À résultat historique, conséquence historique. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, la droite républicaine et le Parti socialiste ont été éliminés dès le premier tour de la présidentielle. Or, ces formations politiques comptent le plus de militants et fournissent habituellement le gros des 1 758 assesseurs nécessaires à l’ouverture des 879 bureaux de vote de l’Essonne. Au nombre de deux minimums par bureau, ces derniers sont chargés d’assister les présidents et s’occupent par exemple des signatures et des vérifications des cartes d’identité. Ils sont donc indispensables au bon déroulement des élections.

Problème, c’est aux formations des deux candidats qualifiés pour le second tour de tenir les bureaux de vote. Or ces dernières ne disposent pas d’assez de volontaires pour tous les couvrir. Charge alors aux maires de constituer des listes d’assesseurs « citoyens ».
Dans certaines communes, comme à Saint-Michel-sur-Orge, on a justement fait appel aux habitants pour pallier ce manque. La nouvelle maire Sophie Rigault a même publié un message d’alerte sur les réseaux sociaux : « Si la Ville a décidé de lancer cet appel, c’est pour pallier l’absence d’assesseurs qui devraient normalement être proposés par les candidats. Au 1er tour, 4 assesseurs étaient inscrits pour représenter Emmanuel Macron et aucun pour Marine Le Pen. Ça fait léger pour ouvrir 14 bureaux de vote quand on sait qu’il faut au moins 2 assesseurs titulaires pour ouvrir un bureau ».

Avec 280 assesseurs lors du premier tour, En Marche ! a pourtant mis les bouchées-doubles pour tenter de mobiliser ses militants : « Nous avons déjà plus de 550 personnes qui se sont proposées. On ne couvrira pas les 879 bureaux de vote mais pour un jeune mouvement, on est satisfait, estime Laëtitia Romeiro-Dias, référente Essonne du mouvement fondé par Emmanuel Macron. Parmi eux, certains ont déjà exercé cette mission lors d’élections précédentes, mais d’autres le feront pour la première fois*. « Nous avons donc organisé une réunion de formation jeudi 4 mars, confie-t-elle. Nous avons également envoyé les derniers courriers mercredi matin pour que les mairies aient la possibilité de se retourner vers des assesseurs citoyens si besoin ».
Du côté du Front national, qui avait mobilisé 85 assesseurs lors du premier tour, on explique avoir également battu le rappel, alors même que certains adversaires dénoncent le fait que le parti aurait demandé à ses militants de ne pas tenir les bureaux de vote : « Je pense que c’est une manipulation politique de leur part, juge Audrey Guibert, secrétaire départementale du FN. Toute la semaine, il y a eu une grande mobilisation pour quadriller les grandes villes et les villes moyennes. Des citoyens se sont également proposés pour être assesseurs et délégués. Ce dimanche, je ferai mois même le tour des bureaux de vote ».

Certains jouent le jeu, d’autres moins

Quid des partis politiques éliminés dès le premier tour ? Dans leur ensemble, ils ont eux aussi joué le jeu de la démocratie. Laëtitia Romeiro-Dias confie d’ailleurs avoir « discuté au niveau local avec d’autres partis pour former des listes d’assesseurs citoyens complémentaires ». La Fédération essonnienne du PS confirme : « En fonction des cas, il y aura des socialistes qui tiendront des bureaux de vote. Soit il y a eu des discussions avec En Marche ! quand il y a des proximités et que les gens se connaissent, soit les mairies ont fait appel aux assesseurs habituels nommés par la municipalité ».
Chef de file des Républicains en Essonne, Stéphane Beaudet est également le président de l’Union des maires d’Ile-de-France. Il a donc une vision d’ensemble : « Il y a des secteurs plus en difficulté que d’autres, mais il n’y aura pas de souci majeur, rassure-t-il. Pour l’Essonne, on ne sera pas très loin des 1 200 assesseurs LR du premier tour ». Avant de relever, non sans ironie : « C’est quand même paradoxal que les assesseurs des principaux partis de gouvernement éliminés soient obligés de tenir les bureaux de vote pour les autres… »

Enfin, la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon « encourage les initiatives citoyennes » bien que les Insoumis ne semblent pas vraiment s’être mobilisés : « Il y aura probablement moins d’une vingtaine de personnes qui seront assesseurs citoyens auprès des mairies », révèle Mounia Benaili, représentante départementale du mouvement. 

Le mot de la fin sera pour Stéphane Beaudet : « Cette situation inédite permet de souligner que les bureaux de vote tiennent parce qu’il y a un élan démocratique des militants et des citoyens, conclut celui qui est aussi maire de Courcouronnes. Ce sont eux qui font les élections et on ne le relève jamais assez ». Voilà qui est fait.

* Pour devenir assesseur-scrutateur, il suffit d’être inscrit sur une liste électorale du département.