Après une campagne présidentielle mouvementée, on remet le couvert et les législatives de juin s’annoncent, elles aussi, pleines de rebondissements. L’Essonne n’est pas épargnée. Ce mardi, c’est la 1ère circonscription de l’Essonne (Evry-Corbeil) qui fait la une de la presse nationale. Cette bombe – plus ou moins attendue – c’est Manuel Valls, candidat aux législatives et à sa succession, qui la lance sur la matinale de la radio RTL, alors qu’il y était invité : « Je souhaite m’inscrire dans ce mouvement La République en marche », annonce-t-il.

Interviewé par Elizabeth Martichoux, l’ancien Premier ministre et actuel député de l’Essonne confirme donc être candidat à sa réélection à Evry. Rester député donc, mais sous de nouvelles couleurs, celles toutes fraîches du mouvement En Marche ! et bientôt rebaptisé « La République en marche » début juillet.

Manuel Valls, pourtant, veut rassurer : « Parce que je suis un républicain, un homme de gauche, un socialiste, je ne vais pas renier 30 ans de ma vie politique. Je veux la réussite de notre pays […] je serai candidat de la majorité présidentielle. […] ». « La République, ça me va bien. La République, la laïcité, l’égalité entre les femmes et les hommes… C’est notre bien le plus précieux et nous sommes dans un moment majeur », explique encore l’ancien Premier ministre sur la radio nationale.

Avant de préciser, plus longuement et en étrillant au passage Benoît Hamon et ses « 6% », que c’est avant tout le fait d’avancer qui compte. Le PS ? « un parti mort », « derrière nous », qui « doit se dépasser ». Une position que partage l’un de ses fidèles, Francis Chouat, maire d’Évry et membre du bureau national du PS. « Pour les législatives, il ne faut pas rester sur le bord du chemin. Manuel Valls veut participer à la réussite de ce quinquennat. Il faut dépasser les clivages traditionnels », estime l’élu. « Ça m’étonnerait fort de voir un candidat PS face à Manuel Valls si celui-ci venait à obtenir l’investiture d’En Marche !. Qui d’autre que Manuel Valls peut être en capacité de rassembler sur ce territoire ? »

Le problème, c’est que du côté des Macronistes, on n’a pas eu vent – du moins officiellement – de cette candidature.

Chez En Marche ! comme chez les autres partis ou les commentateurs de la vie politique, le déluge de réactions ne s’est pas fait attendre. Les uns fustigeant l’opportunisme de Manuel Valls, les autres déplorant le message affiché, loin du « renouveau » promis par les porteurs du mouvement d’Emmanuel Macron.

De quoi aussi semer la confusion chez les socialistes, et faire notamment fulminer l’ancienne élue de l’Essonne et actuelle sénatrice PS de Paris, Marie-Noëlle Lienemann :

Une bien mystérieuse « candidate » sur la circonscription

Au-delà de cette annonce médiatique, un problème de taille se pose pour l’ancien Premier ministre. Manuel Valls, n’a pas, à l’heure où nous publions cet article, candidaté officiellement via le site d’En Marche ! comme le prévoit normalement le mouvement. « Pas de passe-droit », freine ainsi Christophe Castaner, proche d’Emmanuel Macron, interrogé par Europe 1. Pour plusieurs cadres macronistes qui ont réagi pendant la journée de ce mardi, le procédé pour être investi candidat aux législatives doit être le même pour tous… ancien Premier ministre ou non. « Pour que sa candidature soit analysée, il faut qu’elle soit déposée sur le site internet », insiste ainsi Jean-Luc Delevoye, président de la commission nationale d’investiture La République en marche. Les inscriptions se terminent ce jeudi, jour où sera aussi dévoilée la liste des candidats aux législatives finalement investis par le futur parti.

C’est là qu’un autre obstacle se dresse sur le chemin de Manuel Valls vers l’investiture qu’il souhaite : selon Jean-Luc Delevoye, interrogé par BFMTV, une « candidate » aurait déjà été investie par En Marche ! sur la 1ère circonscription de l’Essonne. Le nom de cette candidate n’a pas été dévoilé et peu, voire pas d’indices n’ont filtré sur l’identité de cette personne. « Je n’en sais pas plus, assure Jean-Philippe Dugault, référent En Marche ! pour la 1ère circonscription et animateur sur Corbeil-Essonnes. Les candidatures ont été faites par les candidats et directement remontées au national. Certains se sont effectivement déclarés auprès de moi mais dans ce panel ne figurait aucune femme. Après, je n’ai pas de visibilité sur l’ensemble de nos 200 adhérents. Seuls 50 d’entre eux ont activement fait campagne. »

Mais si cette investiture « surprise » était avérée, elle risquerait de rajouter encore plus de confusion dans une circonscription qui croule déjà sous le nombre de volontaires pour l’investiture En Marche !. Manuel Valls n’y est pas le seul.

La bataille de la 1ère circo pour l’investiture En Marche !

C’est l’histoire d’un jeune mouvement médiatique, plein de succès, qui attirait les foules, les ambitions et les bonnes volontés. En Marche !, dorénavant intitulé La République en marche , a prévu d’investir 577 candidats sous son étiquette aux Législatives. Sous certaines conditions, communique la jeune formation : les potentiels députés sont idéalement issus de la société civile. Autres critères de sélection : un casier judiciaire vierge, se présenter sous la bannière « En Marche ! » et siéger dans le groupe parlementaire du mouvement. Si toutes ces conditions sont respectées, « ceux qui sont membres d’un parti pourront le rester », indique le mouvement d’Emmanuel Macron. Pas de freins immédiats à la candidature de Manuel Valls, donc.

En revanche, pour certains acteurs d’Evry, il est grand temps que le député se retire. « Il a fait son temps, il faut un renouvellement, estime Saliou Diallo, ancien maire adjoint de la commune et désormais animateur En Marche ! sur Evry-Courcouronnes. Il n’a plus la base électorale de l’époque, les quartiers populaires l’ont lâché après des mesures telles que le 49.3 ou la déchéance de nationalité ». Fort de ce constat et des 80,67% obtenus à Evry par son candidat au second tour, Saliou Diallo fait partie de ceux qui ont proposé leur candidature sur la 1re circonscription.

« Je suis ouvert à toutes les solutions tant qu’elles sont constructives, confie pour sa part Alain, lui aussi En Marche ! et créateur du 1er comité d’Evry. Le peuple veut du changement, mais toutes les combinaisons sont envisageables si elles sont en phase avec le programme d’Emmanuel Macron ». Jean-Philippe Dugault tente lui de mettre tout le monde d’accord : « Sur le terrain, tous les militants espèrent un renouvellement, tranche-t-il, tout en précisant que la décision appartiendra à la commission nationale chargée des investitures. On ne connaît pas tous les candidats, mais quelqu’un venant de la société civile pourrait apporter quelque chose de nouveau ».

« Il faudra attendre jeudi 11 mai à midi pour connaître les candidats officiels, mais les noms qui circulent comme Valls sur la 1ère ou Boutih sur la 10e, ne rassurent pas forcément quant à l’objectif fixé de 50% de candidats issus de la société civile, déplore un responsable essonnien d’En Marche !. Même les candidats présentés comme venant de la société civile, mais qui auraient déjà été élus par le passé, n’entreraient pas vraiment dans la volonté de renouvellement. On aurait alors privilégié le réseau au détriment de l’action de terrain et de ceux qui ont fait campagne depuis le début ».

Et parmi « ceux qui ont fait campagne depuis le début », il y a Alban Bakary, du MoDem. Lui qui était longtemps dans l’opposition municipale à Evry, se retrouve potentiellement dans le même mouvement que l’ancien maire de la capitale de l’Essonne. Alban Bakary l’admet, la situation est très « particulière » sur la première circonscription : « Si le MoDem est mon parti d’origine, les candidats de ce parti ont la double étiquette MoDem-En Marche !. C’est comme ça dans toute la France. Mais aujourd’hui la réalité à Evry, c’est que toutes les possibilités restent ouvertes jusqu’à ce qu’un nom officiel sorte. Y compris une investiture de Valls. » Et si un autre nom que le sien sortait, Alban Bakary n’a pas encore décidé de ce qu’il ferait : « On verra. Mais j’ai une petite légitimité : j’ai annoncé ma candidature en décembre, je milite sur le terrain et je suis passé par la plateforme officielle d’En Marche !. Ma candidature a aussi été approuvée par les hautes instances du MoDem ».

Face à Saliou Diallo, Alban Bakary et Manuel Valls, il y aurait aussi Jean-Luc Raymond, figure locale de la ville politique corbeil-essonnoise. « Je suis candidat pour obtenir l’investiture d’En Marche! sur la première circonscription, nous a-t-il annoncé. Pour le moment, les instances sont très opaques, il est difficile de savoir qui sera la personne investie. A priori, nous pourrions être 2 ou 3 maximum à revendiquer cette investiture. Si la candidature de Valls est retenue, je me porterai candidat face à lui, comme candidat dissident. On n’a pas soutenu Emmanuel Macron pour revoir les mêmes personnes diriger le pays. C’est inconcevable. »

Du côté des instances locales du Parti socialiste, on reste dans l’attente. « Les cas de Manuel Valls et de Malek Boutih sur la 10e circo (Morsang-Sainte-Geneviève) ont été déférés à la commission des conflits au niveau national, indique la fédération PS du 91. Juridiquement, nous n’avons pas la main sur ce point, les commissions nationales nous fixeront la marche à suivre ». La balle est donc dans le camp des proches de Jean-Christophe Cambadélis. Prendront-ils des sanctions si Manuel Valls obtient l’investiture En Marche!, réponse dans quelques heures…

Article réalisé en collaboration avec Maxime Berthelot.