Juin 2012 : dans la foulée de la victoire de François Hollande, une majorité des circonscriptions de l’Essonne passent dans l’escarcelle de la gauche. Détenue jusque là par la droite, avec trois mandats consécutifs pour Pierre Lasbordes (UMP), la 5ème circonscription, qui va des Ulis à Bièvres et de Gif à Verrières élisait Maud Olivier (PS).

Celle qui fut élue en 2008 comme deuxième maire de la commune des Ulis après Paul Loridant remportait ainsi la députation, après une défaite de justesse cinq ans auparavant. Durant le mandat de François Hollande, la députée essonnienne s’est inscrite dans la majorité de Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls, et fut notamment investie sur l’égalité femmes-hommes, en étant rapporteur de la loi sur l’abolition du système prostitueur.

Elle remet son mandat en jeu en 2017 dans une toute autre configuration. Maud Olivier mise sur la défense de son bilan et de son engagement sur des dossiers concernant le territoire pour se faire réélire à l’Assemblée nationale. Car elle sait qu’elle ne part pas favori cette année. L’élection d’Emmanuel Macron change la donne, d’autant plus que le nouveau président a réalisé son meilleur score départemental sur cette circonscription, avec 34,50% des voix au premier tour (lire notre décryptage). Son candidat sur place Cédric Villani, célèbre mathématicien, a logiquement des chances de l’emporter le 18 juin prochain.

Les scores du candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon sont certes plus élevés sur la circonscription que sa moyenne nationale, car il totalise 8% sur l’ensemble des communes au premier tour (dont 9,45% aux Ulis). Mais on est loin des résultats obtenus en 2012 par François Hollande, qui grimpait à 32,9% sur le territoire, et jusqu’à 44,47% aux Ulis.

Les Ulis derrière Maud Olivier ?

Dans la foulée de son élection, la candidate Maud Olivier était élue comme députée en juin 2012, avec 37,32% au premier tour puis une victoire à 54,81% au second tour face à ‎Hervé Hocquard. Aux Ulis, où elle laissera la main quelques temps après à Sonia Dahou, elle était même plébiscitée avec 71,06% des suffrages.

Ancienne maire des Ulis (2012-2014), Sonia Dahou défend la candidature de la députée sortante Maud Olivier auprès des Unissions, sur le marché de la commune

Ancienne maire des Ulis (2012–2014), Sonia Dahou défend la candidature de la députée sortante auprès des Ulissiens (JM/EI)

Deux semaines avant le premier tour des législatives, c’est jour de marché pour la plus jeune commune de l’Essonne, en ce dimanche ensoleillé. Les équipes de campagne se bousculent presque aux deux extrémités de la place, en partie en travaux. Les soutiens de la députée sortante sont bien présents, mais ils doivent faire face à de multiples concurrents.

En embuscade, il y a ainsi la conseillère départementale LR élue en 2015 sur le canton de Gif Laure Darcos. Celle qui a coordonné la campagne des primaire de la droite en Essonne a obtenu le soutien de plusieurs maires du territoire, comme Thomas Joly (Verrières-le-Buisson), également président de son comité de soutien, mais aussi Michel Bournat (Gif-LR) et Jean-François Vigier (Bures-UDI). Après avoir fait venir Alain Juppé en soutien sur la commune la semaine dernière, ses militants, reconnaissables à leur t-shirt bleu, distribuent son programme. Investie par la droite et le centre, elle se présente comme la candidate de « l’ouverture et l’alternance » et entend « influencer » le quinquennat qui s’ouvre « pour que (ses) idées lui soient utiles ».

Peu de commentaires sur le bilan de la députée actuelle Maud Olivier pour les soutiens à Laure Darcos, qui mise plutôt sur ses projets pour la circonscription et le pays pour convaincre. Entre les étals, ce sont surtout les candidats de gauche qui font acte de présence. Car Maud Olivier doit aussi composer avec une fragmentation de la gauche, et ses divers candidats. Outre la France insoumise, dont le candidat à la présidentielle a réalisé 19,05% sur la circonscription, se présentent également sur leur étiquette des candidats PCF et EELV.

Soutien à la candidate communiste Annick Le Poul et habitant des Ulis, François Perinet résume l’état d’esprit de certaines forces de gauche vis-à-vis de la députée sortante : « Maud Olivier a fait un bon boulot sur l’égalité femmes/hommes, il faut reconnaître qu’elle a été pugnace, mais sur les volets économique et social, elle s’est pliée aux desiderata gouvernementaux ». Les militants PCF n’ont en effet pas digéré plusieurs mesures symboliques du quinquennat Hollande, « ce qui a désespéré le peuple de gauche », et si des accords avec le PS et EELV existent en Essonne, il s’agit selon François Perinet de circonscriptions « où les députés se sont mouillés, ils ont montré par leurs actes qu’ils étaient vraiment de gauche ».

Le cluster  au centre des débats

Une attaque à peine voilée contre la députée PS, que partage le candidat des Insoumis Sylvère Cala : « son seul fait d’arme est de s’être opposée à la loi Travail, elle a par contre approuvé le TSCG et le CICE » argumente le représentant de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat FI critique aussi la position de Maud Olivier par rapport au gouvernement Macron et le fait « qu’elle ne veut pas être dans l’opposition ». Autre parti, et autre motif de désamour envers la députée socialiste : les écologistes. L’adjoint au maire d’Orsay Didier Missenard se présente sous les couleurs de EELV, et ses soutiens justifient cette présence. Pour Marie-Pierre Digard, 1ère adjointe écologiste à Orsay, l’avènement du cluster sur le Plateau de Saclay cristallise les tensions avec les socialistes : « nous on veut limiter le développement, pas eux, on est aussi opposés à l’expo universelle, et on préférerait réhabiliter Courtaboeuf que de dépenser des milliards sur le Plateau ».

La députée sortante Maud Olivier a participé à un débat à l'IUT d'Orsay réunissant les candidats Cédric Villani (EM) et Annick Le Poul (PCF)

La députée sortante (au micro) a participé à un débat à l’IUT d’Orsay réunissant les candidats Cédric Villani (EM) et Annick Le Poul (PCF) (JM/EI)

De son côté, Maud Olivier entend défendre son bilan comme députée, et se faire réélire au sein de l’Assemblée où le prochain groupe socialiste serait selon elle « vigilant et responsable » par rapport à la gouvernance du président Macron. « On ne mettra pas de bâton dans les roues, et on s’opposera quand il le faudra » explique-t-elle, en illustrant son propos : « par exemple si on nous propose la diminution du nombre d’élèves par classe, je vote pour, par contre détruire les droits des salariés par ordonnance, je m’y opposerai ».

Entre quelques tracts distribués et des salutations aux Ulissiens qu’elle côtoie en ce jour de marché, la députée qui vise un second mandat indique avoir « d’excellents retours » sur sa campagne : « j’étais par exemple avant à Orsay, les habitants de la circonscription posent beaucoup de questions sur le bilan » se réjouit-elle. Elle pense ainsi que sa position « ni courroie de transmission, ni opposition frontale » lui permettra d’accéder au second tour, même si elle reconnaît que « le défi » de ce scrutin « c’est la participation, qui aura beaucoup d’impact sur les résultats ».

A voir également ce que donnera la candidature du très médiatique Cédric Villani, qui s’est notamment entouré d’anciens socialistes locaux, à l’image de Baptiste Fournier, conseiller municipal de Verrières. Selon lui, le profil de son champion « correspond au territoire » et saura convaincre une population CSP+ très présente dans la vallée. Pour Sonia Dahou, ancienne maire des Ulis et soutien fidèle à Maud Olivier, la députée a pourtant sa carte à jouer, « car les gens se souviennent bien d’elle, elle est très appréciée, notamment ici aux Ulis » assure-t-elle. « Il y a un attachement à la députée » abonde son suppléant Martial Mancip, qui redoute cependant « le vote utile » en faveur du prétendant macroniste. La candidate à sa succession prévoit pour sa part, selon son entourage, des initiatives avec des acteurs sociaux et sportifs du territoire pour cette dernière ligne droite de campagne.