Ils se sont rassemblés dès 8 heures du matin devant le collège Sonia-Delaunay, peu avant la Ferme neuve. « Sonia », comme ses personnels l’appellent affectueusement. L’humeur est joyeuse, les percussions résonnent et certains esquissent quelques pas de danse. Pourtant, si les professeurs et parents d’élèves se mobilisent aujourd’hui, c’est bien parce qu’ils ont le sentiment d’être abandonnés. Sur une grille, une banderole mentionne « plus de CPE et AED, climat apaisé ». Car pour l’établissement, le manque de moyens de fait de plus en plus ressentir, dénoncent les enseignants. Certains parents ont même envoyé leurs enfants dans le privé en cours d’année scolaire.

Une situation qui nuit au bien-être des élèves, « et l’ambiance se dégrade de plus en plus », déplorent les personnels du collège sur leur page Facebook « Pour que Sonia retrouve son sourire ». Ce jour-là, 80 % des profs sont en grève, vacataires compris.

« Il y a une semaine, nous avons été auditionnés par la Direction académique des services de l’Education nationale (DASEN). On ne nous a rien donné et le dialogue, même s’il a eu lieu, n’a rien fait avancer », regrette Thomas, professeur d’histoire-géo. Nous avons demandé l’égalité par rapport aux autres établissements de la commune. On a un déficit de postes d’assistants d’éducation, un CPE en moins. Et nous demandons à être classés en politique de la ville, comme les autres établissements, parce qu’il y a des besoins communs et les difficultés sociales sont les mêmes. »

« On a mis trois mois à trouver un prof de musique »

Au collège Sonia-Delaunay, le nombre d’élèves a augmenté de 100 en cinq ans. « Les CPE ont une surcharge de travail, ils sont là de 8 à 20 heures. Des horaires astronomiques. Ils en font bien plus qu’ailleurs », rebondit Virgile, également prof d’histoire-géo. « On ne peut pas accueillir plus de gamins. »

Un manque de personnels qui se ressent aussi dans l’enseignement des matières : « Notre professeur de lettres a du se former au latin pour assurer les cours, par exemple, explique Charlotte, prof d’espagnol. Il y a une pénurie de profs. Des titulaires qui ne sont pas venus au départ, à cause de la zone géographique. On a mis trois mois à trouver un prof de musique. »

« On est attaché au principe d’égalité sociale, qu’on a très peu ici, reprend Thomas. On est prêt à faire des projets avec les élèves. »

Du côté des parents, l’inquiétude règne également. « Sonia-Delaunay s’est vraiment dégradé en quelques années, estime Delphine, représentante des parents d’élèves. C’est vraiment un ressenti qu’ont beaucoup de parents. Je suis étonnée, voire choquée, du nombre de conseils de discipline. La violence est très présente, entre élèves mais aussi envers les profs. A côté de ça, le collège est bien, le enseignants sont motivés. »

Et chez les élèves ? Ce jeudi matin, certains ont profité de la grève et du beaux temps pour aller faire un foot. D’autres sont restés aux côtés de leurs professeurs pour montrer leur soutien. C’est le cas de Tamara, Marie-Desilda et d’Océane, en troisième toutes les trois. « Tous les jours les profs font face à des violences, ils en ont marre, raconte Océane. « On les soutient, pour notre sécurité à nous et la leur, poursuit Tamara. On n’a pas cours donc on est venues les soutenir. C’est vrai que les surveillants on les voit presque pas. On ne peut pas étudier, on essaie de se concentrer mais on n’y arrive pas. On espère que ça va changer. »

Contactée par Essonne info, la DSDEN de l’Essonne explique avoir « reçu en audience des personnels du collège et continue d’accompagner l’établissement avec la plus grande vigilance dans le cadre de la préparation de rentrée qui est toujours à l’étude. »

Quant aux personnels, ils donnent rendez-vous le mardi 16 mai à 17h30 devant la mairie de Grigny pour un rassemblement, et le lundi 22 mai à 18h pour la signature d’une pétition au collège.