« Depuis quelques semaines, les gens attendent le changement. J’ai vraiment le sentiment que nous en sommes proches », lançait il y a peu Irvin Bida, le candidat centriste investi par l’UDI et LR. Ce constat, nombreux sont ceux qui veulent le dresser. Car beaucoup voient le positionnement de Nicolas Dupont-Aignan durant l’entre-deux tours comme une opportunité de le faire tomber de son piédestal sur lequel il est solidement fixé depuis tout juste vingt ans. Un fait renforcé par les différentes manifestations anti-NDA qui se poursuivent dans les rues de Yerres, comme ce fut le cas ce samedi. Devant le conservatoire communal, près de 200 personnes, les fameux « Idiots utiles », s’étaient retrouvées pour exprimer leur colère de voir « le Front national qui met un pied au village », déclaraient ainsi quelques manifestants.

Pour ce scrutin, ils sont donc quatorze à se présenter face à Nicolas Dupont-Aignan. Tous sont conscients qu’ils ne pourront pas gagner, ni même atteindre le second tour. Voici un point sur la situation et les différentes en présence.

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Après NDA, c’est le second candidat « à abattre »

Parmi ceux qui sont susceptibles de croire en leurs chances de victoire, figure notamment un certain Antoine Pavamani. Ce dernier a été investi par le mouvement En Marche ! du nouveau Chef de l’Etat. L’homme de 37 ans fait ainsi campagne sur des thématiques mi-nationales mi-locales, comme l’emploi, la sécurité, l’éducation ou encore les transports. « Je souhaite faire campagne projet contre projet, affirme ce dernier. Les choix de Nicolas Dupont-Aignan planent en permanence dans l’atmosphère, mais je n’en fais pas une thématique de campagne ».

S’il souhaite se mesurer aux différents projets de chacun, les autres candidats n’hésitent pas à le prendre pour cible sur son passé. Tel un candidat qu’on souhaiterait abattre. « C’est tout bonnement un apparatchik de gauche », résume le député sortant. Ancien assistant parlementaire de Manuel Valls (PS) de 2002 à 2006, mais aussi ancien élu d’Évry, il a ensuite travaillé pour le président du groupe de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale, Bruno Leroux, de 2012 à mai 2016. Il rejoint en mai 2016 le cabinet de Jean-Marie Le Guen (PS), secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement. Ces derniers mois, il travaillait aux côtés de Michel Berson, sénateur de l’Essonne et ancien président du Conseil général du département (1998–2011). Sur son passé militant, Antoine Pavamani est clair, net et précis. « Je ne rougis pas de mon passé et je ne le renie pas. J’ai travaillé pour et avec les socialistes. De là à me dire que je suis un ‘apparatchik’, c’est quand même injustifié. Je n’ai jamais eu de fonctions politiques majeures » avance-t-il avant de se justifier : « Emmanuel Macron a su rediriger d’anciens socialistes, centristes et écologistes avec lui. J’en fais partie », termine celui qui a rendu sa carte du PS début mai.

Tout ce contexte a ainsi poussé Fayçal Laaraj, militant En Marche ! a se porter candidat face à Antoine Pavamani. « Je n’ai pas apprécié le mode d’investiture. Il ne représente pas le renouveau en politique à l’inverse de moi. C’est un pur recyclage », confie celui qui compte porter des valeurs citoyennes. « Je ne veux plus d’opportunisme politique » soutient celui qui souhaite « être un élu de terrain ».

Signe qu’il dérange – et peut-être qu’il fait peur à d’autres candidats – certains l’attaquent sur son mandat de conseiller municipal d’opposition à Crosne. Et c’est NDA en personne qui porte l’estocade. « Sur 21 conseils, il n’a été présent qu’à 5, dont la plupart en 2017. Curieux non ? », lance le député sortant de Debout la France (DLF). Là encore, le candidat En Marche ! tente d’apporter une explication. « En réalité, j’ai été présent à 8 conseils, mais lors de mes absences, j’ai toujours été représenté. Quand je travaillais au Parlement, les séances étaient le mardi soir, soit le même soir que les conseils municipaux à Crosne. Depuis que j’ai arrêté le Parlement, je peux me consacrer encore plus à ma ville ».

Irvin Bida (LR/UDI) veut incarner la jeunesse et le renouveau (JL/EI)

Irvin Bida (LR/UDI) veut incarner la jeunesse et le renouveau (JL/EI)

À droite, on tape aussi volontiers sur le candidat de majorité présidentielle. Pour Irvin Bida (UDI/LR) qui souhaite incarner « la jeunesse et le renouveau politique », la candidature d’En Marche ! sur cette circo n’aurait qu’un seul but. « Sans investiture macroniste sur le territoire, NDA aurait déjà perdu ! Ainsi, ils prennent le risque d’être les complices de sa réélection. L’irresponsabilité des uns pourrait nous faire perdre une nouvelle fois. C’est inacceptable ». « De toute façon, Irvin Bida est un second candidat En Marche », tacle NDA en faisant référence au fait que ce dernier est un proche collaborateur du centriste Jean-Louis Borloo. « Borloo a soutenu Macron me semble-t-il ? », attaque le député sortant. Pour autant, Irvin Bida est soutenu dans ce scrutin par la quasi-totalité de la droite locale dont Georges Tron, Serge Dassault, François Durovray ou encore Stéphane Beaudet. Bref, le ‘pacte de non-agression’ avec Nicolas Dupont-Aignan qui existait jadis semble définitivement révolu.

Union de la gauche, je t’aime moi non plus

Les forces de gauche quant à elles se présentent divisées. Outre une liste Lutte ouvrière portée par Laurent Tournier, le Parti socialiste (PS), le Mouvement républicain et citoyen (MRC), la France insoumise (FI) et le Parti communiste (PCF) sont en ordre de bataille. Un constat particulier étant donné que la majeure partie d’entre eux avait plaidé pour l’union de la Gauche. « Nous n’avons pas réussi à créer les conditions d’un rassemblement », déplore pour sa part Christophe Joseph du MRC. Le candidat chevènementiste avait pourtant proposé à certains de ses compères de gauche l’union tant espérée pour tenter d’exister un peu plus dans les débats. « Je suis le seul à avoir un mandat municipal et communautaire sur ce territoire. Selon moi, on crée les conditions du rassemblement autour de personnes d’expérience », estime ce dernier qui se voyait titulaire avec pourquoi un candidat socialiste comme suppléant.

Christophe Joseph militait notamment pour une union de la Gauche au premier tour (JL/EI)

Christophe Joseph militait notamment pour une union de la Gauche au premier tour (JL/EI)

Du côté du PS, l’union était aussi recherchée. Mais le parti au poing et à la rose a choisi de voir les choses autrement. Il a soutenu Faten Ben Ahmed, une candidate issue de la société civile. « Je n’ai jamais été encartée, mais j’ai toujours défendu et porté les valeurs de la gauche », garantit cette dernière investie dans des associations sur Vigneux. « L’union de la gauche devrait se faire autour de personnes qui représentent la citoyenneté, des personnes qui représentent le renouveau. Comme non-encartée, j’aurais pu être cette personne ». En clair, personne n’a pu – ou voulu – se coucher face à l’autre.

Le cas de figure est globalement le même plus à gauche. La France insoumise a investi son duo composé de Jérôme Flament et d’Emilie Chazette. Parmi ses engagements forts, celui-ci s’engage à être un élu révocable. « Si 15% des inscrits signent une pétition me demandant de remettre mon mandat, j’organiserai un référendum citoyen qui déterminera démocratiquement mon maintien ou non dans l’Hémicycle », assure Jérôme Flament. A l’inverse de la Présidentielle, le candidat FI ne fera pas alliance avec les communistes. En effet, Geneviève Morin portera les couleurs du PCF. « A Vigneux, nous avons mal vécu les choix de Pierre Laurent (Ndlr : premier secrétaire du PCF) de ne pas se présenter comme candidat. Si cela continuait ainsi, cela aurait été la même chose au niveau local. Nous ne pouvions pas l’accepter », commente Geneviève Morin pour justifier sa candidature. « Nous avons d’ailleurs été soutenus par un groupe d’appui local de la France insoumise sur le Val d’Yerres. Toutefois, la validation de notre accord local a été subordonné par la direction nationale de FI à l’obligation de me faire signer une charte me ‘ficelant’ dans un statut qui me faisait perdre mon identité communiste. Ce qui est inacceptable », informe cette dernière. « On regrette cette division et le fait que des factions n’aient pas fait la réflexion jusqu’au bout des choses en omettant de penser à l’union des citoyens », répond Jérôme Flament, qui affirme pour sa part être soutenu par tous les groupes d’appui locaux de FI.

Faten Ben Ahmed, la candidate de la société civile soutenue par le PS (JL/EI)

Faten Ben Ahmed, la candidate de la société civile soutenue par le PS (JL/EI)

Les « petits candidats » sont là pour se faire entendre

Face à ces différentes formations, d’autres candidats tentent d’exister dans cette campagne. Carla Robinet sera ainsi la candidate de l’UPR. Celle-ci fait notamment campagne sur cette circonscription sur les valeurs portées par François Asselineau, candidat à l’élection présidentielle. « Nous souhaitons rendre le pouvoir de souveraineté à la France. Pour que nous puissions décider pour nous-mêmes », renseigne cette dernière. Et pour ce jeune parti, le fait d’avoir eu un candidat lors de l’élection présidentielle pourrait être un plus avant le premier tour. « Beaucoup de personnes ont connu l’UPR à cette occasion. Certains n’ont sans doute pas osé voter pour nous afin de le faire pour un vote utile. Ça changera sans doute pour ce vote ».

Jérôme Flament (FI) veut être un député révocable (JL/EI)

Jérôme Flament (FI) veut être un député révocable (JL/EI)

Une confirmation, voilà donc ce qu’attend ce parti. C’est aussi ce qu’aimerait obtenir Farid Ghehioueche. Ce dernier est le candidat de Cannabis sans frontières. Allié avec le Parti pirate, celui-ci compte bien faire entendre ses propositions tant en matière de dépénalisation, que sur l’ouverture des frontières, que sur les questions écologiques. « Du fait de mon engagement pour la dépénalisation du cannabis, je suis globalement bien accueilli par les jeunes de moins de 30 ans. J’ai même l’impression d’être une vedette locale pour eux. Mais le problème, c’est qu’ils font souvent partie des abstentionnistes », reconnaît-il.

Le combat va être globalement le même pour Kilé-Olivier Yengé, qui vient de fonder son parti, le Peuple au pouvoir. Cet ancien socialiste sait qu’il n’a que très peu de chances d’arriver au second tour, mais il compte bien se servir de ce scrutin pour faire passer son message et tenter d’implanter son mouvement. « Je veux réunir les déçus de la politique et prendre en considération tout le monde. Je veux faire de la politique autrement en interrogeant directement les citoyens sur ce qu’ils veulent vraiment, éclaire Kilé-Olivier Yengé. Cette élection me permettra de poser les bases et surtout d’informer les gens ».

Voilà, le décor est planté. Le combat risque d’être rude dans les derniers jours sur cette fameuse huitième circonscription de l’Essonne.

Les candidats de la huitième circonscription de l’Essonne