« Empruntez le matin la N6, vous mettrez plusieurs dizaines de minutes à passer le nœud de Villeneuve-Saint-Georges. C’est insoutenable ! Quant au RER D, il a souvent des retards. En plus, il est souvent blindé. Résultats il faut attendre le train d’après pour espérer monter… On n’en peut plus », se plaignent des riverains de la huitième circonscription de l’Essonne, celle regroupant les communes de Brunoy, Crosne, Montgeron, Vigneux et Yerres. En effet, ce secteur du département traîne une sacrée réputation concernant les transports et plus largement la circulation. Il faut dire qu’il ne l’a pas volé. « Enclavé », « embouteillé », « transports bondés », voici les critiques quasi-quotidiennes des habitants de ce territoire.

Dans le cadre des élections législatives, nombreux sont les candidats qui affichent dans leur programme des mesures pour améliorer la qualité du RER D et désengorger les grands axes. Toutefois, il est important de rappeler que leur champ d’action reste tout de même limité dans ces dossiers. À l’inverse des maires ou encore des présidents de communautés d’agglomérations, le député n’a pas de pouvoir exécutif. Cependant, il peut être à l’initiative de projet et peut faire pencher la balance du bon côté. Ainsi, regardons de plus près les promesses de chacun en la matière.

Le nouveau pont est-il la solution ?

Véritable hantise des automobilistes, le passage en centre-ville de Villeneuve-Saint-Georges. Le rétrécissement des voies, la réduction de l’allure, les nombreux feux tricolores et surtout la hausse monumentale de véhicules à l’approche de ce carrefour en font un lieu que chacun redoute. Mais comment remédier à cela ? La majeure partie des candidats soutient une idée presque « vieille comme le monde » : un nouveau franchissement de Seine. « Cela fait plus de 40 ans que ce projet est dans les cartons. Il faut absolument qu’il voie le jour, raconte Irvin Bida, le candidat de l’union UDI/LR. Entre Juvisy et Villeneuve, soit sur 11 km, il n’y a pas de pont. Il est primordial. Cela permettra de désenclaver notre territoire et de diminuer le temps de trajet quotidien vers son travail », poursuit ce dernier qui soutient le plan anti-bouchons lancé par la Région IDF au sein duquel figure ce nouveau pont. huit millions d’euros ont été mis sur la table pour permettre le début des études de faisabilité. « Il est temps de passer des études à la réalisation désormais. Cela facilitera la vie de nos concitoyens », lançait-il il y a peu, le député sortant Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) dans une réunion publique à Brunoy, également favorable au projet.

Car beaucoup y voient un moyen de reconnecter le territoire aux pôles d’activités de la région. « Un pont sur la Seine permettrait de relier cette corne nord-est du département aux territoires dynamiques comme Orly-Rungis, Paris, Evry-Corbeil et Paris Saclay », commente Geneviève Morin, la candidate du Parti communiste (PCF). Du côté du candidat investi par En Marche, on soutient le plan anti-bouchons initié par Valérie Pécresse, la présidente de la Région : « Le nouveau pont doit offrir aux habitants de notre secteur une nouvelle voie d’accès à la rive gauche et aux emplois du pôle Orly-Rungis. Nombre de nos concitoyens y travaillent », assure Antoine Pavamani.

Le pont de Villeneuve-Saint-Georges. (Capture Google)

Le pont de Villeneuve-Saint-Georges. (Capture Google)

Les autres candidats n’hésitent pas à dire que le pont pourrait être l’une des solutions. Pour autant, cela ne résoudrait pas totalement les problèmes d’engorgement. « Le problème, c’est qu’hormis le pont, il n’y a pas de stratégie d’ensemble, explique Benjamin Boucher, le candidat du Front national. Cela doit être couplé avec un contournement par l’Est avec une création de voies rapides qui relieraient l’A5A à l’A4 ». Un projet très ambitieux et aussi très coûteux.

Tout aussi ambitieux et tout aussi coûteux, le projet défendu par Christophe Joseph. Le membre du Mouvement républicain et citoyen (MRC) entend la création du pont assortie de deux tunnels. « C’est un projet déjà ancien. L’idée serait de faire un premier tunnel entre Valenton et Crosne et le Réveil Matin, emprunter le nouveau pont entre Vigneux et Athis et faire un dernier tunnel sous la bute d’Athis-Mons qui rejoindrait le contournement Sud d’Orly vers Paray-Vieille-Poste. Bien évidemment, il faudra que l’Etat et la Région mettent au pot pour la réalisation d’un tel ouvrage », ajoute un Christophe Joseph plutôt réaliste sur les besoins financiers d’un tel projet.

D’autres enfin préfèrent passer par un autre mode de fonctionnement avant de trancher sur la réalisation ou non des projets : la concertation. Convaincu de l’importance d’un nouveau franchissement de Seine, Fayçal Laaraj, candidat qui souhaite faire partie de la Majorité présidentielle, indique que s’il devient député « je serai un pilote qui insufflera la dynamique et l’autorité nécessaire pour faire avancer les projets. Je suis conscient que le projet de pont ne plaît pas à tout le monde, notamment à la maire d’Athis-Mons. Mais s’il est bon pour l’intérêt général, le rôle du député sera de trancher ». La concertation, c’est aussi ce sur quoi mise Faten Ben Ahmed, la candidate soutenue par le Parti socialiste et EELV. « Certes, il faut essayer d’imposer des dossiers, mais surtout il ne faut pas oublier que ceux qui essuieront les conséquences d’un nouveau pont à Vigneux, ce sont les plus proches riverains. Il faut donc que la concertation vienne ‘d’en bas’ ». Mêmes propos pour Jérôme Flament de la France insoumise. Le candidat du mouvement de Jean-Luc Mélenchon assure que la concertation « doit remonter des citoyens. Différents groupes de travail seront mis en place. Il s’agira de conseils de circonscription citoyens dans lesquels les idées seront formulées et directement remontées au député ».

Notre dossier sur la 8e circonscription

Que peut-on faire du RER D ?

Autre serpent de mer de cette circonscription, le fameux RER D. Lui aussi s’est forgé une sacrée réputation au fur et à mesure du temps. Irrégulier, en retard, surpeuplé, bref, le constat est sans équivoque. Comment peut-on arranger le quotidien des centaines de milliers d’usagers qui l’empruntent chaque jour ? Le candidat de la France insoumise, lui, ne compte pas faire de promesses au niveau local. « Soyons réaliste, ce n’est pas le rôle du député de faire des promesses locales et je suis surpris que certains candidats en fassent, admet Jérôme Flament. Je souhaite porter un projet au niveau national, pour agir sur une globalité. Ainsi, je souhaite amender les projets de finances des transports pour tenter d’améliorer la situation », affirme ce dernier qui milite aussi activement pour le doublement du tunnel de Châtelet, qui permettrait « d’alléger les croisements entre le B et le D qui peuvent bloquer le réseau ». Redoter la capacité financière, c’est aussi ce que Christophe Joseph souhaite porter s’il est élu député. « Il faut exiger que l’Etat intervienne sur les réseaux ferrés en augmentant ses investissements dans ce domaine ».

Certains misent sur les avancées obtenues par la Région, comme la mise à disposition de nouvelles rames. C’est le cas d’Irvin Bida (UDI/LR). « Accélérons la mise en service de ces nouvelles rames plus modernes qui doivent voir le jour pour 2026. Pour cela, il est nécessaire de mettre à niveau dès maintenant les aiguillages et les quais. Si nous envisageons cela dès maintenant, nous pourrions régler ce problème avec deux ans d’avance, soit en 2024 ».

« Rajouter des rames supplémentaires ne changera pas le problème, rétorque Faten Ben Ahmed. Il va falloir réunir l’ensemble des acteurs autour d’une même table, députés, maires, associations d’usagers, et usagers également pour faire en sorte de faire pression sur le président de la SNCF et sur l’ensemble des décideurs ». Ce constat est également partagé par le candidat d’En Marche, Antoine Pavamani qui se définit comme « l’avocat inlassable du RER ». « Il faut avoir une vision d’ensemble sur l’Île-de-France. Formons une coalition de la Grande couronne, outrepassons les clivages pour faire en sorte d’avancer dans le sens de l’intérêt commun ». Même sentiment pour Fayçal Laaraj qui compte bien être « un pôle moteur et dynamique dans les négociations à l’Assemblée nationale à propos du RER D ».

D’autres enfin soutiennent en partie les avancées de la Région sur la question du RER D. Mais ils comptent aller plus loin. Le député sortant, Nicolas Dupont-Aignan (DLF) veut la livraison de ces nouvelles rames, mais assure qu’il faudra aussi un changement dans la politique urbaine des collectivités. « Plus au sud de chez nous, il y a la ville nouvelle de Sénart. Cette dernière est obligée de construire. Mais plus elle construit, plus cela va faire que nos transports vont être surchargés, et nos axes routiers aussi. Je me battrai pour faire en sorte de limiter ces programmes immobiliers, arrêtons de remplir les milieux urbains. Voici la vision que je défends », lance NDA. Des propos que partage en partie Benjamin Boucher du FN. « Il y beaucoup trop de projets immobiliers, mais pas de stratégie urbaine cohérente. Faisons en sorte que l’urbanisme et la question des transports soient traités ensemble ».

Quels projets alternatifs ?

À défaut de pouvoir améliorer les réseaux routiers et le RER D dans l’immédiat, que peut-on faire alors ? Certains veulent accentuer le réseau déjà existant des autres transports en commun. « Je m’engage à ce qu’il y ait des bus plus tôt le matin et plus tard le soir, notamment le samedi et le dimanche, pour les salariés en horaires décalés », indique Nicolas Dupont-Aignan.

D’autres veulent développer de nouveaux types de transports plus propres. Des modes de transports alternatifs comme encourager les déplacements à vélo. « Nous sommes dans un secteur surchargé. Développons les voies cyclables. Cela trouve du sens étant donné le patrimoine vert du secteur », assure Jérôme Flament (FI). « Incitons les gens à éviter de prendre leur voiture pour les petits déplacements. Favorisons les vélos et les véhicules électriques que nous pourrions démocratiser », ajoute pour sa part Fayçal Laaraj. « Relançons l’idée du covoiturage pour diminuer les embouteillages sur les grands axes, souligne Antoine Pavamani. Faisons même en sorte de créer des espaces de coworking afin de réduire un maximum le trajet du domicile au travail ». Un élément que Fayçal Laaraj défend aussi. « Incitons les municipalités à créer des bureaux partagés ».

Car oui, cette circo est plus un secteur-dortoir qu’une zone d’attractivité économique. La plupart des habitants travaillent en dehors des frontières de ce territoire. « La circonscription qui rassemble 120 000 habitants ne dispose que de 21 500 emplois, soit 18 emplois pour 100 habitants contre 35 dans l’Essonne, explique Geneviève Morin (PCF). L’écart se creuse même puisque dans les dernières années, il y a eu seulement 10 emplois supplémentaires pour 100 habitants supplémentaires. Je propose donc un objectif ambitieux pour inverser la tendance, pas un logement supplémentaire sans un emploi supplémentaire ». Pour Irvin Bida, l’enjeu est aussi de ramener de l’activité dans ce territoire. « Si on continue de se mettre des barrières et des frontières en termes d’urbanisme, les grandes entreprises ne viendront plus. Cela passe une fois de plus par un bon tissu de transports et de grands axes routiers que nous sommes en train de développer ».

Enfin, certains veulent aller encore plus loin sur les modes de transports alternatifs et écologiques. Nombreux sont ceux qui aimeraient engager des pourparlers autour de la gestion du fleuve. « Je souhaite un renforcement à l’échelle francilienne du schéma de déplacement en mode doux, résume Christophe Joseph (MRC). C’est pourquoi on pourrait imaginer à terme d’exploiter la Seine pour des déplacements ». « C’est clairement une option qui pourrait soulager nos grands axes routiers », renchérit Faten Ben Ahmed, soutenue par le PS. « Tout ça sera un vrai travail de lobby de la part du nouveau député. Traiter avec tous les acteurs locaux et décideurs demandera beaucoup de poigne et de courage », conclut Benjamin Boucher.

Le désenclavement de la huitième circonscription de l’Essonne sera-t-il pour ce mandat. Rien de sûr. En tout cas, électeurs du Val d’Yerres, il vous faudra faire un premier choix ce dimanche 11 juin.

Les candidats de la huitième circonscription de l’Essonne