stupéfaite les résultats de la 5ème, d’autres préfèrent simplement « ne pas commenter pour l’instant » les résultats.

Les Insoumis se montrent satisfaits de ce premier tour, à l’échelle nationale, « ce qui fait suite à la dynamique de campagne de Jean-Luc Mélenchon » explique-t-on dans l’entourage de Charlotte Girard, qualifiée sur la 10ème, « pour nous, il s’agit maintenant d’aller créer un groupe parlementaire ». Chez les socialistes, écologistes et communistes, un mot d’ordre transparait, comme pour d’autres dimanche prochain, l’impression d’avoir été balayés par le double phénomène de l’abstention et l’avènement de cette nouvelle génération de députés-e-s.

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