Dès ce vendredi soir, les protestations n’ont pas attendu à l’annonce par Nicolas Dupont-Aignan de son ralliement à Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Au journal télévisé de France 2, le député-maire de Yerres, qui a réalisé 4,7% des suffrages au 1er tour, a annoncé qu’il soutiendrait la candidate du Front national, qualifiée face à Emmanuel Macron.

Ce samedi matin, il a participé à une conférence de presse avec la prétendante du second tour, dans laquelle les deux protagonistes ont donné des détails sur leur « contrat de gouvernement » : si Marine Le Pen accède à la magistrature suprême, Nicolas Dupont-Aignan sera son Premier ministre. Celui-ci a mis en avant le fait qu’il a fait évoluer le programme de la candidate sur plusieurs points : la sortie de l’euro n’est plus une priorité, les étrangers n’auront finalement pas de délai de « carence » pour l’école, le vote blanc devra être reconnu, et une loi sur l’éthique figurera dans les premières décisions du quinquennat.

Pendant ce temps, à Yerres, ville dont il est maire depuis 1995, le premier rassemblement d’une longue liste, s’est déroulé. Plusieurs appels militants ont circulé dès vendredi soir, ajoutés aux nombreuses réactions spontanées de citoyens des alentours. Environ 250 personnes se sont rassemblées en fin de matinée devant la mairie, scandant « la honte, la honte, la honte« , sous les fenêtres du bureau de Monsieur le maire.

500 personnes dans les rues dimanche, rassemblement lundi, mardi..

Un cortège s’est ensuite formé pour traverser le centre-ville, jusque sur le parvis du CEC, où la foule s’est ensuite peu à peu dispersée. Parmi les personnes mobilisées, beaucoup d’habitants de la commune, de tous les quartiers, ayant décidé de rejoindre les lieux en ce jour de marché. Bouchra, qui habite dans le secteur Gambetta, se dit « révoltée » par l’annonce de son maire. Pour elle, il existe un vrai risque de voir Marine Le Pen remporter le scrutin : « j’ai peur, elle va gagner, si des Fillonistes se rallient aussi, avec l’abstention des insoumis, je m’inquiète, c’est mathématique ».

Comme elle, de nombreuses familles ont fait le déplacement. Quelques élus sont aussi présents, les conseillers municipaux de gauche et du centre de Yerres, mais aussi des élus de droite comme le candidat UDI-LR aux législatives Irvin Bida. « Cette manifestation est un symbole très fort » estime le sénateur Michel Berson, qui observe que les citoyens se sont rassemblés devant le parc de la mairie « où se trouve une statut du Général De Gaulle et sa fameuse phrase ‘la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas ». Conseillère municipale d’opposition et soutien d’Emmanuel Macron, Daphnée Ract-Madoux est, à la différence des personnes qui expriment leur colère, plutôt fataliste : « moi, ça ne me surprend pas, il a la même mentalité que le FN, il n’aime pas les pauvres, c’est ce que je dénonce depuis 10 ou 15 ans ».

Selon elle, « la tentation était trop forte » pour Nicolas Dupont-Aignan, et sa position « légitime encore plus Marine Le Pen » regrette-t-elle. Elle espère toutefois que ce bouleversement politique « réveillera les consciences » et se joindra aux prochains rassemblements prévus en ville. Ce dimanche à 15h, un nouveau rendez-vous a été donné devant la mairie, pour un rassemblement contre NDA qui s’est ensuite transformé en manifestation à travers les rues, en passant par la gare, puis jusqu’à la place Gambetta où se tenait une brocante.

De nombreux Yerrois et habitants des villes avoisinantes ont participé à la marche, parmi lesquels des élus de tous bords. Le cortège, majoritairement composé de citoyens non engagés, a varié entre slogans anti-NDA « Dupont démission », « Dupont, la honte », et défilé dans le calme. Au total, près de 500 personnes ont parcouru les rues de la commune, suivies par plusieurs caméras de télévision et médias. Quelques drapeaux français et européens, des pancartes, mais pas de banderole, ont garni les rangs.

Des appels ont aussi lancés pour lundi 1er mai, à 15h (lire notre article), toujours devant la mairie. Puis mardi, à 18h, un autre appel est lancé, avec le soutien cette fois des Insoumis locaux.