La 10e circonscription de l’Essonne est sans doute la plus ancrée à gauche, voire à l’extrême gauche. Il faut dire que sur les cinq communes qui la composent, quatre ont élu un maire issu de ce bord de l’échiquier politique, dont, cas unique dans le département, deux maires communistes. Ainsi, Philippe Rio (PCF) administre Grigny, David Derrouet (DVG) est élu à Fleury-Mérogis, Marjolaine Rauze (PCF), à Morsang-sur-Orge, et Olivier Léonhardt (PS), à Sainte-Geneviève-des-Bois. Seule Saint-Michel-sur-Orge échappe à la règle, après avoir élu en 2014 Bernard Zunino (LR), remplacé depuis par sa première adjointe Sophie Rigault (LR). Autre signe qui ne trompe pas : le score de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle, arrivé en tête à Fleury-Mérogis, Grigny et Morsang. Pas étonnant donc, de voir les candidatures de gauche se multiplier à l’heure des élections législatives.

Sur la ligne de départ, ils sont cinq étiquetés à gauche sur les dix candidats officiellement investis sur la 10e circonscription : le député sortant Malek Boutih (PS), l’écologiste Isabelle Catrain (EELV), Chantale Duboulay (LO), Charlotte Girard (FI) et Philippe Rio (PCF), maire de Grigny*. Chacun prêt à jouer sa carte à fond au grand désespoir de certains habitants : « Toutes ces candidatures n’apportent rien de bon, estime Nathalie, qui habite Morsang depuis 15 ans. Ils auraient dû s’unir ». Annie, également Morsaintoise, juge de son côté ce manque d’unité « dommageable ».

L’imbroglio Boutih

Pourtant, plusieurs candidats ont bien essayé de s’entendre, même si certaines positions étaient irréconciliables. Difficile, par exemple, d’imaginer Malek Boutih s’allier avec Philippe Rio. Et ce dernier ne dira pas le contraire : « Pour moi, celles et ceux qui se réclament de la ‘majorité présidentielle’ sont clairement à droite au vu de la composition du gouvernement, assène l’élu communiste, faisant allusion à l’affiche officielle du candidat sortant. Mais ça n’a rien d’étonnant lorsqu’on connaît les positions libérales et les thèses qu’il a développées pendant cinq ans ».

L’ancien président d’SOS Racisme a en effet soutenu Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle, avant de solliciter l’investiture La République En Marche pour les législatives, en vain (elle a été accordée à Pierre-Alain Raphan). Une prise de position qui semble l’avoir recentré sur l’échiquier politique, d’autant que l’officialisation de son investiture par le Parti socialiste fait encore débat.

Au niveau local, il a le soutien d’Olivier Léonhardt, premier édile de Sainte-Geneviève-des-Bois qui sera son suppléant. Mais il a en revanche perdu celui de David Derrouet, qui occupait ce poste en 2012. Le maire de Fleury-Mérogis a en effet démissionné en septembre 2015 dénonçant le manque d’implication du député sur la circonscription, estimant que «  l’engagement, chacun dans ses fonctions, à mener des combats pour le bien de tous les habitants de la circonscription, n’était pas respecté ». Le 4 novembre 2016, il confirmait dans un communiqué qu’il ne serait pas le suppléant du Socialiste lors des législatives de juin 2017.

Des communistes insoumis

Pas d’accord avec Malek Boutih, pas plus qu’avec Chantale Duboulay, candidate de Lutte ouvrière. Reste donc le trio Catrain-Girard-Rio. Mais là encore, les choses n’ont pas été simples, l’accord présidentiel entre le Parti communiste et la France insoumise n’ayant pas été reconduit pour les législatives. Si l’idée d’une candidature commune à un temps fait son chemin, elle a donc finalement accouché d’une souris : « On s’est concerté à plusieurs reprises depuis juillet dernier pour parvenir à une candidature cohérente des forces de gauche, confie Isabelle Catrain, candidate d’Europe Ecologie les Verts. Mais les jeux d’appareils ont transformé les bonnes intentions ». En janvier dernier, le maire communiste de Grigny, Philippe Rio, se déclarait officiellement candidat alors même que « les discussions étaient encore en cours », précise Isabelle Catrain. En novembre 2016, elle avait également sollicité Charlotte Girard, candidate de la France Insoumise, avant de se voir signifier une fin de non-recevoir. « C’est dommage, on proposait de construire quelque chose sur la durée mais il y a eu des anticipations de scénarios, regrette-t-elle. Maintenant, une tête de liste PCF ne convenait pas à tous nos militants et nous avions aussi la volonté de revenir sur le devant de la scène après notre ralliement à Benoît Hamon lors de la présidentielle. Il n’y a aucune animosité et nous continuerons à travailler ensemble après le scrutin ».

Du côté de Philippe Rio, soutenu officiellement par Benoît Hamon, on voit les choses autrement. Celui qui avait publié une lettre ouverte dans Libération pour demander l’union du candidat socialiste avec Jean-Luc Mélenchon au moment de la campagne présidentielle, estime aujourd’hui avoir toujours prôné «  l’union populaire » : « Je regrette profondément qu’il n’y ait pas eu le rassemblement qui nous aurait permis d’être majoritaires dans la circonscription, mais aussi dans le pays, analyse-t-il. Trois semaines avant le 19 mai (date de publication officielle des candidatures par la préfecture, ndlr), on travaillait à l’union. Moi je veux prolonger la dynamique Mélenchon mais aussi prôner le rassemblement. D’autres ont une vision hégémonique et veulent prolonger Jean-Luc Mélenchon sans le rassemblement, quand d’autres encore veulent uniquement se compter. Ce sont des stratégies propres à chacun ».

Le maire PCF de Grigny Philippe Rio, accompagné de Patrick Kanner, Ministre de la Ville, de la jeunesse et des sports. (MH/EI)

Le maire PCF de Grigny Philippe Rio en septembre 2016, accompagné de Patrick Kanner, l’ancien Ministre de la Ville, de la jeunesse et des sports. (MH/EI)

Si l’élu communiste peut compter sur l’appui de Marjolaine Rauze, maire PCF de Morsang, Pascal Troadec,  l’un de ses adjoints à la mairie de Grigny, a en revanche rejoint Charlotte Girard, la candidate de la France Insoumise, dont il devait même être le suppléant. Cette dernière, forte des bons résultats de Jean-Luc Mélenchon dans la circonscription, assume sa position « hégémonique » et la justifie par son parcours et son implantation locale : « J’habite sur la circonscription, je suis une figure nationale de la France Insoumise dont j’ai coécrit le programme et je suis issue de la société civile, précise-t-elle. Je suis donc légitime, sachant que l’on souhaite s’inscrire dans la dynamique de la présidentielle ». Quant aux discussions avec les autres candidats : « Il y a eu des échanges avec le PCF au niveau national, mais aussi avec Philipe Rio. L’idée était d’avoir une candidate France Insoumise et un suppléant communiste. Mais ça a été refusé par le PCF. Concernant Europe Écologie Les Verts, j’ai effectivement été contacté par Madame Catrain mais des discussions étaient déjà en cours au niveau national ».

Reste que sur le terrain, certains sympathisants de gauche, un peu perdus, n’hésitent pas à envisager le pire : « Mitterrand a fait le jeu de l’extrême-droite, Mélenchon est peut-être en train de faire celui de la droite… , se risque Frédéric. Quand on se réclame du communisme, ou en tout cas de ses penseurs, il faut éviter les positions dogmatiques. Le communisme c’est mettre en commun, y compris les idées, dans l’intérêt général. Et comme son nom l’indique, ça commence au niveau ‘communal’, local ». D’autres, en revanche, se veulent plus optimistes : « Franchement, je n’envisage pas que la gauche soit absente du second tour, conclut Mounir, commerçant à Sainte-Geneviève-des-Bois. Il y aura au moins un des candidats qui passera ». Verdict le 11 juin prochain.

*En cas d’élection, Philippe Rio devra choisir entre son poste de maire de Grigny et celui de député, loi sur le cumul des mandats oblige.

Les autres candidats sur la 10e circonscription :

Marianne Hardy (UPR)
Lucie Dedi (FN)
Marianne Duranton (UDI-LR)
Valérie Fleury (DLF)
Pierre-Alain Raphan (LREM)