Malek Boutih, député sortant (PS) sur la 10e circonscription, devait avoir senti le vent tourner. Alors que l’investiture En Marche lui avait été refusée, que les socialistes essonniens lui avaient tourné le dos – ceux de la circo appelant même à voter pour son rival du PCF Philippe Rio – , l’ancien président de SOS Racisme se retrouve, en ce premier tour des élections législatives, en quatrième position avec 12,39 % des voix. « Je suis content que Boutih dégage, se réjouit Moustapha, habitant du quartier Saint-Hubert à Sainte Geneviève. Il a été inexistant sur la circonscription et ses prises de positions ont amalgamé les musulmans avec les terroristes. »

Interrogé par Essonne info ce dimanche soir lors de l’annonce des résultats, Malek Boutih se fait pragmatique : « Les logiques territoriales n’ont pas compté, c’est normal dans ce genre d’élection. Je pense que Pierre-Alain Raphan gagnera avec 70% au second tour. Je le félicite, il a montré qu’il a la capacité à mobiliser pour arriver en tête. »

Le très bon score (26%) du jeune candidat LREM, Pierre-Alain Raphan donc, signe ainsi la déroute du PS sur une circonscription représentée par des députés socialistes depuis… 1988. Au second tour de dimanche prochain, face au jeune macroniste, se tiendra Charlotte Girard (15,55%), candidate de la France insoumise et figure du mouvement de Mélenchon. Comme pour mettre un point final aux partis traditionnels sur la circonscription, phénomène incontestable en Essonne et sur la France entière.

La tornade En Marche

Sur la 5è, même défaite pour Maud Olivier, députée sortante (PS). Celle qui avait remporté la circonscription des Ulis avec près de 55 % en 2012 ne fait, ce dimanche, que 10,46 % face à la tornade Cédric Villani (47,46%). La députée sortante, qui a porté pendant son mandat la loi sur la prostitution « Protéger les victimes et responsabiliser la société », fait ainsi partie des nombreux députés PS sortis par les électeurs lors de ce premier tour. Sur Twitter, elle indique vouloir « continuer à construire » à gauche.

Cédric Villani (LREM), fera quant à lui face à Laure Darcos (LR) au second tour.

L’hécatombe des députés sortants se poursuit dans le Nord-Essonne, avec l’élimination dès le 1er tour d’Eva Sas (EELV). Celle qui comptait pourtant parmi les députés les plus assidus à l’Assemblée nationale (1ère de cette liste en Essonne), ne réalise un score que de 13,74%, face à la candidate investie par LREM Muriel Kernreuter, qui elle obtient 30,99% des voix. Robin Reda (LR-UDI), maire de Juvisy, fera face à cette dernière au second tour, avec 23,65% des scrutins. Cette circonscription, longtemps tenue par Jean Marsaudon (UMP), n’aura donc connu que cinq ans de représentation à gauche.

Plus à l’est dans le département, sur la 9e circonscription, c’est un autre député sortant du PS qui se voit éliminé dès le 1er tour. Romain Colas, dont le score est également sans appel (12,95 %, quatrième position derrière la France insoumise), ne fera donc pas de second mandat. Celui qui a remplacé Thierry Mandon après la nomination de ce dernier au gouvernement, nous a sobrement annoncé ce dimanche soir que « l’aventure s’arrête. »

« Comme vous vous en doutez je ne saute pas de joie », poursuit-il. Sur cette 9e circo, je suis heureux d’avoir pu apporter de la loyauté depuis 3 ans. Ce n’était pas un combat inutile. Au delà de la vague nationale, je suis satisfait car j’ai été accompagné par les citoyens, les militants etc. Je réalise un bon score tout de même dans ma ville à Boussy-Saint-Antoine, dont je suis le maire. »

Sur la 9e, c’est donc Marie Guévenoux (EM), arrivée en tête avec 35,10% et Véronique Carantois (LR-UDI)  avec 17,04% qui se qualifient pour le second tour. Anne Jounel, de la France insoumise, fait 13,51%.

Enfin, sur la 3e circonscription, Michel Pouzol voit aussi son mandat prendre fin. Porte-parole de Benoît Hamon pendant la présidentielle, il subit comme d’autres socialistes la défiance généralisée des électeurs envers le parti à la rose. Sur Facebook, ce dimanche soir, « le député rmiste » réagissait sobrement en postant un laconique « Dégagé comme il dit… »

Sur le canton Dourdan-Brétigny, c’est Laetitia Romeirao Dias (EM) qui mène la danse, avec 35%, et Virginie Araujo (FI) avec 13,74%. Derrière suit le candidat FN François Helie, qui réalise 12,60%. Michel Pouzol (PS) arrive juste après, avec 11,73%.

La sanction généralisée contre le PS à l’échelle nationale a été sans appel. Et l’Essonne l’illustre parfaitement.

Pour les autres députés sortants – de droite, donc – il faut retenir que bien que qualifiés pour le second tour, ils ne semblent pas en très bonne position pour sauver leur fauteuil à l’Assemblée nationale. Hormis Franck Marlin (LR) arrivé en tête sur la 2e circo (Etampes-Mennecy-Milly) de peu (30,82% contre 29,88% pour Daphné Ract-Madoux (LREM)), le match risque d’être très compliqué pour Nicolas Dupont-Aignan sur la 8 e circo. Le président de Debout la France accuse un retard de 6 points par rapport au candidat En Marche, Antoine Pavamani.