Le 31 mars dernier, une nouvelle règle est entrée en vigueur concernant le cumul des mandats et interdit désormais aux élués d’être parlementaire et de détenir en même temps un mandat local exécutif. Un grand changement donc, puisque nombreux sont les députés-maires sortants qui vont devoir choisir une seule casquette.

Les députés sortants ont tout de même eu le temps de s’y préparer puisque les textes de lois ont été adoptés en février 2014. En trois ans, de nombreux maires ont démissionné pour rester parlementaire, à l’image de Bernard Véra qui a quitté la mairie de Briis-sous-Forges en décembre 2016 pour se consacrer pleinement à ses fonctions de sénateur. D’autres en revanche attendent le verdict des futures législatives pour se retirer d’un de leur mandat. En Essonne, les élus sortants ne sont pas tous en règles. Nicolas Dupont-Aignan, le candidat Debout La France, est toujours député de la 8ème circonscription et maire de Yerres. « Evidemment, je me consacrerai à mon nouveau mandat de député, mais je n’abandonnerai jamais la ville de Yerres. Nous co-piloterons avec Olivier Clodong (Ndlr : actuel premier adjoint) la municipalité. Je serai toujours conseiller municipal et conseiller communautaire de la communauté d’agglomération du Val d’Yerres Val de Seine (CAVYVS) » a-t-il déclaré. Après avoir échoué à la présidentielle, avoir soutenu Marine Le Pen pour le second tour, le député-maire a fait couler beaucoup d’encre et son avenir local est de plus en plus incertain. Imbattable depuis 20 ans, cette élection redistribuera-t-elle les cartes dans la huitième circonscription ?

Des députés ancrés localement

Romain Colas (PS), pour sa part, a débuté son mandat de parlementaire seulement en juin 2014 pour remplacer Thierry Mandon, alors appelé à être secrétaire d’Etat. Pour son suppléant, il n’était pas question d’abandonner son poste de maire où il venait tout juste d’être réélu pour la deuxième fois en mars. « J’ai été élu avec 77% des voix, je ne pouvais pas laisser mes concitoyens si tôt après les avoir sollicités ». A l’heure actuelle, tout est prévu pour que le programme municipal de la ville soit respecté si Romain Colas est amené à quitter ses fonctions même s’il restera un membre actif au conseil municipal de Boussy-Saint-Antoine. Les clefs d’un bon député, il le sait c’est d’avoir un ancrage territorial mais il ne faut pas forcément être maire pour avoir une vision de la réalité. « Le député a deux fonctions, il vote les lois mais il est aussi un acteur local et le porte-parole de sa circonscription.  J’ai réussi à fédérer 34 maires autour de la problématique des nuisances aériennes pour une raison simple : je les connais ». Une position partagée par Bernard Sprotti (LR), maire de Breuillet et candidat sur la 3ème circonscription qui estime qu’un député « doit porter les projets locaux au national, la connaissance du territoire est essentielle quand on a fait dix ans de mairie, le cumul des mandats est surtout dangereux sur la durée ». Philippe Rio (PCF), maire de Grigny et candidat sur la 10ème circonscription partage ce point de vue mais préfère rester prudent quant à l’avenir : « Déjà je vais gagner et on verra après. Quoi qu’il arrive je resterai conseiller municipal et si j’échoue je resterai maire à 200% ».

Nicolas Méary, vice-président (UDI) du Conseil départemental de l’Essonne et maire de Brétigny-sur-Orge, se porte candidat pour la députation dans la troisième circonscription. Face au choix qui s’impose à lui quant à la loi du non-cumul de mandats, Nicolas Méary a pris sa décision : « Si je suis élu député, je resterai conseiller municipal de Brétigny, mais je ne siégerai plus au Conseil départemental. J’ai la conviction que le socle d’action politique, c’est celle au niveau de la commune. Donc, en tant que conseiller municipal, je continuerai d’avoir un rôle clé au sein de mon équipe municipale et je travaillerai en binôme avec le nouveau maire pour pouvoir faire fonctionner la ville », indique-t-il.

Caroline Varin possède plusieurs casquettes. A la fois conseillère départementale et avocate au barreau d’Evry, la candidate LR-UDI pour la première circonscription en Essonne pointe l’importance de conserver son activité professionnelle : « Si je suis élue députée, je continuerai à travailler, mais je choisirais entre mes deux mandats. Ce sera celui de députée, même si au Département, je ne suis pas vice-présidente donc je n’ai pas à démissionner, je ne suis que déléguée à la protection de l’enfance, un sujet auquel je tiens beaucoup », précise-t-elle.

Une loi excessive ?

Pour Christian Schoettl (UDI), candidat à la députation sur la 4 ème circonscription, les nouvelles règles semblent excessives au vu de sa situation. « La possibilité de cumuler des mandats a vu de nombreux excès et maintenant l’excès est dans l’autre sens. Etant maire d’une commune de 600 habitants, je pense que ce non-cumul est valable pour les plus grosses villes ». Bien sûr, s’il siège à l’Assemblée, il renoncera à son titre de maire qu’il occupe depuis maintenant 28 ans. Cette loi n’en finit plus de diviser, notamment Robin Réda (LR) le maire de Juvisy-sur-Orge et candidat sur la 7ème circonscription. Bien qu’il ait soutenu cette dernière, il est tiraillé sur une mesure, « la loi va un peu loin dans la rigueur dans le sens où on ne peut pas avoir d’autres fonctions exécutives, on aurait tout de même pu rester maire adjoint ».

De son côté, Nicolas Méary reste dubitatif quant à cette nouvelle loi : «  Je pense que l’on risque d’être assez déçus par cette loi. Le risque c’est d’avoir des députés hors-sol qui ne sont pas en prise avec la vie et le quotidien des gens. Je crois qu’être élu c’est parler au nom et pour le compte de ses concitoyens et c’est important d’être ancré dans cette vie et dans ce quotidien-là. Je crois que l’on va être déçus par les conséquences que ça va avoir sur la composition du Parlement avec un certain nombre de députés qui seront déconnectés par rapport aux préoccupations et à la vie des gens  », se désole-t-il. 

Agnès Evren (LR),vice-présidente de la région à l’Education et la Culture, quittera ces fonctions à la Région si elle est élue le 18 juin prochain, « Ca me semble tellement naturel, Valérie Pécresse a été mise au courant dès le début ». Partisane de la loi, elle l’appliquera dès le lendemain du second tour, « il faut être élu à 100% pour bien faire son travail ». La candidate de la 4ème circonscription souhaiterait également limiter le cumul des mandats dans le temps. C’est-à-dire qu’un député ne « se représente pas pour un quatrième ou cinquième mandat de suite ». Une proposition confortée par le maire de Brétigny-sur-Orge, Nicolas Méary : « Je crois davantage au non-cumul dans le temps. Je pense que par rapport à cet objectif de renouvellement qu’attendent les gens, le mieux c’est de limiter le nombre de mandat dans la durée », conclut-il.