Un vacarme assourdissant, des retards de trajet au sein même de la zone scolaire et autres nuisances représentent le lot quotidien des professeurs et élèves de l’établissement Robert-Doisneau. Depuis de nombreux mois, les quelque 2 800 élèves ainsi que le corps enseignant, situé à Corbeil-Essonnes, subissent les répercussions des travaux engagés sur la zone, étendue sur près de huit hectares. Ce rocambolesque chantier de réhabilitation a été mentionné pour la première fois en 2006, lorsque le lycée Robert Doisneau a été inscrit dans le programme prévisionnel de rénovation des établissements scolaires prévu par la Région Ile-de-France. En 2012, le projet a été confirmé mais le plus gros du chantier n’aura finalement débuté qu’en 2015. Au programme : la rénovation des deux bâtiments où sont dispensés les cours, mais aussi des sanitaires et des locaux administratifs, sans compter la construction d’une nouvelle salle de théâtre… Si ce chantier semble s’appuyer sur l’idée d’un renouveau positif et d’une rénovation attendue par tous les occupants des établissements, le contrecoup de ces travaux s’avère néfaste. En cause ? L’impossibilité pour les professeurs d’enseigner correctement et l’incapacité des élèves à les comprendre et à se concentrer.

Alors qu’en mars dernier, professeurs et élèves découvraient avec impatience les nouvelles salles de classe du bâtiment B, première partie à avoir été rénovée, c’est l’agacement et la déception qui ont fini par prendre le pas. « Pouvoir ouvrir et fermer les fenêtres, c’est bien. Pouvoir également tirer les rideaux pour se servir du rétroprojecteur, c’est bien. Pouvoir entendre ce que disent les élèves et être entendus d’eux sans avoir à élever la voix ou à tendre l’oreille en permanence, c’est mieux et surtout indispensable », peut-on notamment lire sur la pétition lancée par la communauté éducative du lycée Robert Doisneau. Si les salles sont neuves, c’est bien l’isolation phonique qui fait défaut. « Nous étions déjà dans des conditions pénibles avant la rénovation et ça s’est aggravé depuis », indique Patricia Sautré, membre de la direction de l’établissement scolaire. Après plusieurs semaines de cours dans ces nouveaux locaux, professeurs et élèves ont rapidement constaté l’insonorisation des salles. Pour Thierry Dejean, professeurs de maths-sciences en section professionnelle, c’est un véritable « problème de santé publique  ». Le moindre objet qui tombe au sol, le plus petit mouvement de chaise, la moindre parole faite dans le périmètre environnant la salle de classe et c’est tout un groupe d’élèves et son enseignant qui se retrouve perturbé. Si l’insonorisation constitue le problème majeur, le corps enseignant a également souhaité alerter sur la qualité des travaux effectués : «  Durant dix jours, nous n’avons eu aucun accès à Internet parce qu’ils avaient coupé les câbles. Les CPE ne pouvaient plus contrôler les absences des élèves et les dix salles pour les cours d’informatique étaient inutilisables », soulève un professeur d’Arts Appliqués.

Le chantier du lycée Robert Doisneau devrait se terminer au cours de l'été 2017 (MC/EI)

Le chantier du lycée Robert Doisneau devrait se terminer au cours de l’été 2017 (MC/EI)

La Région assure une solution technique

Le quotidien des lycéens se voit complètement chamboulé. Depuis ces travaux, il leur faut prendre plus de temps pour se rendre dans leurs salles de classe, certaines se trouvant temporairement dans des bâtiments préfabriqués. Défaut d’insonorisation, retards en classe, difficulté de concentration, températures très élevées dans les salles : tous les éléments sont réunis pour mettre à mal la scolarité des centaines d’élèves du lycée Robert Doisneau : « Je passe mon bac cette année et je me demande si les travaux vont être arrêtés pendant la période des écrits que je vais devoir passer ici », indique cette élève, avant de poursuivre sur une indication surprenante, « La salle de théâtre a été déplacée et ce sont les élèves de première L option théâtre qui ont dû faire la peinture ». « Et les professeurs le câblage ! », n’a pas manqué d’ajouter l’un des membre du corps enseignant. Une situation dramatique que la communauté éducative de l’établissement compte bien faire cesser au plus vite, d’autant plus que le lycée Robert Doisneau figure sur la carte des établissements en ZEP, zone d’éducation prioritaire : « Ce lycée n’est pas anodin  », interpelle Corinne Perier, professeur d’EPS, « ces conditions sont inacceptables par rapport à l’équilibre du lycée qui reste fragile même si les élèves sont motivés et heureux de venir. C’est une population de plus en plus défavorisées et que l’on a à coeur de faire réussir qui est accueillie. C’est inadmissible ». Une situation aussi éprouvante qu’épuisante pour ces enseignants qui reviennent « migraineux » dans leurs foyers et des élèves de plus en plus inquiets pour leur réussite scolaire. « Cette situation s’en ressent sur les climats familiaux et ce n’est pas de nature à aider les lycéens dans la préparation de leurs examens », explique Christine Rouzic, présidente de la FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves) du lycée Robert Doisneau à Corbeil-Essonnes : « On souhaite juste que nos enfants puissent continuer à étudier dans les meilleures conditions possibles  ».

La situation dans ce lycée agace, perturbe et désole. Dans ces moments révoltants, c’est bien souvent la solidarité qui fait bouger les choses. Le corps enseignant ainsi que certains membres du personnel de l’établissement essonnien ont récemment lancé une pétition à ce sujet. Plus de 250 signatures ont été récoltées jusqu’ici. Envoyée à la présidente LR de la Région, Valérie Pécresse, des solutions seraient en passe d’être trouvées, pour le plus grand bonheur des élèves et enseignants. À la fin du mois d’avril dernier, une équipe du service des lycées de la Région s’est rendue dans l’établissement. Une visite durant laquelle le problème d’acoustique a effectivement été constaté et confirmé. Suite à cela, la Région assure que d’ici la semaine prochaine, « une solution technique sera mise en place dans les deux salles les plus exposées. Parallèlement, une campagne de mesure sera lancée pour confirmer que le système expérimenté fonctionne bien. Si tel est le cas, il sera effectivement déployé dans 36 salles pour la rentrée de septembre  ». Ulysse Rabaté, le candidat aux législatives et conseiller municipal d’opposition à Corbeil-Essonnes, était également présent pour affirmer son soutien aux signataires de la pétition : « Notre combat, c’est l’éducation prioritaire. Il faut mettre du sens à ces mots, on ne peut pas faire une rénovation au rabais pour un établissement que l’on dit classé en éducation prioritaire », a-t-il expliqué. Affaire à suivre !