Ils seront 22 à briguer le mandat de député dès le 11 juin prochain sur la première circonscription de l’Essonne. Un record pour ce département sous le feu des projecteurs nationaux en ces dernières semaines. Outre le nombre important de candidats, c’est surtout les noms de ces derniers qui ne cessent de faire couler de l’encre. Si la candidature de Manuel Valls à sa propre succession concentre énormément d’attention, l’arrivée de Francis Lalanne (suppléant de Jacques Borie) ainsi que celle de Dieudonné et de son binôme Nolan Lapie ne manquent pas d’agiter la toile. Pendant ce temps, d’autres candidats tentent de se faire entendre, sans toutefois parvenir à apaiser les débats. A l’instar des candidats de la France Insoumise qui se crêpent le chignon sur cette même circonscription, ceux de ‘La République en marche’ (LREM) n’y vont pas non plus de main morte. Du moins, ceux qui entendent soutenir le mouvement du président de la République à l’Assemblée nationale, car dans les faits, aucun d’entre eux ne se présente sous cette étiquette.

A chacun ses arguments

En effet, le 11 mai dernier, LREM a décidé de n’investir aucun candidat sur cette première circonscription de l’Essonne. Une décision étonnante tant les prétendants se faisaient nombreux. Les rumeurs sont d’ailleurs allées bon train quant à l’investiture souhaitée de l’ancien Premier ministre, Manuel Valls. Désireux de se lier au mouvement lancé par le Président de la République, l’ancien maire d’Evry et député sortant de cette première circonscription avait lui même annoncé son investiture En Marche ! avant d’être rapidement recadré par l’équipe du Président. « Le soutien ne vaut pas l’investiture »,  lançait notamment Paul Delevoye, Président de la commission de l’investiture En Marche !, sur BFMTV. « La procédure est la même pour tout le monde, ex-Premier ministre compris », ajoutait alors Benjamin Grivaux, porte-parole d’Emmanuel Macron, sur Europe 1. C’est via un communiqué que l’ex-membre du Parti Socialiste a réagi à la décision de LREM de n’investir personne sur la première circonscription de l’Essonne. « Je salue cette décision »,  indique-t-il après avoir déclaré : « Mon parcours politique m’a appris qu’on ne construit rien de bon sur la rancœur ni sur l’ambiguïté. C’est donc avec le souci de la responsabilité que j’ai annoncé, dès avant le premier tour de la Présidentielle, mon soutien à Emmanuel Macron. Un soutien pour battre le Front National, car c’est le combat de ma vie, mais plus encore un soutien pour continuer à redresser le pays. Cet engagement me situe clairement dans la majorité présidentielle forte, cohérente et diverse qui doit se constituer ».

« Dans la majorité présidentielle forte », peut-être, mais c’est bien sans étiquette que le député de l’Essonne défendra ses chances le 11 juin prochain. Comme lui, trois autres candidats ont tenté d’être investis LREM sur cette même circonscription. Et comme lui, tous ont échoué. Bien connu par les militants « La République en marche » sur le territoire, Saliou Diallo a lui aussi tenté sa chance. Animateur du comité de campagne d’Evry, l’ancien adjoint de Manuel Valls à la mairie d’Evry n’a que très peu apprécié cette décision, demandant même à la commission d’investiture de revenir sur celle-ci. « J’étais très déçu, comme tous les militants qui ont fait la campagne présidentielle« , se souvient-il une dizaine de jours plus tard. « Mais j’ai réagi. J’ai discuté avec des amis, et ils m’ont dit de me lancer. On était déçus que je ne sois pas investi, mais à aucun moment on a pensé que je n’étais pas légitime ». Un son de cloche que l’on retrouve notamment chez Jean-Luc Raymond, autre candidat à l’investiture. « Oui, je suis évidemment déçu, j’aurais préféré être investi », avoue le Corbeil-essonnois, consultant en restauration. « Le choix d’En Marche’ était très compliqué. Ne pas donner l’investiture à Manuel Valls, ancien Premier ministre, c’est un signe fort. S’il l’avait eu, ça aurait été plus compliqué pour moi », poursuit l’ancien adjoint à la mairie de Corbeil-Essonnes.

Et si pour ces deux candidats, Manuel Valls a souvent été au centre des discussions, ils ont tour à tour tenté de défendre la légitimité du maintien de leur candidature. « Pendant plus de deux mois les gens m’ont vu sur le terrain, ils me félicitent. Dans cette ville populaire, je veux que cette campagne soit vraiment pour les besoins des habitants. Ma campagne se calque sur celle de Macron », se justifie Saliou Diallo qui regrette par ailleurs la candidature de Dieudonné qui va « focaliser cette campagne sur la gueguerre Dieudonné/Valls ». Arguments quelque peu similaires du côté de Jean-Luc Raymond, qui souhaite faire du terrain l’une de ses priorités. « Si je suis élu, je serai toujours là. Les habitants ont besoin d’un député présent », commence-t-il avant d’expliquer son ressenti sur le terrain. « Les gens sont heureux d’avoir quelqu’un qui représente les valeurs d’En Marche et du Président. Ce n’est pas une candidature clivante, j’ai la même philosophie qu’Emmanuel Macron », assure le candidat, confiant pour une qualification pour le second tour.

« L’union fait la force », ah bon ?

Dernier candidat à avoir tenté l’investiture sur cette première circonscription, Alban Bakary se démarque quelque peu des autres. Conseiller d’opposition à la mairie d’Evry, il s’est lancé dans cette campagne législative sous l’étiquette MoDem depuis décembre dernier, avec l’intention de « rassembler les forces centristes et républicaines ». « Qu’importait le résultat des investitures, j’aurais dans tous les cas eu une étiquette MoDem », réplique l’Evryen. « Moi ce qui me préoccupe tous les jours, ce sont les gens que je rencontre sur le terrain qui trouvent parfaitement cohérent d’avoir une candidature MoDem, autant qu’En Marche !. Sur les marchés, les gens comprennent, je suis parfaitement dans mon rôle », poursuit-il avant d’évoquer les trois autres demandes d’investitures non validées par LREM. « Contrairement à moi et aux deux autres candidats (Saliou Diallo et Jean-Luc Raymond, ndlr), Manuel Valls n’a pas fait la démarche prévue par EM, c’est-à-dire en ligne. Eux (les autres candidats) ont la légitimité, ils sont adhérents au mouvement. Mais la question de la cohérence de leur parcours se pose. Jean-Luc Raymond a travaillé avec Serge Dassault, qui représente quand même une droite nette. Il y a 7 ou 8 ans, il était encore au Parti Radical de Gauche. Saliou Diallo, lui, il était au PS ».

Des piqûres de rappel que ses concurrents ne devraient que très peu apprécier et qui marquent encore un peu plus la division entre ces candidats, censés rouler sur les mêmes rails. Avec quatre candidatures pour un même mouvement sur une même circonscription, la question de l’alliance semblait inéluctable, pourtant, chacun d’entre eux marchera seul en quête de la députation. « Je regrette la multiplicité », avoue tout de même Jean-Luc Raymond. « On gagne toujours plus à être unis », lance quant à lui Saliou Diallo. Reste maintenant à savoir lequel d’entre eux tirera son épingle du jeu, si toutefois jeu il y a.

Propos recueillis par Gérald Delin et Mylène Hassany