19h, en plein centre-ville de Brunoy, les conseillers communautaires de l’agglomération Val d’Yerres Val de Seine (CAVYVS) entrent dans la salle des fêtes de Brunoy. Pourtant, il n’y a pas de conseil communautaire à l’horizon, pas même de Nicolas Dupont-Aignan, le président de l’intercommunalité. Que nous vaut alors ce rendez-vous ? Il s’agit d’évoquer la stratégie à adopter suite aux derniers choix pris par Nicolas Dupont-Aignan durant l’entre-deux tours de la présidentielle. Pour rappel, le président de Debout la France (DLF), crédité de 4,70% des voix au premier tour du scrutin présidentiel, a fait le choix de soutenir Marine Le Pen dans le cadre du second tour. Un soutien qui avait été accueilli par une levée de boucliers à l’agglo qu’il préside. « Votre choix de ralliement à Marine Le Pen, candidate de l’extrême droite, parce qu’il heurte violemment les valeurs qui nous rassemblent et qui fondent justement le pacte républicain, ne vous permet plus de créer les conditions de la confiance et de la concorde dans notre assemblée et donc d’exercer vos fonctions de Président », expliquaient avant le second tour les huit autres maires de la CAVYVS dans un courrier envoyé à Nicolas Dupont-Aignan.

Interrogé dimanche dernier après avoir voté, le principal intéressé répondait avec fermeté. « Je ne démissionnerai pas, lançait alors celui qui avait réussi à obtenir l’assurance d’être le Premier ministre de Marine Le Pen, si celle-ci devenait présidente. Certains maires m’appellent même en douce pour me dire qu’ils ont été obligés de signer ce courrier », insistait-il sans pour autant dévoiler de noms.

NDA tente de court-circuiter la révolte

Le second tour étant passé, Nicolas Dupont-Aignan étant revenu à sa vie yerroise, les élus de l’agglo ont ainsi choisi de se réunir afin de demander la convocation d’un conseil communautaire extraordinaire. Pour que cela se fasse, il suffit qu’un tiers des conseillers s’associe à cette démarche. Si ce total de signataires est atteint, le président de la CAVYVS sera contraint d’organiser cette réunion dans un délai d’un mois. Et comme ordre du jour de ce conseil communautaire, certains élus veulent y voir inscrit le retrait des délégations du président. Mais tout ne s’est vraiment pas passé comme prévu…

Alors que les discussions ont débuté depuis quelques dizaines de minutes à huis clos, les élus communautaires ont eu la surprise de voir débarquer Nicolas Dupont-Aignan en personne. Les différents élus ont alors discuté à bâtons rompus durant près de quarante minutes. À sa sortie de la salle des fêtes de Brunoy, le député-maire de Yerres affichait un grand sourire. « Tout s’est très bien passé. Il est important de se parler franchement », lance alors ce dernier avant d’ironiser. « Ils avaient invité tout le monde à l’exception des Yerrois ».

Durant les différents débats, NDA a pris le temps de réexpliquer sa position. « Je leur ai précisé que je ne ralliais pas le FN, que je conservais mon indépendance. Ils m’ont fait un véritable procès d’opinion. Pourquoi auraient-ils droit de voter Macron et moi pas le droit de voter Le Pen. Onze millions de Français ont fait ce choix et on ne leur fait pas ce procès d’opinion », assure-t-il, avant de revenir sur des questions plus locales. « Malgré la présidentielle, j’ai tout de même travaillé comme un fou pour l’agglo. Et puis, il ne faut pas oublier que j’ai réglé avec succès le problème du protocole financier ». Ce discours a semble-t-il fait mouche auprès d’une partie des 70 élus du conseil. L’un d’entre eux, sorti quelques instants après le président de la CAVYVS, se confie. « Sur le plan national, je suis aux antipodes de Nicolas Dupont-Aignan, mais sur le plan local, il a réussi à faire du bon travail. Ce ne sont que des affaires politiciennes. Les maires mécontents auraient dû faire un courrier à leur population pour exprimer ce qu’ils pensaient de NDA et en rester là. C’est tout ».

« Sa légitimité provient de cette assemblée »

Visiblement, NDA a en partie réussi son coup. Effectivement, d’autres semblent prendre également ce pli. La même mine déconfite est perceptible chez le maire d’Epinay-sous-Sénart, Georges Pujals, et les élus de sa majorité présents. On apprendra plus tard qu’ils n’ont pas signé la convocation du fameux conseil communautaire en question. Quelques minutes plus tard, une nouvelle délégation composée d’une petite dizaine d’élus prend aussi le chemin de la sortie. Un certain énervement se lit sur leur visage, quand soudain, le maire de Brunoy, Bruno Gallier, sort en courant à leur poursuite. « Attendez, on peut encore discuter ! », lance-t-il. Une certaine tension règne ce soir.

Il faut donc attendre la fin de la réunion pour entrevoir les premiers sourires. Les autres maires à l’image de Romain Colas, Georges Tron ou encore le président du Conseil départemental de l’Essonne François Durovray, se félicitent de cette réunion. « Nous avons un accord avec le tiers des élus, commente le président du Département. Un conseil sera bien organisé dans un délai court ». Également satisfait, le maire de Draveil salue le « courage » de NDA. « C’est très sain que cela se passe comme ça. Je suis satisfait que Nicolas Dupont-Aignan soit venu de lui-même s’expliquer », admet Georges Tron. Avant de relancer : « Il ne faut pas oublier que sa légitimité, il la tient des membres du conseil communautaire ». Du côté de l’opposition, celle-ci est presque unanime à ce sujet aussi. « Le débat doit avoir lieu, nous exigeons qu’il convoque un conseil communautaire dans le délai imparti », indique Christophe Joseph (MRC).

Pour autant, d’unanimité sur ce point il n’y a point parmi les membres de la majorité. Outre Epinay-sous-Sénart, la commune de Vigneux ne fait pas partie des signataires du document. « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, souligne-t-on dans l’entourage du maire. Certains sont encore dans l’émotion. Donnons du temps au temps. Aujourd’hui, l’agglo fonctionne alors qu’elle a été accouchée dans la douleur. Remettre le mandat du président pourrait déboucher sur un nouveau blocage, et cela serait préjudiciable pour les habitants ». « L’unanimité n’était pas requise ni même recherchée, se rassure Georges Tron. C’est même mieux que certains aient pu exprimer leur désaccord ».

Combien d’élus ont décidé de signer ce document ? Difficile à dire étant donné que celui-ci continuait ce jeudi soir à circuler auprès des élus absents lors de cette réunion. Mais une fois ce conseil organisé, iront-ils jusqu’au bout de leur démarche ? Telle est la question.

Notre dossier sur la CAVYVS