Dimanche 28 mai, la place Saint-Exupéry de Sainte-Geneviève-des-Bois était the place to be. Jour de marché oblige, quasiment tous les candidats investis sur la 10e circonscription de l’Essonne étaient de sortie. Et tout était bon pour attirer l’électeur.

Au jeu de l’originalité, la palme revient à la candidate écologiste Isabelle Catrain (EELV), venue avec son vélo décoré d’un drapeau Europe Ecologie-Les Verts. En revanche, au chapitre démonstration de force, Malek Boutih (PS) voulait marquer les esprits. Accompagné de son équipe de campagne, dont Olivier Léonhardt, son suppléant par ailleurs maire de la ville de Sainte-Geneviève-des-Bois, mais aussi Frédéric Petitta, élu du canton au Conseil départemental, le député sortant semble avoir enfin lancé sa campagne de terrain. Après les polémiques autour de son investiture par Parti socialiste (lire notre article – abonnés), voici venu le temps des affiches géantes et de tracts XXL. Un dispositif dont s’amuse la candidate écologiste : « Ils sentent peut-être qu’ils sont en difficulté et que c’est loin d’être gagné », observe-t-elle. « C’est la preuve qu’on est bien sur le terrain », réplique-t-on dans l’entourage de Malek Boutih. Une réponse à ceux qui estiment que le député socialiste, qui se réclame aujourd’hui de la « majorité présidentielle », a davantage brillé par son absentéisme que par son travail local.

Quelques mètres plus loin, Pierre-Alain Raphan fait lui aussi valoir son étiquette de candidat de la « majorité présidentielle ». À 34 ans, pour son premier engagement politique, il est officiellement investi par La République En Marche ! , le mouvement du président de la République. Il tente donc de se faire connaître, mais aussi de rappeler qu’il est «  le vrai » candidat de cette majorité : « On est à l’écoute, on expose notre projet qui est renforcé par la confiance dégagée par le début de mandat du Président Macron, expose-t-il. Après, je vois d’autres candidats s’afficher avec ce slogan et qui, en coulisse, nous font comprendre qu’ils aimeraient qu’on se retire. Tout ça c’est de la tromperie, ça sème le doute auprès des électeurs ».

Pierre-Alain Raphan (LREM) (en blanc) et Malek Boutih (PS) (en rouge) se réclament tous deux de "la majorité présidentielle" (MB/EI).

Pierre-Alain Raphan (LREM) et Malek Boutih (PS) (en rouge) se réclament de « la majorité présidentielle » (MB/EI).

Et le jeune candidat ne croit pas si bien dire. Au point d’être interpellé à plusieurs reprises sur la question : « Je voterais bien pour vous mais ça me chagrine que deux candidats arborent la mention ‘majorité présidentielle’, lance un retraité. C’est ambigu non ? ». Le hasard faisant bien les choses, Malek Boutih choisit cet instant pour venir saluer son adversaire, le temps d’une poignée de main républicaine. Puis la discussion reprend : « J’ai une amie gaulliste qui a été trahie par le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen », explique pour sa part Maïté. Génovéfaine depuis 30 ans, elle est persuadée que le clivage gauche-droite est dépassé, mais pense qu’on ne peut pas jouer avec les étiquettes politiques comme avec des post-it : « J’ai refusé le tract de M. Boutih. Il ne peut pas se réclamer de la majorité présidentielle, il n’est même pas investi par La République En Marche ».

« La force du peuple ». Mais laquelle ?

Si la politique tourne trop souvent à la foire d’empoigne, sur les marchés, chacun essaie de vendre sa tambouille. Pourtant, deux candidats auraient pu se mettre d’accord. Pour certains électeurs, ils auraient même dû : « Je suis blasée par ces différentes candidatures, il faudrait des discussions », estime Françoise. Habitante de Saint-Michel-sur-Orge, elle est venue discuter avec Charlotte Girard, candidate de la France Insoumise, qui aura notamment face à elle le maire de Grigny Philippe Rio, investi par le Parti communiste : « J’aime bien M. Rio, mais je suis attiré par la France Insoumise de Mélenchon. J’aurais donc aimé qu’ils se mettent ensemble », regrette-t-elle.

Il faut dire que ces deux-là ont beaucoup en commun, tant sur le plan des convictions que de l’ego. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils n’ont pas réussi à s’entendre (lire notre article). Charlotte Girard était favorable à une candidature commune si elle en était la tête de liste. Philippe Rio, lui, n’a pas accepté les velléités hégémoniques de la France Insoumise, prônant au contraire « la réalité concrète du terrain » face aux logiques d’appareil.

À l’image des candidatures Boutih et Raphan, les bulletins Girard et Rio n’aident donc pas les habitants de la 10e circo à se décider : « C’est vrai que cette situation politique nouvelle entraîne de la confusion auprès des électeurs, reconnaît Philippe Rio, c’est d’ailleurs le sujet qui revient le plus souvent lorsqu’on échange avec eux. Maintenant, j’ai toujours prôné le rassemblement, malheureusement, ça ne s’est pas fait. Au vu de mon ancrage local et de mon travail à Grigny, je pense être un candidat plus que légitime ».

Charlotte Girard et Philippe Rio s'inscrivent tous les deux dans la démarche de Jean-Luc Mélenchon (MB/EI).

Charlotte Girard (FI) et Philippe Rio (PCF) s’inscrivent tous les deux dans la démarche de Jean-Luc Mélenchon (MB/EI).

Charlotte Girard, elle, ne doute pas des convictions du maire de Grigny, mais dénonce sa stratégie de campagne : « Je suis persuadé que s’il est élu, il appliquera les idées de Jean-Luc Mélenchon, admet-elle. Mais il entretient la confusion en se réclamant de la France Insoumise. Il utilise quasiment le même slogan (‘La force du peuple !pour la FI, ‘La force du peuple c’est vous !pour Philippe Rio, ndlr), mais aussi les mêmes couleurs (bordeaux et bleu ciel pour la FI, violet et bleu-vert pour Philippe Rio, ndlr)  ». Avant de conclure, non sans espoirs : « Ma proposition d’alliance tient toujours, et puis il y aura un second tour ».

En attendant, la bataille se poursuit également au niveau national. La semaine dernière, Philippe Rio recevait le soutien officiel du socialiste Benoît Hamon. Ce lundi 29 mai, Charlotte Girard reçoit de son côté la visite de Jean-Luc Mélenchon. Le leader de la France Insoumise est attendu vers 17h place aux Herbes à Grigny.

* La 10e circonscription de l’Essonne regroupe 5 communes : Fleury-Mérogis, Grigny, Morsang-sur-Orge, Sainte-Geneviève-des-Bois et Saint-Michel-sur-Orge.

Cinq autres candidats sont investis sur la 10e circonscription de l’Essonne : 

Marianne Hardy (UPR)
Lucie Dedi (FN)
Marianne Duranton (UDI/LR)
Valérie Fleury (DLF)
Chantal Duboulay (LO)