15h ce lundi 8 mai, un nouveau rassemblement « anti-NDA » se profile sur le parvis de l’église. Le nouveau d’une longue liste débutée le vendredi 28 avril, date à laquelle le député-maire de Yerres annonçait son soutien en faveur de Marine Le Pen dans le cadre du second tour de l’élection présidentielle. Ce lundi, le mouvement est quelque peu moins suivi que les précédents. Une grosse centaine de personnes est là. La plupart sont munies de badges sur lesquels sont notés les mots « Idiots utiles », cette formule que Nicolas Dupont-Aignan utilisait pour qualifier les manifestants lors d’un entretien avec nos confrères du Parisien. « Je suis une citoyenne yerroise depuis plusieurs années maintenant, lance une des participantes du rassemblement. Je n’ai aucun engagement politique. Si je viens à ces rassemblements depuis le 29 avril, c’est pour exprimer notre indignation et pour obtenir des réponses claires de la part de notre maire, Nicolas Dupont-Aignan ».

Le week-end où Yerres la belle endormie s’est réveillée

NDA persiste et signe

Près de quarante minutes plus tard, les manifestants se mettent en rang d’oignons, avec pour objectif de défiler dans les rues yerroises. « On va faire un tour devant sa permanence », scandent certains d’entre eux. Quelques instants après être passé devant le parc Caillebotte, le cortège arrive rapidement à hauteur de la permanence parlementaire de leur député. NDA est là, dans ses bureaux, mais ne sort pas à la rencontre de ses concitoyens qui lancent quelques slogans comme : « Dupont démission ! ». L’entourage du député-maire se montre aux fenêtres et dans l’encadrement de la porte d’entrée de la permanence, mais toujours pas de Nicolas Dupont-Aignan, au grand désarroi de certains. « Il dit qu’il assume pleinement son choix, mais il ne vient même pas en discuter avec nous », invective un voisin crosnois, venu se joindre au cortège.

« Yerres ce n’est pas le FN, surenchérit une autre manifestante. Sa posture pourrait nous apporter de mauvaises retombées en termes d’images ». Et ce serait d’ailleurs déjà le cas. En effet, Paul-Louis Rinuy, le commissaire des Biennales de sculpture contemporaine de 2011 et 2016 qui s’étaient tenues dans le parc Caillebotte n’a pas attendu très longtemps pour passer à l’action. Le 2 mai dernier, celui-ci expliquait dans une lettre cosignée par une vingtaine d’artistes ayant exposé lors de ces événements dont Emmanuel Saulnier, Damien Cabanes ou encore Olivier Sévère, son indignation suite à la décision de Nicolas Dupont-Aignan. « Nous refusons le carcan idéologique de l’extrême droite, de l’identité nationale mal comprise, de l’exclusion de l’autre et de la xénophobie ». Avant d’affirmer : « Demain, nous trouverons d’autres lieux pour construire des projets avec des artistes de toutes générations et de nationalités multiples témoignant de l’importance vitale de l’art, du partage, de l’expérience humaine. La création est une des voies de résistance contre la France des esprits rances et fermés ».

Les manifestants devant la permanence de Nicolas Dupont-Aignan, attendant qu'il sorte (JL/EI)

Les manifestants devant la permanence de Nicolas Dupont-Aignan, attendant qu’il sorte (JL/EI)

Sur l’ensemble de ces prises de position, le président de Debout la France (DLF) a souhaité réaffirmer que « de nombreux Yerrois m’ont soutenu suite à mes choix, félicitant un acte courageux de ma part », dimanche au sortir de son bureau de vote, alors qu’il n’avait pas donné suite à nos appels jusque là. Son soutien à Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan l’assume donc pleinement. Il s’en est d’ailleurs justifié par le biais d’un tract à destination de ses administrés, distribué juste avant le second tour de ce dimanche. Un tract de quatre pages construit sous la forme d’un question-réponse. « Ce n’est en rien un ralliement au Front National. Je reste un homme libre », écrivait-il, avant de donner des indications sur son avenir. « En cas de défaite [lors du second tour], je continuerai à servir comme maire mes concitoyens avec la même volonté d’agir au quotidien au service de tous. Je serai bien sûr candidat au renouvellement de mon mandat de député ».

De plus en plus isolé 

Outre ces annonces, le tract de NDA aura fait imploser encore un peu plus la majorité yerroise. Au sein des nombreuses photos présentes sur le tract, l’une d’entre elles montre les conseillers départementaux du canton de Yerres, titulaires et suppléants, aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan. Une photo qui en a fait avaler de travers certains, comme Olivier Clodong. Ce dernier, premier maire adjoint à Yerres et directeur de la campagne présidentielle de NDA2017, avait déjà pris quelques distances suite à l’annonce de Nicolas Dupont-Aignan au JT de 20h de France 2. « Pour ma part, la campagne NDA2017 s’est arrêtée hier [le 28 avril] », écrivait-il sur les réseaux sociaux. À la vue du tract, la fracture entre les deux hommes s’est encore agrandie. « Dans un document tentant de justifier ses liens avec le FN, Nicolas Dupont-Aignan utilise sans autorisation une photo de Martine Sureau et moi. Nous avons donc décidé de porter plainte pour violation de notre droit à l’image ».

Interrogé à ce propos ce dimanche, NDA se voulait confiant. « C’st fini, rassurez-vous, ils ne porteront pas plainte », nous a-t-il répondu. Toutefois, le divorce semble bel et bien consommé entre les deux hommes. Dans le cadre de l’hommage du 8 mai, la majorité municipale est apparue divisée. D’un côté, Nicolas Dupont-Aignan était entouré de quelques fidèles à l’image de Nicole Lamoth. Plus excentrés, se tenait un second groupe autour d’Olivier Clodong, dans lequel figurait notamment Gérard Bouthier, aux côtés de membres de l’opposition.

D'un côté, Nicolas Dupont-Aignan, et de l'autre, le groupe d'Olivier Clodong (DR)

D’un côté, Nicolas Dupont-Aignan, et de l’autre, le groupe d’Olivier Clodong (DR)

Des électeurs dans le flou, une majorité municipale divisée et même huit maires des alentours qui demandent à Nicolas Dupont-Aignan de démissionner de son poste de président de l’agglomération Val d’Yerres Val de Seine (CAVYVS). Voilà dans quoi est empêtré NDA. Mais là encore, ce dernier ne semble pas prêt de céder. « Est-ce qu’il y a délit d’opinion? Quelques maires de l’anglo m’appellent en douce, précisant qu’ils ont été obligés de signer cette lettre pour obéir à leur parti. Ils sont moins unanimes qu’ils le prétendent. Je ne démissionnerai pas », confirmait-il ce dimanche.

Du côté des Yerrois mobilisés, dont la majorité se réclament d’aucun parti politique, on se donne quelques jours pour réfléchir à la suite. « Nous avons adressé un courrier à chacun des élus afin qu’ils se positionnent publiquement » indique Emmanuelle, l’une des personnes qui a lancé les appels sur les réseaux sociaux, « il faut savoir que pour notre part, tout est partie d’un repas vendredi 28 où une dizaine de Yerrois étaient atterrés et la propagande depuis est insensée ». Pour la suite, avec la campagne des législatives qui s’ouvre, « il est à craindre que les enjeux politiques de chaque candidat fassent oublier l’enjeu majeur. Nous aimerions un candidat de haut vol qui renvoie NDA à ses chères études du gaullisme, plutôt que 10 candidats en recherche de financements pour leur parti et qui ne passeront pas le 1er tour » ajoute-t-elle.

Les prochaines semaines risquent donc d’être difficiles pour le député-maire de Yerres. Lui qui n’a pas souhaité rencontrer les manifestants devant sa permanence ce lundi 8 mai. Il a même attendu que ceux-ci empruntent une autre rue pour quitter sa permanence au pas de course, escorté de ses collaborateurs et d’un fourgon de la police nationale. Décidément, rien ne va plus à Yerres…