C’est la dernière ligne droite de la campagne pour les Législatives. A Corbeil, ce vendredi, c’est jour de marché. Il ne reste qu’une semaine avant le premier tour. L’équipe de Jean-Luc Raymond, candidat se réclamant d’En Marche ! – bien qu’il n’ait pas eu l’investiture officielle – tracte, affiche géante disposée devant un étal. Ce matin là, la chaîne LCP est en train de faire un reportage sur les candidats de la 1ère circo. En ce moment, pas une semaine ne se passe sans que caméras, radios et journalistes nationaux ne s’intéressent à la campagne qui se joue à Evry et Corbeil. La médiatisation de la circonscription s’explique par la candidature du député sortant Manuel Valls, et son actualité chargée, mais pas que. Les candidatures « buzz » du suppléant de Jacques Borie Francis Lalanne et de l’humoriste controversé Dieudonné, mais aussi les déboires de la France insoumise et des candidats de la gauche PCF et écolo ont participé à donner à la campagne de la circonscription bien plus de rebondissements que prévu. Au milieu de tout cela, les candidatures plus « classiques » ont eu, peut-être, un peu plus de mal à se faire entendre.

Caroline Varin et Jean-François Bayle, en campagne, à Corbeil. (MH/EI)

Caroline Varin et Jean-François Bayle, en campagne, à Corbeil. (MH/EI)

Un peu plus loin dans Corbeil, au Café des sports, nous retrouvons Caroline Varin et Jean-François Bayle, candidats LR sur la 1ère. Dans une circonscription acquise au PS depuis de très nombreuses années, qui penche de plus en plus vers la France insoumise (plus de 30 % des voix ont été accordées à Jean-Luc Mélenchon lors de la Présidentielle), quelle est la place des partis de la droite ? Devant un jus de tomate, Caroline Varin, avocate au barreau d’Evry, ne désarme pas et croit en ses chances. « On a un vrai programme, clair, assure-t-elle. Ceux qui se disent de la majorité présidentielle ont un programme flou, et on ne connaît pas leur tendance. Ils se battent pour en faire partie, même entre eux… »

Mais comment, au milieu de 22 candidats, se faire entendre ? « On essaye de recentrer le débat, de remobiliser l’électorat de droite, qui a été égaré pendant la Présidentielle et qui ne s’est pas retrouvée autour de Fillon. Et parce qu’il est important de ne pas donner un « blanc sein » à Macron. Il faut qu’on puisse avoir une autre alternative. »

Avant de s’attaquer, personnellement, à Manuel Valls, et à son virement vers la « majorité présidentielle ». Une « trahison » que les électeurs pourraient faire payer à l’ancien Premier ministre. « On a eu un mouvement autour de François Fillon, quand bien même les candidats aux primaires n’étaient pas tous d’accord, ils ont suivi les primaires. Manuel Valls n’a pas respecté les primaires de son parti. » Quant au PS, « ils ont aujourd’hui un spectre extrêmement large, qui va de l’extrême gauche à Macron, en totale opposition. » En opposition donc, avec la ligne « claire » de LR et de l’UDI.

Mais au delà du PS, le plus grand danger pour la droite sur la 1ère circo ne viendrait-il pas plutôt de la France insoumise ? Un succès que Jean-François Bayle tempère : « il y a eu un effet Mélenchon, mais il n’y aura pas forcément d’effet Amrani. Il y aura aussi moins de participation, et l’abstention se trouvera surtout vers les électeurs de ces candidats. Notre électorat à nous est plus fidèle. »

Chez les autres ténors de la droite en Essonne, on croit aussi aux chances de Caroline Varin : « Je trouve qu’elle fait une très bonne campagne, estime Stéphane Beaudet, maire LR de Courcouronnes. Elle bouffe du terrain tous les jours. On est pas à l’abri d’une surprise. Les sondages donnent Madame Amrani devant, je n’y crois pas du tout. »

Réponse dimanche.

« Les gens ont déjà une idée de pour qui ils vont voter »

Le candidat qui se présente sous l’étiquette Debout la France se nomme David Soullard. Agé de 48 ans, il est un peu plus conscient des difficultés pour un parti de droite de remporter la circonscription, surtout après la percée exceptionnelle de la France insoumise à Evry et Corbeil au premier tour de l’élection présidentielle. « Historiquement, la circonscription est très à gauche. Mélenchon est arrivé en tête à la Présidentielle. Mais tout est jouable. » Surtout, pour celui qui est fonctionnaire au Ministère de l’intérieur, en ce qui concerne la sécurité. « Il y a différents quartiers sensibles, où règne beaucoup d’insécurité. Les forces de l’ordre n’ont plus les moyens de faire leur travail. La sécurité, si je suis élu, sera ma priorité. Sans occulter l’emploi et le cœur des villes, qu’il faut refaire vivre. »

Le candidat, que nous rencontrons lors d’une présentation de tous les candidats DLF par le parti en Essonne, n’a pas fait une campagne de terrain acharnée, et le reconnaît bien volontiers. « Les gens ont déjà une idée de pour qui ils vont voter, estime David Soullard. J’ai fait le marché de Corbeil au début mais je ne le fais plus, je trouve qu’il y a une force de harcèlement ! »

Pour autant, l’aspirant député n’est pas découragé par la montée des autres mouvements, notamment FI et En Marche ! « Les gens savent que le gaullisme transcende les clivages. Je pense qu’on peut faire la différence aux Législatives. Et En Marche ! a une multitude de candidats sur la circonscription, les électeurs sont perdus. »

Le regret de David Soullard, comme celui de beaucoup des 22 candidats, sera peut-être celui de la médiatisation « folklorique » de la circonscription, « au détriment des citoyens. » « Dieudonné veut se venger de Valls, par exemple. Mais il sera où, dans 6 mois ? »