Aujourd’hui, les versions divergent toujours sur les circonstances de l’accident de Curtis, et la question de la responsabilité de la police est posée notamment par un témoignage publié sur Le Bondy Blog la semaine dernière. Selon la version du parquet des Hauts-de-Seine, la BAC voulait contrôler le jeune homme et l’homologation du véhicule, un quad lancé à vive allure, conduit sans casque et « avec les pneus lisses ». Il aurait fui pour lui échapper. Mais la jeune témoin du Bondy Blog parle aussi d’une course-poursuite, qui aurait entraîné l’accident mortel. L’événement, les zones d’ombre, ont mené à des échauffourées dès le lendemain, samedi 6 mai. Elles ont conduit Vincent Delahaye, maire de Massy, à instaurer un couvre-feu pour les moins de 16 ans dans sa ville.

Au-delà des faits toujours discutés, la douleur, elle, est toujours très vive chez les amis et la famille de ce jeune homme « sans histoires ». Ce dimanche, ils se sont rassemblés autour de sa mémoire.

« Soyez à l’image de Curtis, souriant et respectueux », insiste l’oncle de Curtis à la foule déjà rassemblée. Il est 13 h 30, ce dimanche 14 mai, et les marcheurs sont déjà très nombreux, chemin Potier à Antony, endroit où Curtis a percuté ce bus qu’il n’a pu éviter. Jeunes, familles, voisins, amis… Les mines sont graves. Certains arborent une rose blanche. Sur des t-shirts portés par de nombreux amis et des connaissances du jeune homme, le message « Vérité pour Curtis », ou encore « Ma force est en chacun de vous » s’affiche en lettres noires et blanches. Il est difficile d’estimer un nombre précis de personnes rassemblées ici ; plusieurs centaines, c’est certain. Le comité « Justice pour Adama » est également présent, représenté entre autres par Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré. « On est venu marcher avec la famille », nous dit la jeune femme qui est venue apporter son soutien dès qu’elle a pu.

La famille se trouve devant le cortège, et la sécurité est millimétrée. A la demande de la maman de Curtis, des confrères de France 3 sont évincés de l’événement. « On va garder les journalistes, mais on veut pas de télé », lancent les organisateurs. « Le Parisien ? Oui reste là, il faut qu’on te parle ». Le ton est donné. Depuis que certains médias ont relayé uniquement la version du parquet des Hauts-de-Seine, qui disculpe la police et charge le comportement de Curtis, une grande méfiance s’est installée envers les journalistes. Les organisateurs demandent même à certains de montrer leur carte de presse.

Plusieurs centaines de personnes ont répondu à cet appel (JL/EI)

Plusieurs centaines de personnes ont répondu à cet appel (JL/EI)

Des volontaires en gilet fluo encadrent la marche, qui finit par démarrer lentement sous un soleil réconfortant. « Ne montez pas sur les trottoirs », entend-on de temps à autre. Calme, dignité, solidarité : les mots d’ordres du jour sont respectés. De nombreuses têtes apparaissent aux fenêtres et aux balcons le long du trajet, et les riverains affichent leur solidarité avec les marcheurs.

« Pour que ça n’arrive plus »

Dans le cortège, il y a Alain*, père de famille massicois, venu en famille « marcher pour un jeune de 17 ans qui habitait Massy ». « Comme beaucoup de jeunes de son âge, il faisait du quad. Il y en a qui font de la moto, lui c’était du quad. Nous marchons du lieu d’impact, et nous traversons Massy, parce que c’était la zone de vie de ce jeune homme et de sa famille. Et toutes ces personnes qui ont rejoint le mouvement, elle sont là pour que ça ne se reproduise plus. C’est un message adressé à la jeunesse », nous précise-t-il, souriant mais ému.

Deux amies, un peu plus loin, nous expliquent être là « pour la paix avant tout ». « Pour montrer qu’il n’y a pas que des émeutes ici, que tous les jeunes ne sont pas violents », note cette habitante de Massy.

(JL/EI)

(JL/EI)

Alors que la pluie se met doucement à tomber, nous faisons la rencontre de Clarisse*, amie de la famille de Curtis. Elle est avec Fatima, l’une de ses proches. Les deux femmes ne se laissent pas démotiver par l’averse qui se fait de plus en plus violente. « On vient pour Curtis, pour ses parents. Curtis, je le connais bien depuis l’enfance. C’est très difficile. Je travaille dans son collège, sa mère travaille avec moi… On se connaît tous, ici. C’est vraiment difficile. »

« Son histoire m’a beaucoup touchée, rebondit Fatima. Elle me touche comme si c’était mon fils ». « C’était un jeune homme sans histoires », termine Clarisse. Bras dessus-bras dessous, elles pressent le pas, alors que le cortège s’agrandit. La marche n’est pas finie et malgré l’averse qui tombe désormais à torrent, la volonté ne faiblit pas.

Plus loin, une minute de silence est respectée au quartier Zola, puis le cortège reprend direction Place de France, près de là où vivait Curtis. Des élus, comme Jérôme Guedj ou Vincent Delahaye, font une apparition à la fin du mouvement.

Alors que le cortège s’est dispersé, les questions elles, restent en suspens. Devant l’abondance de versions différentes – les uns parlant de course-poursuite, les autorités pointant le fait que Curtis a fui devant la police, sans casque et à grande vitesse – , une page Facebook a été créée pour recueillir des témoignages. En attendant que la lumière soit faite, la famille de Curtis a porté plainte contre X pour homicide involontaire. Le calme, lui, semble être revenu à Massy.

*Les prénoms ont été changés