Je t’aime, moi non plus. Voilà comment on pourrait résumer le jeu du chat et de la souris auquel se prêtent depuis plusieurs mois Malek Boutih et le Parti socialiste. Ancien président de SOS racisme, le député sortant de la 10e circonscription de l’Essonne est pourtant un historique du PS auquel il a adhéré en 1986. Mais le quinquennat Hollande, les divisions internes au PS et la défaite de Manuel Valls à la primaire de la Belle alliance populaire en janvier dernier, semblent avoir laissé des traces.

Proche de l’ancien maire d’Evry, l’ex président d’SOS Racisme avait d’abord gardé le silence après la victoire de Benoît Hamon, expliquant fin janvier 2017 qu’il soutiendrait le vainqueur de la primaire « par respect des règles de la primaire mais pas par conviction ». Avant finalement de déclarer sa flamme à Emmanuel Macron le 30 mars dernier, en appelant à voter pour lui dès le premier tour de la présidentielle : « Je ne suis pas un Tartuffe, déclarait-il alors au micro d’Europe 1. Je ne vais pas défendre la position de Manuel Valls (qui, la veille, avait apporté son soutien à Emmanuel Macron, ndlr) et dire :Alors quant à moi, je vais faire comme les trois-quarts des mecs, me mettre dans le bunker en disant le contraire’ ». Avant de poursuivre, expliquant sa position par la nécessité de contrer le Front national : « Je ne veux pas de Marine Le Pen comme présidente en France. C’est clair ! Je suis très déterminé, c’est ma priorité politique depuis des années. J’ai toujours été engagé autour des valeurs de la République, de la laïcité, de l’unité de ce pays. Il y a une limite au règlement, c’est l’intérêt du pays ».


Valls/Macron : « Il y a une limite au règlement… par Europe1fr

Candidature En Marche ! recalée

Malgré les mises en garde du PS (lire notre article), qui a dans un premier temps exclu de son bureau national tous les élus PS coupables de s’être mis En Marche !, Malek Boutih s’est ensuite porté candidat pour obtenir l’investiture du mouvement du nouveau président de la République. En vain. Mais, contrairement à Manuel Valls qui avait effectué la même démarche, La République En Marche ! a bel et bien investi un de ses candidats face à lui.

Le 15 mai, lors d’un bureau national, le Parti socialiste décidait donc de maintenir l’investiture de Malek Boutih : « La commission électorale a arrêté que les candidats précédemment investis par le Parti socialiste qui ont dorénavant reçu l’investiture du mouvement la « République En Marche », sont désormais désinvestis par le Parti socialiste, précisait alors le PS dans un communiqué. En outre, ces candidats verront se présenter face à eux des candidats soutenus par le Parti socialiste, à l’exception de quelques circonscriptions dans lesquelles cela entraînerait presque assurément une victoire du Front national. Dans ces cas, en responsabilité, fidèle à sa tradition de barrage ».

Le 22 mai, la publication officielle des candidats investis publiée sur le site du PS venait confirmer l’investiture de Malek Boutih.

« J’ai toujours l’investiture, il n’y a aucun problème »

Seulement voilà. Ultime provocation pour le Parti socialiste, la mention « Majorité présidentielle » sur les affiches de campagne de plusieurs candidats socialistes et l’absence des symboles du PS, tels que Manuel Valls, Marisol Touraine, Myriam El Khomri ou… Malek Boutih.
Le 22 mai sur France Inter, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, voit rouge : « Il y a une petite quinzaine de candidats qui s’affichent avec la formule majorité présidentielle, ce qui n’est pas la position du Parti socialiste et, dedans, deux personnalités qui n’ont pas l’investiture du PS, Manuel Valls et Malek Boutih », déclare-t-il.


Jean-Christophe Cambadélis : « Une petite… par franceinter

Joint ce mardi matin, Malek Boutih dément : «  J’ai toujours l’investiture, il n’y a aucun problème. C’est un petit geste d’énervement de Jean-Christophe Cambadélis car j’ai critiqué sa gestion, explique-t-il. Le sujet est clos depuis très longtemps. Je ne suis pas dans la situation de Manuel Valls qui n’avait pas été confirmé. Moi, tout a été mis en règle ». 

Reste que, sur le terrain, le flou demeure. D’autant que mardi 23 mai, le nom du député essonnien a disparu de la liste des candidats PS officiels publiée sur le site du parti : « Nous avons entendu la même chose que tout le monde. Mais nous n’avons reçu aucune information officielle du parti, observe-t-on du côté de la fédération PS de l’Essonne. En revanche, il est effectivement clair que le nom de Malek Boutih n’apparaît plus sur la liste des candidats investis par le PS alors qu’hier (lundi 22 mai, ndlr) il y était bien mentionné ». D’après le Lab d’Europe 1, le PS parlerait « d’une erreur transmise au web » pour expliquer la présence du nom de Malek Boutih dans la liste initialement publiée.

Le 22 mai, Malek Boutih est encore investi par le PS. Son nom apparaît sur la liste de candidats officiels publiée sur le site du parti (à gauche). Mardi 23 mai, son nom n'apparaît plus (à droite) (Montage MB).

Le 22 mai, Malek Boutih est encore investi par le PS. Son nom apparaît sur la liste de candidats officiels publiée sur le site du parti (à gauche). Mardi 23 mai, son nom n’apparaît plus (à droite) (Montage MB).

Une situation pour le moins ambiguë dont pourraient pâtir les militants de la 10e circonscription de l’Essonne: « Tout ça rajoute de l’incompréhension et ne facilite pas la campagne de terrain, poursuit-t-on du côté de la fédération socialiste essonnienne. Ça ne favorise pas l’élection de candidats PS ou de ses représentants ».

En avril dernier, Malek Boutih ne voulait pas croire au retrait de son investiture PS : « C’est une hypothèse purement utopique. On nage en pleine politique-fiction », estimait-il. À nager à contre-courant, on risque parfois de se noyer.