Depuis plusieurs mois, ils défendent chacun un programme qui présente de grandes similitudes, revendiquent les mêmes couleurs, mais pour autant, il est impossible de les réunir. Ils, ce sont les deux binômes de la gauche de la gauche, qui briguent tous les deux un mandat de député de la première circonscription de l’Essonne, celle d’Evry. D’un côté, il y a le duo Michel Nouaille et Mina Fayed. Investis par le Parti communiste français, ces derniers ont tenté d’obtenir le soutien du jeune mouvement de Jean-Luc Mélenchon, la France insoumise. Mais c’était sans compter sur un autre binôme, plus jeune mais animé des mêmes ambitions, Farida Amrani et Ulysse Rabaté. Ces derniers ont finalement décroché l’investiture officielle du mouvement France insoumise. Mina Fayed et Michel Nouaille assurent, eux, avoir eu le soutien des « instances locales » de FI et s’estiment « plus légitimes pour représenter les Evryens », pointant « le parachutage » de ceux qui sont désormais leurs adversaires, le « Parisien » Ulysse Rabaté et « l’absente » Farida Amrani. « Ils ont boycotté toutes les réunions au sein des groupes d’appui locaux. Alors que nous voulions une médiation pour enfin trouver un terrain d’entente, nous avons été déçus de l’attitude de France insoumise », déplore ainsi Michel Nouaille

Depuis plusieurs semaines maintenant, ces candidats qui espèrent bien « faire un coup » sur la circonscription d’un certain Manuel Valls – par ailleurs non investi par En Marche ! ni par son parti dans lequel il est encore encarté, le PS – semblent donc faire campagne l’un contre l’autre. Et c’est sans doute ce qui pourrait les faire perdre. Se rejetant mutuellement la responsabilité de la division de France insoumise sur la circo, les quatre candidats n’envisagent plus de médiation ni de retrait. Il faudrait, pour cela, une réaction très vive : après ce vendredi 19 mai, date de clôture des candidatures, il sera trop tard.

Qui sera le candidat du rassemblement ?

Réunis en conférence de presse ce lundi à 12h30, les proches de Michel Nouaille et Mina Fayed ne peuvent que constater cette division, et admettent ne toujours pas la comprendre. « Tout le monde nous a soutenu au niveau local. C’est incompréhensible de ne pas obtenir le soutien du national », commentait alors Michel Nouaille. Mais pour autant, ceux-ci ne s’avouent pas vaincus pour autant, loin de là. « Notre candidature est celle du rassemblement gagnant à gauche », reprend Michel Nouaille. Fort du soutien du PCF et des groupes locaux des Insoumis, ce dernier vient tout juste de recevoir l’appui d’Europe Ecologie – Les Verts (EELV). Visage bien connu à Corbeil-Essonnes, l’écologiste Jacques Picard se justifie de ce ralliement. « La semaine dernière, j’étais encore candidat. Avec Michel Nouaille, nous nous connaissons depuis de très longues années et nous avons réussi à nous rejoindre sur quelques thématiques environnementales », conclut-il, avant de préciser qu’il ne « comprenait pas la posture d’Amrani et Rabaté ».

Mina Fayed et Michel Nouaille, investis par le PCF et soutenus par des groupes locaux FI (JL/EI)

Mina Fayed et Michel Nouaille, investis par le PCF et soutenus par des groupes locaux FI (JL/EI)

Mais pour eux, « l’ancrage local » du binôme fera la différence. « Michel est sur le terrain depuis de nombreuses années maintenant. Il est pleinement intégré au paysage local, souligne Mina Fayed. A l’inverse, la candidate titulaire (Ndlr : Farida Amrani) n’a que cinq ans d’ancienneté sur Evry. On l’a porté en 2014 pour les municipales, mais depuis, elle n’est plus trop présente à la commune comme à l’agglo  », tacle cette dernière.

Réunis le même jour à la même heure – simple ironie du sort ou coup bien calculé –, les candidats officiels de la France insoumise restent fermes. S’ils admettent que certaines circos seront plus difficiles à gagner à cause des divisions internes (la 10 est également concernée, nous y reviendrons dans de prochaines éditions), il n’est pas question de revenir sur les investitures accordées en Essonne par le bureau national. « Notre candidature incarne le plus le renouvellement, assure ce jour-là Ulysse Rabaté. Et Farida (Amrani, ndlr) est partie en campagne contre Valls depuis longtemps avant tout le monde, étiquetée PCF. Elle est à la tête de l’opposition à Évry, c’est une syndicaliste reconnue. Et surtout, elle est soutenue nationalement. Il y a cinq ans, j’étais moi-même candidat contre Valls. Ne parlons pas de parachutage pour deux élus implantés sur la circo depuis longtemps. »

Quant aux divisions qui minent la première circonscription, elles inspirent ces mots au candidat Ulysse Rabaté : « Soyons sérieux. Bien sûr que nous n’avons pas boycotté les réunions. Mais il y a eu les groupes d’appui locaux, on a signé la charte… De toute façon, c’est ainsi que fonctionne notre code électoral ».

 

Les guerres intestines pourraient faire le jeu de Valls

Les deux jeunes candidats gardent en tout cas leur objectif en tête, balayant les rancœurs de ceux d’en face, et priorisant avant tout le combat contre leur principal adversaire : Manuel Valls. « Chaque jour est une journée où il faut maximiser les chances de la France insoumise face à Valls. Les forces de Jean-Luc Mélenchon ont cette responsabilité sur la 1ère ».

Un combat qui ne s’annonce pas comme une sinécure surtout si les (nombreuses) voix accordées à Jean-Luc Mélenchon lors du premier tour de la Présidentielle se retrouvaient divisées par deux à Evry et Corbeil, où le leader de « FI » a dépassé la barre des 30%. Une situation que certains militants locaux ne peuvent supporter. Une pétition a été lancée par les Insoumis de Lisses, interpellant directement Jean-Luc Mélenchon pour dénoncer « une situation intenable pour tous les citoyens, militants de longue date ou totalement novices, qui ont participé à la campagne présidentielle ». Le groupe souhaitait « la désignation d’une seule et unique candidature FI sur la circonscription », mais visiblement en vain.

Ulysse Rabaté et Farida Amrani, ce lundi à Evry. (MH/EI)

Ulysse Rabaté et Farida Amrani, ce lundi à Evry. (MH/EI)

Mais pour Ulysse Rabaté et Farida Amrani, le consensus n’est pas à l’ordre du jour. « On respecte tout le monde. On ne conteste pas leur légitimité. Ils sont soutenus par certains groupes d’appui, pas par d’autres. Mais les électeurs vont chercher les candidats de la France insoumise. Le comité national nous a choisis. Leur candidature – celle de Michel Nouaille et de Mina Fayed, donc – fait les affaires de Valls. »

En face, les accusations sonnent comme un écho. « On ne sait pas quelles sont leurs intentions, mais il est sûr que les perdants face à Valls, nous serons les perdants », lance une proche de Michel Nouaille. « Si nous perdons cette circonscription, je ne le pardonnerai pas au diviseur ». Réponse dans quelques semaines.

Article réalisé par Mylène Hassany et Jérôme Lemonnier.