« Au début je ne devais pas me présenter. Mais en discutant avec l’équipe, on a jugé qu’il était plus intéressant que je sois candidat face à Valls ». Dieudonné M’bala M’bala pointe clairement du doigt l’homme à abattre pour ces élections législatives. Et si la candidature de l’humoriste sur la première circonscription de l’Essonne a beaucoup affolé la toile ces dernières semaines, Dieudonné estime qu’elle peut apporter beaucoup aux citoyens de la République. Aux gens qui s’interrogent sur la légitimité de sa candidature, il répond ceci : « Je pense que la France a besoin d’un débat plus serein. Valls et moi, on a un rôle important à jouer. Si on avait l’occasion de discuter, ça pourrait aider des gens », poursuit l’homme de 51 ans, tendant la main au député sortant.

Docteur Dieudonné

Ce mercredi, environ 350 personnes étaient présentes à l’Émeraude 91, une salle privée sur la zone industrielle de Fleury-Mérogis pour assister au tout nouveau spectacle (La politique) de Dieudonné. Un choix curieux pour celui qui se présente sur la première circonscription de l’Essonne, mais surtout un endroit par défaut pour celui qui ne fait pas toujours l’unanimité. « Nous avons eu un délai très court pour préparer cette campagne et, sans relais locaux sur place, difficile de trouver une salle », explique-t-on dans l’entourage du candidat. Qu’importe, pour celui que beaucoup ne pensaient pas ou peu apercevoir sur le terrain, force est de constater que Dieudonné est bel est bien en campagne.

En témoigne notamment sa virée dans les rues d’Évry et de Corbeil le 31 mai dernier, à la surprise générale. « J’ai été reçu à bras ouverts », affirme l’humoriste. « Il y avait des blancos, mais aussi des blackos », plaisante-t-il ensuite – faisant référence aux propos de Manuel Valls en 2009 sur une brocante d’Evry, où il demandait plus de « blancs, de whites, de blancos » devant les caméras.

Une invective parmi tant d’autres à l’encontre de son ennemi numéro 1 qui, pour lui, est la cause de nombreux maux en France. « Cet homme est responsable de la situation de notre pays. De la montée du terrorisme, de la censure… De par sa politique nauséabonde, il en a été le promoteur. Il a tenté de me tuer socialement », ajoute le candidat avant de laisser son équipe de campagne se présenter. « Je suis content d’avoir dans mon équipe des gens dont la profession est de soigner les gens ».

Dans l’équipe qui entoure le comédien, on retrouve notamment ces « thérapeutes », dont Fred Haziza, qui se présente au public comme « musicothérapeute ». Ils sont au nombre de 4, et tous s’accordent à dire que « notre société est malade ». Comme exemple phare du mal-être de la France, le scandale de la quenelle, geste notamment qualifié de « salut nazi inversé » par Alain Jakubowicz, président de la Licra, en décembre 2013. Un scandale que les soutiens de Dieudonné présentent comme « un délire total », pendant qu’eux voient en l’humoriste controversé une sorte de « clown guérisseur » allant même jusqu’à tenter la comparaison avec Molière. « Ils ont beaucoup de points communs. Ce sont des créateurs, des artistes engagés, mais Molière était protégé par Louis XIV alors que Dieudonné n’est pas du tout soutenu », regrette l’un d’entre eux.

« Cette circo où il y a trop de Blacks, je m’y sens chez moi »

Outre le devenu célèbre Nolan Lapie, on retrouve aussi dans son équipe, Bob Brahmi, connu pour avoir été viré de la mairie d’Evry pour avoir publié sur Facebook un photomontage polémique sur Manuel Valls.

« Dans mon équipe j’ai des gens du territoire », rappelle d’ailleurs Dieudonné en marge de son meeting. Si ce dernier ne souhaite pas qualifier Bob Brahmi comme sa caution territoriale, l’ancien employé municipal est pourtant bien le seul à avoir réellement évoqué les enjeux globaux de cette circonscription. « Je suis un enfant d’Évry. J’ai côtoyé toute ma vie les habitants de cette circonscription. Valls a véhiculé la même image sur le plan national que sur le plan local. Il y a une forme de terreur à Évry. Les gens ont peur de ne pas voter pour Valls », estime-t-il avant de citer le chômage, la sécurité, les transports et l’accès aux soins comme enjeux majeurs du territoire.

S’il a un temps vécu à Verrières-le-Buisson et Massy, Dieudonné assume pleinement sa non-appartenance au territoire. Loin des thématiques abordées plus tôt par Bob Brahmi, il assure néanmoins se reconnaître pleinement dans la population de cette première circonscription. « Cette circo où il y a trop de Blacks, je m’y sens chez moi », lance-t-il. « Ici il y a plein de Français d’origine africaine (maghrébines, antillaises…). Ils sont d’accord avec moi. On a un intérêt commun. Certes il y a de la mixité, mais il y a aussi des gens qui ont mon histoire. Ils ont besoin qu’on leur parle de leur histoire. Il y a plus de Noirs en prison aujourd’hui que dans les champs de coton », ose le candidat. « Évry est un hasard de leur vie. Ils ne sont pas ici par choix, mais pour des raisons économiques ».

Des arguments que Dieudonné compte entre autres porter à l’Assemblée nationale s’il est élu, lui qui espère un jour pouvoir faire bouger les choses. « Est-ce que Valls a changé des choses sur cette circo ? Il faut une destruction de ce jeu qu’est la politique », poursuit-il, affirmant qu’il ne faisait pas un cas personnel de l’ex Premier ministre.

Mais s’il était élu, le tout récent condamné à deux mois de prison par la justice belge ne fera pas de vieux os à la députation de la circonscription. Son objectif avoué, c’est la présidence du Cameroun, où il se rendra l’année prochaine pour défendre ses chances. Il compte néanmoins « peser sur ces élections françaises pour obtenir le respect », avant, en cas de victoire, de passer le témoin à son suppléant Nolan Lapie. Nous interrogeons Dieudonné sur la légitimité de ce jeune homme à représenter les habitants d’Évry, de Corbeil et des autres villes de la circonscription. « Il est fortement lié à la Bretagne. Il a commencé son parcours politique par une gifle. Certaines personnes peuvent penser qu’il est étranger à la circo, mais je crois que c’est un homme honnête. Les habitants ne seraient pas déçus », le décrit-il avant de conclure : « Je reviendrai. J’aime la France, et je veux rétablir la vérité dans ce pays ».

Propos recueillis par Gérald Delin et Mylène Hassany.