Le secret aura été bien gardé et la conférence de presse, d’abord prévue jeudi 11 mai à midi, aura finalement eu lieu à… 16h ! Après l’euphorie de la victoire, la commission nationale d’investitures du mouvement En Marche ! a publié la liste de 428 candidats officiellement investis pour les élections législatives des 11 et 18 juin prochains.

Présidée par Jean-Paul Delevoye et composée de huit autres cadres (parlementaires, jeunes ou encore référents départementaux…), elle devait initialement annoncer 577 noms, soit un candidat par circonscription. Mais devant les 19 000 candidatures reçues, dont 1 600 rien que dans les dernières 48h, elle a changé son fusil d’épaule : « On va annoncer environ 450 noms dont on est certain », a expliqué mercredi 11 mai Jean-Paul Delevoye à l’AFP. Mardi soir, sur Public Sénat, le Secrétaire général du mouvement, Richard Ferrand, précisait de son côté observer « des vocations tardives qui s’éveillent ». Une allusion à peine voilée à la candidature tardive de Manuel Valls et des 80 parlementaires qui le suivent. La commission a donc poursuit ses travaux jusqu’au mercredi 17 mai.

La formation d’Emmanuel Macron, renommée La République en marche, veut obtenir les 289 députés qui lui assurerait la majorité absolue à l’Assemblée et les mains libres pour gouverner. Elle alignera donc 577 candidats sur la ligne de départ. Ces derniers, recrutés après avoir candidaté via un questionnaire détaillé rempli sur internet, devaient répondre à plusieurs critères : avoir une implantation locale, posséder un casier judiciaire vierge, se présenter sous la bannière La République en marche, et, en cas d’élection, siéger dans le groupe parlementaire du mouvement.

En ce qui concerne les candidats déjà encartés dans une autre formation politique, ils peuvent le rester à condition de respecter les critères précédents et de se rattacher administrativement et financièrement au mouvement (à l’exception des membres du Modem régis par l’alliance Macron-Bayrou). Avec l’objectif d’incarner « le renouvellement du paysage politique de demain »La République en marche a annoncé 50% de candidats issus de la société civile (c’est-à-dire n’ayant jamais exercé un mandat électif et politique) mais aussi 50% de femmes. On fait le point en Essonne.

1re circo (Evry – Corbeil-Essonnes) : Le mouvement ne présente pas de candidat

Avec Manuel Valls comme député sortant, c’est sans aucun doute la circonscription la plus scrutée du pays. L’ancien Premier ministre, toujours encarté au Parti socialiste, a déclaré sa flamme au mouvement d’Emmanuel Macron le 9 mai dernier, souhaitant s’« inscrire dans ce mouvement La République en marche ». Une déclaration qui n’a pas manqué de diviser la classe politique, y compris au sein des Macronistes. Alors le mouvement a tranché : il n’investira pas Manuel Valls qui « ne répond pas aux critères de candidature en comptabilisant déjà trois mandats électifs », mais « ne lui opposera pas de candidats dans sa circonscription de l’Essonne » pour ne pas « donner l’impression d’une vindicte publique ».

Député sortant : Manuel Valls (PS)

2e circo (Etampes-Milly-Mennecy) : Daphné Ract-Madoux (45 ans)

Vice-présidente du MoDem Essonne, membre de l’opposition au Conseil municipal de Yerres et diplômée en Valorisation du foncier et conseil en architecture, elle est également directrice de projet de Grand Paris Aménagement. Après avoir candidaté sur la 9e circo, elle a finalement été investie sur la 2e. Ce sera sa première expérience législative : « La lutte contre le chômage, la défense des territoire ruraux et la question des transports seront au coeur de mon action, explique-t-elle. A Yerres, j’ai toujours lutté contre les positions hégémoniques des élus. Sur la 2e circo, il n’y a pas de Nicolas Dupont-Aignan, mais Franck Marlin (député-maire d’Etampes, ndlr), en poste depuis 1995, symbolise le ras-le-bol des gens et la vague de dégagisme qui s’est illustrée durant la campagne présidentielle. Pour le reste, je considère mes compétences professionnelles utiles au niveau départemental et pas seulement réduites à une circonscription ».

Député sortant : Franck Marlin (LR)

3e circo (Arpajon-Brétigny-Dourdan) : Laëtitia Romeiro-Dias (36 ans) 

Issue de la société civile, elle exerce le métier de directrice des affaires juridiques et institutionnelles dans au sein d’une TPE-PME et habite à Brétigny-sur-Orge. Elle est la référente du mouvement pour l’Essonne où elle a coordonné la campagne présidentielle. Il s’agit de sa première expérience politique. « Je souhaite porter le contrat avec la nation au niveau local, expose-t-elle. Il faudra mener une politique du réelle, non dogmatique, en m’appuyant également sur les compétences des candidats du mouvement investis sur les autres circonscriptions du département. Ce sera un travail d’équipe ».

Député sortant : Michel Pouzol (PS)

4e circo (Longjumeau-Limours) : Marie-Pierre Rixain (40 ans)

Originaire de l’Essonne où elle a grandi entre Gif-sur-Yvette, Orsay et Longjumeau, Marie-Pierre Rixain est consultante indépendante en communication et enseignante au sein de l’école de communication et de publicité ISCOM située à Paris.  Si cette campagne législative sera son premier engagement politique, elle a néanmoins exercé la fonction d’assistant parlementaire à l’Assemblée nationale d’avril 2001 à juin 2002. « Les sujet santé me tiennent particulièrement à coeur, confie-t-elle. Il faudra développer des centres de soins innovants à l’échelle du département pour éviter les déplacement à l’autre bout de la région. Ou encore apporter une réponse convenable et rapide pour les rendez-vous du quotidien ».

Député sortant : Nathalie Kosciusko-Morizet (LR)

5e circo (Les Ulis-Gif-sur-Yvette) : Cédric Villani (43 ans)

Installé en Essonne, d’abord à Gif-sur-Yvette puis à Orsay depuis 2009, le mathématicien au style atypique est directeur de l’institut Henri-Poincaré à Paris. Décoré en 2010 du prix Nobel des mathématiques – la médaille Fields – il intervient également à l’Institut des hautes études scientifiques (IHES) de Bures-sur-Yvette. Candidat issu de la société civile, il soutient officiellement Emmanuel Macron depuis mars 2016. « Membre du Conseil scientifique de la Commission européenne, l’Europe est mon premier engagement politique, dévoile-t-il. C’est l’un des axes forts du programme d’Emmanuel Macron, comme le déplacement du clivage gauche-droite ou l’ouverture de la politique à la société civile. Cette campagne législative est une première et j’ai beaucoup à apprendre. Mais je sais aussi que mes expériences passées seront utiles à la circonscription ». Le développement du Plateau de Saclay, la mobilité, le vivre ensemble entre les communes aisées et celles qui le sont moins et la préservation du cadre de vie font partie des thèmes que le candidat souhaite porter.

Député sortant : Maud Olivier (PS)

6e circo (Massy-Palaiseau) : Amélie de Montchalin (31 ans)

Originaire du Plateau de Saclay où elle réside encore, cette femme d’entreprise est issue de la société civile. Passée par Harvard et HEC, elle a une formation d’économiste et est experte en politiques publiques. Elle a récemment quitté un poste de direction chez l’assureur Axa Groupe pour se consacrer exclusivement à la campagne des législatives. Ce sera le premier engagement politique de cette femme qui se revendique « de centre-droit ». « La 6e circonscription est au centre du projet Paris-Saclay où des investissement massifs sont à l’oeuvre, rappelle-t-elle. Le but va être de décloisonner le territoire par les transports, les savoirs par la recherche, et la société par l’emploi. L’Europe et la culture sont également une chance, il faut de l’ambition, passer des discours aux actions et des réformes aux résultats ».

Député sortant : François Lamy (PS)

7e circo (Juvisy-Viry-Savigny) : Muriel Kernreuter (47 ans)

Issue de la société civile, elle habite la commune de Viry-Châtillon dont elle est la responsable du comité local En Marche !. Egalement cadre départemental du mouvement, elle a suivi une formation juridique avant de poursuivre une carrière dans la fonction publique territoriale dans une commune de l’Essonne. Spécialisée dans le service public de proximité, elle souhaite centrer son action sur les problématiques du quotidien : « Je suis candidate sur une circonscription urbaine, où cohabitent zones pavillonnaires et grands ensembles, analyse-t-elle. Il y a les difficultés d’insertion, d’accès à l’emploi, de communautarisme, de sécurité etc… L’éducation est également un chantier très important comme les transport et l’accès au soins. Il faudra favoriser le développement des maison de santé et redessiner la carte hospitalière ».

Député sortant : Eva Sas (EELV)

8e circo (Yerres-Montgeron) : Antoine Pavamani (38 ans)

Ancien assistant parlementaire de Manuel Valls (PS) de 2002 à 2006, mais aussi ancien élu d’Evry, il a ensuite travaillé pour le président du groupe de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale, Bruno Leroux, de 2012 à mai 2016.  Elu d’opposition à Crosne, il rejoint en mai 2016  le cabinet de Jean-Marie Le Guen (PS), secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement. Il y était alors conseiller chargé des études et de la prospective. Démissionnaire du PS, il a eu l’occasion de travailler avec Emmanuel Macron lors de la préparation de la loi Croissance et activité. Ces derniers mois, il travaillait aux côtés de Michel Berson, sénateur de l’Essonne et ancien président du Conseil général du département (1998–2011). « La révolution démocratique portée par La République En Marche peut changer le pays après trente ans de ‘contre’, estime-t-il. Ce passéisme est représenté sur la 8e circonscription par Nicolas Dupont-Aignan qui depuis vingt ans s’oppose à tout sans appartenir à aucune majorité pour changer les choses. Son récent mariage avec le Front national a également blessé beaucoup d’ ‘idiots utiles‘ comme il les a lui-même nommé. Aujourd’hui, nous sommes ‘pour’ changer les choses ».

Député sortant : Nicolas Dupont-Aignan (DLF)

9e circo (Ris-Orangis – Boussy-St-Antoine) : Marie Guévenoux (41 ans)

C’est sans doute l’investiture la plus politique des huit candidatures officialisées ce jeudi. Très tôt engagée en politique, elle a dirigé le mouvement des Jeunes Populaires (ex UMP) de 2003 à 2005, avant de travailler pour de nombreux dirigeants de la droite et du centre à l’Assemblée nationale ou dans différents ministères, auprès notamment de Jean-Louis Borloo et de Xavier Darcos. Jusqu’en novembre 2016, elle a été secrétaire générale de la campagne d’Alain Juppé pour la primaire. Puis, dans le cadre de l’affaire Fillon, elle renonce à soutenir le candidat LR pour la présidentielle. « Préoccupée par l’état du pays, je ne pouvais pas rester en marge d’un mouvement tourné vers l’avenir et le renouvellement », précise-t-elle. Avec trois axes majeurs de campagne : « Les couloirs aériens, la sécurité de la forêt domaniale de Sénart mais aussi la question des transports ».

Député sortant : Romain Colas (PS)

10e circo (Ste-Geneviève – Morsang-sur-Orge) : Pierre-Alain Raphan (34 ans)

Issu de la société civile, il travaillé pendant huit ans au sein d’Accenture, groupe international spécialisé dans le conseil, avant de monter deux entreprises respectivement spécialisées dans les nouvelles technologies et l’innovation manageriale. Après avoir écrit écrit à Emmanuel Macron – alors ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique –  pour lui proposer des solutions pour lutter contre les blocages dans le monde du travail, il a été reçu à Bercy, avant d’être recontacté par les équipe d’En Marche ! après son adhésion au mouvement en avril 2016. « Nous allons garder notre ADN en s’occupant uniquement de notre programme, prévient celui qui est également président de la ligue essonienne de Taekwondo et arbitre international dans la discipline. De part notre défaut de notoriété, nous n’avons pas de temps à perdre avec les combats de personne. L’idée est d’aller sur le terrain convaincre les habitants, d’être pédagogique pour conserver la dynamique des présidentielles et renouveler les choses. C’est un vrai défi ». Parallèlement, il est aussi doctorant en Buisiness Administration et Management.

Député sortant : Malek Boutih (PS)

Des investitures qui font déjà réagir et grincer quelques dents dans le département (lire notre article -abonnés)