Elles appartiennent toutes à des partis politiques différents, mais partagent le même constat : la Gauche, à la tête de la 10e circonscription** de l’Essonne depuis trop longtemps, n’a pas résolu les problèmes des habitants et doit donc laisser sa place.
Il faut dire que les candidats de droite attendent leur tour depuis… 1988. À l’époque, c’est Julien Dray (PS) qui est élu député de la 10e circonscription, avant que Malek Boutih (PS) ne lui succède en 2012. Une longévité aujourd’hui mise à l’épreuve du bilan, qui fournit des arguments à ceux qui s’y sont opposés.

Candidate pour la seconde fois, Marianne Duranton (UDI) apparaît comme la plus armée. Elue d’opposition à Morsang-sur-Orge et membre de la majorité à la Région Ile-de-France, elle est investie par l’UDI et Les Républicains. Après avoir accédé au second tour lors des législatives de 2012 (43,16%), elle joue aujourd’hui la carte de la constance et du travail de terrain : « D’ailleurs, je ne joue pas, corrige-t-elle. C’est le sens même de mon engagement. Je n’ai pas vocation à être une élue hors-sol, qui se contente de légiférer et de prendre des postures nationales. On a bien vu ce que ça donnait avec Malek Boutih ».

Pour faire en sorte que la deuxième fois soit la bonne, elle met en avant son expérience politique et professionnelle, elle qui a enseigné le Droit constitutionnel : « Etre députée, c’est savoir articuler le local et le national, estime-t-elle. J’habite le territoire, je prends le train, j’ai des enfants, j’occupe un mandat municipal et régional, j’ai occupé un mandat départemental et j’ai aussi travaillé comme conseillère parlementaire de Martin Hirsch (Haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, puis à la Jeunesse de 2007 à 2010, ndlr). Je connais donc les problématiques du territoire mais aussi le fonctionnement de l’Assemblée ».
En cas d’élection, elle assure qu’elle sera « pragmatique, constructive et vigilante » avec la majorité, le tout « dans l’intérêt général car la France a déjà perdu cinq ans ».

Au niveau local, l’Essonnienne compte mettre en pratique ce qu’elle appelle « la méthode Hirsch ou la culture du diagnostic » : « On évalue le travail à intervalles réguliers puis on partage ce diagnostic, précise-t-elle. Cela permet de savoir d’où on vient, où on en est, et où on va ».
Aujourd’hui la mieux placée à droite pour accéder au second tour, Marianne Duranton confirme qu’il n’y aura « aucune discussion avec le FN » et ne compte pas sur un éventuel soutien de la part des autres candidats : « Je préfère ne pas me poser la question. Je n’ai jamais négocié quoique ce soit. Je suis dans une démarche claire et cohérente appuyée par deux partis. Après, les électeurs sont libres de leur choix. Si ceux de Debout la France ou de l’UPR veulent voter utile, ils peuvent le faire dès le premier tour ». 

« Un député doit prendre de la hauteur »

Ces électeurs-là, Valérie Fleury compte aussi les ramener dans son escarcelle. Génovéfaine depuis 28 ans, elle est la candidate de Débout la France, le parti présidé par l’Essonnien Nicolas Dupont-Aignan. Pour sa première campagne législative, elle veut elle aussi promouvoir la proximité : « Il y a des choses à faire, on ne doit pas reprendre les mêmes pour recommencer, observe-t-elle. Pour moi, être député c’est être proche des gens ».
À 52 ans, elle vient de reprendre des études dans les ressources humaines après un passage dans le monde de la banque. Et elle sait ce qu’elle veut pour la circonscription : « Le député sortant Malek Boutih a pris le maire de Sainte-Geneviève comme suppléant pour faire illusion, dénonce-t-elle. Au final, après cinq ans de mandat, on ne sait pas très bien qui est M. Boutih. Moi, je suis moins médiatisée, mais je veux prouver que le travail de terrain porte ses fruits, comme ce qu’a réalisé Nicolas Dupont-Aignan à Yerres ».

Plaidant sa connaissance des problèmes quotidiens des habitants de la circonscription, elle compte « prendre de la hauteur » : « Il faut une ligne directrice commune au sein de notre parti mais on sait aussi qu’une mesure valable pour une ville ne le sera pas forcément pour une autre », reconnaît-elle. Avant de préciser : « On a assez de lois. Avant de légiférer, il faudrait déjà les appliquer correctement. Ce qui manque, ce sont les moyens pour le faire ».

Se définissant comme «  intègre et de droite », Valérie Fleury a dans son programme plusieurs mesures communes avec Marianne Duranton, telles que la rénovation des RER C et D ou le refus des fusions de commissariats. De quoi soutenir la candidate UDI-LR si cette dernière accède au second tour ? « Je n’y ai pas réfléchi, on est pour un vote de réflexion, glisse-t-elle. Le programme que l’on propose est plus complet et plus chiffré que les autres, mon souhait le plus cher est de rester indépendante ». Avec une loyauté sans faille pour son parti qui avait soutenu Marine Le Pen au second tour de la présidentielle : « Je suivrai les consignes, que ce soit pour le FN ou le candidat d’un autre parti ».

« La Gauche n’a pas fait le job, l’insécurité perdure »

Au Front national justement, on explique que l’accord Débout la France-FN n’est pas rompu. Et que la candidate éliminée au premier tour soutiendra son homologue si elle accède au second. Mais comme tout le monde, on critique le bilan du député sortant : « J’ai du respect pour la personne, mais Malek Boutih est incompétent, lâche Lucie Dedi. Il n’a rien réglé, y compris dans les quartiers les plus populaires comme à Grigny ».

Arrivée en France en 2003 pour fuir la guerre civile en Côte d’Ivoire, la candidate frontiste a été naturalisée en 2008, avant d’adhérer au FN l’année d’après. Brétignolaise, elle a habité cinq ans à Sainte-Geneviève-des-Bois, mais raconte avoir dû partir après « des menaces liées à (mon) positionnement politique ». Aujourd’hui, elle prône donc le dialogue : « La France m’a accueilli et je veux lui rendre ce qu’elle m’a donné, explique-t-elle. Avant de m’engager au FN, j’avais plein d’a priori. Finalement, j’ai pris le temps de rencontrer les gens, dont Jean-Marie Le Pen et sa femme avec qui j’ai déjeuné. Et je vous assure qu’ils ne sont pas racistes. Ils veulent simplement préserver l’intérêt des Français, les valeurs et la culture du pays pour éviter qu’il ne se perde dans la mondialisation ».

Agée de 34 ans, mère de cinq enfants, elle travaille comme gestionnaire téléphonique le jour et comme auxiliaire de vie la nuit : « C’est un emploi du temps chargé mais ça me permet d’avoir une vision globale des besoins quotidiens des gens. C’est aussi cela donner de sa personne pour son pays ».
Avec des thèmes de campagne comme la sécurité, la défense des services publics mais aussi l’éducation et le rétablissement de l’autorité, Lucie Dedi veut appliquer le programme du Front national tout en l’adaptant au contexte local. Une gageure dans une circonscription où les scores du FN ne sont que très rarement supérieurs à 20% (15,48% aux législatives de 2012. Lors de la présidentielle de 2017, seule la ville de Fleury-Mérogis a placé Marine Le Pen au-dessus des 20% avec 25,53% des voix).
Alors, elle tente de comprendre pourquoi : « Si on prend l’exemple de Grigny (le FN y a réalisé 12% en mai dernier, sont plus mauvais résultats sur la circonscription, ndlr), là-bas les gens n’aiment pas le FN car ils n’aiment pas la France. Pourquoi ? Parce qu’il s’y développe un communautarisme qui enclave la population. Il faut donc désenclaver ces quartiers ». Et de faire passer un message : « La Gauche n’a pas fait le job, l’insécurité et le chômage perdurent. Le FN n’a pas toutes les solutions mais il a au moins le mérite d’en proposer des concrètes ». 

« Se questionner sur le bien-fondé des promesses électorales locales »

Moins connue du grand public, l’Union populaire républicaine (UPR) a également sa candidate sur la 10e circonscription de l’Essonne. Le parti dirigé par François Asselineau a investi Marianne Hardy, 30 ans. Coordinatrice de projet à l’UNICEF France, elle vit son premier engagement politique et compte mettre les choses au clair : « Je tiens à rappeler que l’UPR est classée « Divers » par le nuancier politique proposé par le ministère de l’Intérieur, c’est-à-dire au-dessus du clivage droite-gauche », précise-t-elle d’entrée. Ensuite, il est de bon ton de rappeler que les élections législatives, même si elles ont lieu à un niveau local, ont pour but d’élire les représentants siégeant au Parlement et prenant donc des décisions au niveau national. J’invite les électeurs à se questionner sur le bien-fondé des promesses électorales locales de mes concurrents ».

À l’UPR depuis 2014, elle souhaite promouvoir les idées de son parti au Parlement et proposer une nouvelle vision aux citoyens : « Je défends les valeurs du parti, qui définissent à mon sens les besoins de la politique française d’aujourd’hui : l’intégrité du peuple, la loyauté, la transparence et bien sûr, l‘indépendance nationale ». Est-ce à dire que la candidate privilégiera le national au local ? « Ayant grandi en Essonne, si je suis élue, je représenterai ce département qui m’est cher et lutterai avec les armes qui sont celles d’un député à l’Assemblée pour promouvoir son développement, rassure-t-elle. Je note que M. Boutih fait partie des mauvais élèves. Il a également déposé zéro proposition de loi. Il n’a pas fait honneur à son rôle de député ni à ses électeurs ».

Malgré « des moyens limités », Marianne Hardy veut s’appuyer sur sa base militante pour se faire connaître et expliquer le projet législatif de l’UPR : « Je m’engage, si je suis élue, à discuter à l’Assemblée de l’arrêt des regroupements de communes qui se font sans le consentement des habitants de l’Essonne, prévient-elle. Je suis également très attachée aux services publics à la française, je proposerai donc à l’assemblée de stopper, par exemple, le processus de privatisation de la Poste ». Avant de conclure : « Je ne fais pas de pronostics sur cette élection. Si je ne suis pas au second tour, j’inviterai mes électeurs à voter en leur âme et conscience ».

*Nous avons choisi d’appréhender la Droite au sens large du terme, c’est-à-dire en prenant en compte les candidats des partis clairement identifiés comme tel, y compris le Front national à son extrême. En revanche, nous n’avons pas comptabilisé La République En Marche ! qui, étant donné sa jeune existence, reste pour le moment un parti « hybride » inclassable.

** Fleury-Mérogis, Grigny, Morsang-sur-Orge, Sainte-Geneviève-des-Bois, Saint-Michel-sur-Orge

Les autres candidats sur la 10e circo : Malek Boutih (PS), Chantal Duboulay (LO), Pierre-Alain Raphan (LREM), Isabelle Catrain (EELV), Charlotte Girard (FI), Philippe Rio (PCF)

La 10e circonscription de l’Essonne en série

A paraître prochainement :

  • La politique de la ville au cœur des programmes

Tous nos dossiers sur la 10e circo de l’Essonne