Les premiers indices remontaient à mai 2016, lorsque le Syndicat intercommunal d’aménagement, de réseaux et de cours d’eau de l’Essonne (Siarce) relevait des coupes d’arbre – traces caractéristiques de l’animal – à Fontenay-le-Vicomte et Buno-Bonnevaux. Mais, à l’exception d’une observation directe effectuée par le gardien du moulin de Touveau, sur la commune de Buthiers (Seine-et-Marne), rien d’autre à se mettre sous la dent.

Pour tenter d’en savoir plus, les équipes de l’ONCFS ont donc creusé la question. Courant mars, elles ont mené une campagne de prospections sur près de 90 km le long de la vallée de l’Essonne, entre Malesherbes et Corbeil-Essonnes, pour tenter de d’observer de nouvelles traces de la présence en Essonne du castor d’Europe. Elles ne furent pas déçues : « Nous avons découvert une soixantaine d’indices de présence, dont un terrier-hutte érigé dans le marais du Grand Montauger à Lisses, révèle Paul Hurel, animateur régional du réseau Castor de l’ONCFS. Il était vide, mais il s’agit d’un endroit construit par les animaux pour se reposer la journée et se reproduire ».
Aucune observation visuelle directe pour le moment, mais la preuve formelle qu’au moins un individu a remonté la rivière jusque dans le département. Remonté ? « Oui. Probablement du Loiret via la rivière L’Oeuf qui se jette dans l’Essonne car il n’a pas été réintroduit dans le bassin de la Seine », précise Paul Hurel. Disparu du bassin parisien depuis les années 1900, chassé pour sa chair et sa fourrure, le rongeur a en effet été réintroduit en 1909 dans le Sud de la France et dans la vallée du Rhône. Avant de voir des individus repeupler progressivement le Nord-Est de la France et le bassin de la Loire à partir de 1968, date d’entrée en vigueur du programme de protection nationale de l’espèce.

Le terrier-hutte découvert

Le terrier-hutte découvert dans le marais du Grand Montauger à Lisses (DR).

En attendant de pouvoir observer l’animal de ses propres yeux, Paul Hurel se contente donc des éléments recueillis sur le terrain : coupes, écorçages, crottes ou encore empreintes. Autant d’informations qui peuvent laisser envisager la présence de plusieurs rongeurs : « On ne pensait pas trouver autant de coupes, reconnaît-il, d’autant que certaines étaient fraîches. Elles se trouvaient à des endroits assez espacés, il est donc peu probable qu’elles soient le fruit d’un seul individu ».
Le terrier-hutte, découvert à Lisses, va être surveillé par les équipes de l’ONCFS pour vérifier si une famille viendra y habiter dans les semaines qui viennent : « Les castors s’activent essentiellement la nuit, il est donc difficile de les apercevoir dans la journée. Mais s’il y a eu reproduction, les petits devraient naître durant l’été », ajoute l’animateur du réseau castor en Ile-de-France. Deux nouvelles coupes ont été observées le long de la Juine ».

Entre mai 2016 et fin avril 2017, quatre observations visuelles ont également été remontées à l’ONCFS et validées par les équipes de Paul Hurel : « Elles faisaient référence à des caractéristiques propres au castor, telles que la queue plate et écaillée », livre ce dernier.
Avant d’avoir une dent contre l’animal, assurez-vous donc qu’il ne s’agit pas de son cousin le ragondin : « Contrairement au castor, c’est un véritable nuisible, conclut Paul Hurel. Il est deux à trois fois plus petit et doté d’une queue cylindrique et de moustaches blanches ». De quoi éviter tout malentendu !

Toutes informations d’indices de présence et/ou d’observations de castor peuvent être remontées à Paul Hurel, animateur régional du réseau castor, via l’adresse suivante : paul.hurel@oncfs.gouv.fr