Il aura fallu patienter longtemps, très longtemps… trop longtemps ? Alors que l’investiture des premiers candidats officiels était programmée à midi jeudi 11 mai, la publication de leur nom aura finalement eu lieu à 16h, après avoir été reportée à… trois reprises.

Sur les 577 candidats annoncés – soit un par circonscription – seuls 428 ont été rendus publics par En Marche !, devenu La République en marche. Les autres le seront d’ici le mercredi 17 mai prochain. L’objectif ? Permettre à la commission d’étudier les candidatures tardives, mais aussi « de maintenir un espace pour permettre le rassemblement le plus large ».

Conformément aux critères qu’il s’était fixés pour « renouveler le paysage politique de demain », le mouvement du nouveau président de la République a investi 50% de femmes et 52% de candidats issus de la société civile, c’est-à-dire n’ayant jamais exercé de mandat électif ou politique. 95% des candidats sont également « non-sortants ».

Ainsi, pour l’Essonne, où Emmanuel Macron obtient 78,12% des suffrages au second tour de la présidentielle, La République en marche a pour le moment investi huit candidats – cinq femmes et trois hommes – issus pour la plupart de la société civile et n’ayant jamais été élus au palais Bourbon.

Terre d’élection de Manuel Valls, député sortant, la première circonscription était particulièrement scrutée. L’ancien Premier ministre, toujours membre du Parti socialiste, avait en effet sollicité l’investiture de la formation macroniste sans pour autant recueillir l’approbation de la direction du mouvement. Cette dernière est gênée aux entournures par un candidat qui pourrait entraîner dans son sillage près de 80 députés mais qui ne s’inscrit pas dans le renouveau prôné par le mouvement. Elle a donc finalement choisi de mélanger la chèvre et le chou : elle ne lui donne pas l’investiture mais ne présentera personne face à lui : « Il ne répond pas aux critères de candidature en comptabilisant déjà trois mandats électifs », a justifié Richard Ferrand, secrétaire général du mouvement. Avant de préciser : « Au moment où nous rassemblons, nous estimons qu’on ne claque pas la porte au nez à un ancien Premier ministre qui veut nous rejoindre et être utile ». Pas de passe-droit concernant l’investiture, mais en n’ayant aucun candidat investi du parti d’Emmanuel Macron face à lui, la porte lui semble grande ouverte pour cueillir un nouveau mandat de député. 

Si l’intéressé s’est logiquement félicité de ce choix, les militants de terrain sont de leur côté mitigés. Certains estiment que ce genre de décision peut « décourager les adhérents qui se retrouvent à ne soutenir personne ». D’autres refusent carrément l’idée de faire campagne pour Manuel Valls : « Je suis déçu, nous avons préparé le terrain pour En Marche !  », regrette Saliou Diallo, animateur du comité du mouvement sur Evry-Courcouronnes. Séduit par le renouvellement des pratiques politiques mis en avant par Emmanuel Macron, il avait d’ailleurs proposé sa candidature à la commission d’investiture : « Finalement, En Marche ! ne va pas au bout des choses, je réclame qu’il y ait une candidature contre Manuel Valls ».

Également candidat à la candidature sur la première circonscription, l’élu Modem Alban Bakary a lui décidé de maintenir sa démarche : « Je reste déterminé, assure-t-il. Beaucoup de personnes se sont retrouvées en En Marche ! et ne se sentent pas représentées par Manuel Valls. Ma candidature doit permettre aux Centristes de gauche, de droite et plus largement aux électeurs de En marche ! de se reconnaître ». Jean-Luc Raymond, ancien élu de l’agglomération de Corbeil-Essonnes, maintient lui aussi sa candidature.

« C’est de la tambouille politique »

« Manuel Valls a fait des erreurs, mais lorsqu’il était Premier ministre, il a fait des choses qui vont dans le sens du programme de Macron. La décision qui a été prise est donc fair-play ». Responsable sur la 2e circonscription, celle de Franck Marlin (LR), Daniel Steigelmann se contente pour le moment de commenter les investitures voisines. Et pour cause, La République en marche n’a pas encore investi de candidat sur sa circonscription, la plus grande du département, qui traverse le Sud-Essonne d’Etampes à Milly-la-Forêt en passant par Mennecy : « Nous sommes dans l’expectative, reconnaît-il. Il y aurait des discussions en cours avec d’autres partis. On en saura plus d’ici le 17 mai ». Alexandre Spada, la maire d’Itteville un temps pressenti, n’en sait pas plus : « Je n’ai pas de retour, avoue-t-il. Ils doivent en discuter encore au national. Ils font le tri ».

Ailleurs, les candidats investis semblent faire l’unanimité. À 36 ans, Laëtitia Romeiro-Dias, référente du mouvement en Essonne, hérite de la 3e (Arpajon-Brétigny-Dourdan). Un premier engagement politique pour celle qui exerce le métier de directrice des affaires juridiques et institutionnelles dans une PME : « J’espérais que ma candidature soit retenue, se réjouit-elle. Il y avait pas mal de candidatures de qualité. C’est une fierté ». Nommée sur la 7e circonscription (Viry-Juvisy-Savigny), où elle animait un comité de soutien, Muriel Kernreuter a elle aussi été récompensée pour son engagement lors la campagne présidentielle. Âgée de 47 ans, elle tentera de récupérer le siège d’Eva Sas (EELV), députée sortante. « Ça récompense le travail de terrain, résument des militants. C’est aussi intéressant pour le respect de la parité et des 50% de société civile ».

La fièvre Macron a gagné le Plateau de Saclay

Au chapitre des nouveaux venus, on notera l’investiture du célèbre mathématicien Cédric Villani du côté du Plateau de Saclay (5e circo), mais aussi celle d’Amélie de Montchalin (31 ans), une ancienne d’Axa spécialiste des questions de politiques publiques, désignée sur la circo voisine de Massy-Palaiseau (6e). Plus inattendu, Pierre-Alain Raphan, 34 ans et président de la ligue essonnienne de Taekwondo, est nommé sur la 10e (Val d’Orge) au détriment du député sortant Malek Boutih (PS), qui avait sollicité l’investiture. 

Reste les candidatures plus politiques. Si Antoine Pavamani, élu PS de Crosne et ancien collaborateur de Bruno Leroux, Jean-Marie Le Guen et Michel Berson, est bien implanté au cœur de la 8e circo où il aura la lourde tâche de battre Nicolas Dupont-Aignan (DLF) ; Marie-Pierre Rixain et Marie Guévenoux, respectivement investies sur la 4e et la 9e, ne font pas l’unanimité. C’est en tout cas ce que dénonce Philippe Morilhat, référent En Marche ! sur la 4e circo (Longjumeau-Limours) et candidat malheureux : « On s’est foutu de nous, c’est de la tambouille politique, lâche-t-il. Ils ont reçu 16 000 candidatures et ils n’ont pas été fichus de nommer quelqu’un d’implanté dans la circonscription ? Ça n’enlève rien aux compétences de la candidate nommée mais c’est une question de principe. Encore une fois, ce sont les réseaux qui ont prévalu au détriment de l’action de terrain ».

Cette absence d’ancrage reprochée à Marie Guévenoux, parachutée de Paris, ne plaît donc pas à tout le monde. Une position que l’ancienne présidente des Jeune populaires de l’UMP de 2003 à 2005 assume pleinement. « Je ne suis pas de la circo, mais je l’ai choisie, car je la connais bien, révèle Marie Guévenoux. Je veux que ce pays que j’aime fonctionne. Je n’ai pas envie de rester sur le banc de touche. Je veux répondre à la main tendue d’Emmanuel Macron« , complète celle qui rencontrera prochainement les militants d’En Marche ! sur la neuvième circo (Draveil-Ris). « Je suis consciente qu’il y aura des tensions, je les comprends, j’ai milité pendant vingt ans et j’ai été confrontée à ça également », conclut Marie Guévenoux. Du côté, des adhérents du mouvement de Macron, on pointe du doigt les positions arrêtées en haut lieu. « Les décisions ont été prises au niveau national. Maintenant, je me suis offusqué du parachutage de Jean-Luc Mélenchon à Marseille, j’ai donc la même réaction pour l’Essonne, estime Rémi Lavenant, responsable sur la 3e circo. Je pense qu’il y avait suffisamment de candidats essonniens sérieux et impliqués sur le terrain. Je comprends les déceptions ».

Alors, Laëtitia Romeiro-Dias tente déjà de minimiser les polémiques : « Les décisions ont été prises par la commission nationale d’investiture. On peut comprendre qu’il y ait des frustrations, mais ce qu’il se passe est sans précédent dans l’histoire politique du pays, relativise la référente départementale. Permettre à tout le monde de proposer sa candidature était la condition pour parvenir à un renouveau paritaire, pluridisciplinaire incluant des candidats d’origines politiques différentes. Peu importe qu’on habite sur Paris si on adhère au contrat de nation et qu’on respecte les critères et le projet porté par En Marche !  ». La dernière investiture attendue, celle du candidat à la 2e circonscription, interviendra d’ici le 17 mai et sera forcément scrutée avec attention. 

En Marche !, la vraie liberté politique ?