Ils se sont présentés à deux à la presse, ce vendredi, au restaurant de Jacques Borie à Evry. « L’Anapurna », ce matin, est rempli de journalistes locaux mais aussi nationaux. Les flashs crépitent, les micros se tendent. La scène a quelque chose de surréaliste. « Jacques, je l’espère, sera notre futur député en Essonne », sourit Francis Lalanne.

Le concerné, Jacques Borie, sourit à son tour. Ce restaurateur d’Evry, candidat malheureux à la présidentielle (il n’a recueilli que la moitié du nombre de parrainages requis), se présente une nouvelle fois à une élection nationale sous l’étiquette du mouvement « 100 % », un collectif de 25 micros partis que co-préside, justement, Francis Lalanne. Pour Jacques Borie, c’est l’une des raisons de la présence du chanteur ici, et du choix de le prendre comme suppléant.

« Nous ne voulons plus de politique politicienne, et plus d’opportunisme. Nous le dénonçons fortement », poursuit celui qui s’assume désormais comme la « voix » de Jacques Borie, lui si « modeste » et « timide ».
« Il est de mon devoir de faire ce sacrifice, c’est le devoir de tout citoyen de s’engager en politique. C’est un courage solidaire, désintéressé et fraternel. Je ne tomberai pas dans le panneau des invectives », ciblant par-là un communiqué des candidats de la France insoumise d’Evry qui le qualifiait de « chanteur en mal de reconnaissance ».

Pour répondre aux questions – bien légitimes- que les électeurs de la 1ère circo se posent sur sa pertinence à être élu en Essonne, Francis Lalanne répond qu’il n’est  « pas un parachuté ». « C’est une élection nationale. Je suis engagé politiquement, mes chansons sont engagées. Mais cet engagement ne serait pas complet si je ne me présentais pas à une élection. Ma candidature n’est pas loufoque, elle est celle d’un citoyen. », poursuit-il avant de se montrer très virulent envers Manuel Valls, député sortant, qui se représente maintenant sous l’étiquette « majorité présidentielle ». « Qu’a-t-on aujourd’hui à gagner à élire Manuel Valls ? Qu’a-t-il apporté ? Il est temps que cette situation s’arrête. Jacques Borie n’a pas d’appartement dans le XIe arrondissement de Paris, où il se rend avec chauffeur. » Mais il le précise : « cette élection n’est pas une élection contre Valls. Je pense qu’aujourd’hui l’Essonne mérite un département qui a le profil de Jacques Borie. C’est un homme de gauche, il a sauvé des emplois quand il était à la CGT, qui m’a fait l’honneur de sa confiance. On va faire entendre la voix de l’Essonne. »

« A deux maintenant », ou pas

Une manière de se démarquer de Dieudonné et Nolan Lapie, une candidature elle aussi très médiatique, dont le but affiché est clair : humilier Manuel Valls à tout prix.
Pour le prouver, le duo part à la préfecture à pieds, pour serrer quelques mains au passage. Alors que les demandes des journalistes fusent encore sur le trottoir du lieu de rendez-vous de la matinée, quelques personnes passent aux côtés du chanteur sans toujours avoir l’air de le reconnaître. Quelques minutes plus tard, sur le chemin de la préfecture, les regards deviennent alors un peu plus concrets. Le one man show commence alors.

Au premier feu rouge, il profite de l’arrêt des voitures pour saluer par de grands gestes ceux qui le reconnaissent, n’hésitant pas à aller leur parler à la fenêtre.
Quelques mètres plus loin, sur le parvis du centre commercial Evry 2 où d’autres le reconnaissent, rebelote. “Jacques est un grand humaniste. Je suis là pour lui donner de la visibilité et je compte sur vous”, lance-t-il à un automobiliste en quête d’une place de stationnement.

L’allure vive, Francis Lalanne ne manque pas de saluer les forces de l’ordre à son arrivée sur la place des Terrasses de l’Agora. Les projecteurs sont sur lui, on en oublierait presque les raisons de sa présence. “Il est où mon député ?”, se questionne-t-il. Jacques Borie de nouveau à ses côtés, c’est devant la Poste qu’il s’arrête une énième fois pour saluer une personne qui le reconnaît. “Je vous présente votre nouveau député, Jacques Borie”, scande-t-il alors. “Je suis là pour le mettre dans la lumière, mais c’est quelqu’un qui travaille dans l’ombre depuis des années”, poursuit-il.

A une centaine de mètres de la préfecture, une fois n’est pas coutume, c’est Jacques Borie qu’un passant reconnaît. Si celui-ci qualifie le candidat comme un « grand homme d’Evry », cette balade aura surtout montré le travail que le candidat à la tête du mouvement « 100 % » doit effectuer en ces trois semaines de campagne, afin de réellement se faire connaître des habitants de la circonscription. Espérons pour lui que Francis Lalanne ne lui vole pas toute la lumière, encore moins celle de son programme.

Article réalisé par Mylène Hassany et Gérald Delin