Il a longtemps tergiversé. Dimanche dernier, après avoir voté, il nous confiait qu’il ne savait pas encore si il se positionnerait pour le second tour. C’est chose faite. A la suite d’une rencontre avec Marine Le Pen et son staff le plus proche ce vendredi après-midi, Nicolas Dupont-Aignan a décidé d’appeler à voter pour la candidate du Front national, qualifiée pour le second tour. Le Canard enchaîné révélait dès mercredi que les discussions entre les deux camps allaient bon train, et qu’un accord était en vue entre les deux prétendants du premier tour.

Invité du journal télévisé de Laurent Delahousse, NDA a annoncé son choix, après plusieurs jours de silence. « J’annonce officiellement que je soutiendrai Marine Le Pen, je ferai sa campagne » a t-il dit au bout de plusieurs minutes d’explication et de contextualisation de sa part, avant de conclure que « cette nouvelle alliance offre un horizon nouveau à la politique française ». Entre temps, celui qui a réalisé 4,7% des voix au premier tour de la présidentielle pour sa deuxième candidature, a voulu rappelé qu’il restait « gaulliste et humaniste », et que la France « était à la croisée des chemins ».

Il a aussi indiqué avoir signé un « accord de gouvernement » avec la candidate, ce dans le but de « mettre fin à une cassure entre patriotes et gaullistes ». Dans son viseur, le candidat d’En marche !, Emmanuel Macron, que Nicolas Dupont-Aignan qualifie de « Hollande puissance 10 ». Pas question pour lui de ne pas se positionner face à « tous ceux qui ont échoué depuis 30 ans ». Il a ensuite précisé que la candidate du Front national « avait accepté d’élargir sa majorité » et d’accueillir les partisans de Dupont-Aignan « dans un partenariat ». « J’ai pris mon temps » a-t-il poursuivi, avant d’ajouter que son parti se présentera tout de même face au FN aux législatives : « les Français conserveront deux bulletins de vote patriotes ».

Un cheminement

Lors de ses universités de rentrée, en septembre 2012, il avait lancé un pavé dans la marre en misant sur le dialogue entre « tous les patriotes » : une manière déjà de faire un appel du pied à la présidente du FN, lui spécifiant toutefois qu’elle devait « cesser de diviser les Français ». « Je ne suis pas FN et je n’irai pas au FN » développait-il alors, laissant toutefois la porte entre-ouverte à la discussion. L’année suivante, il repoussait toutefois les avances du parti frontiste en refusant de se projeter à ses côtés en vue des Européennes. Lors des municipales de 2014, NDA avait apporté son soutien Robert Ménard pour son élection à la tête de la mairie de Béziers.

Celui qui a quitté l’UMP en 2007, « après les suites du référendum bafoué de 2005 » a-t-il affirmé, boucle ainsi un cheminement politique qui le voit se rapprocher d’un parti qu’il jugeait infréquentable il y a encore peu. « Madame Le Pen n’est pas d’extrême-droite » s’est-il justifié, parlant ensuite de sa référence De Gaulle pour donner un caractère « historique » à son ralliement. Ce basculement symbolique tire en tout cas une partie de ses racines dans le département. Philippe Olivier, ancien élu de Draveil qui co-dirige la communication de la candidate Marine Le Pen, est resté en bon terme avec NDA, après avoir figuré sous ses couleurs il y a tout juste deux ans. Il nous indiquait d’ailleurs il y a peu garder « la plus grande estime » pour son voisin de Yerres, ce dernier ne lui reprochant pas de l’avoir rejoint puis quitté.

Les contacts ne semblent jamais avoir cessé entre les deux camps, le tout dans le contexte d’une guerre locale larvée sur la rive-droite de la Seine entre NDA et Georges Tron. Le maire de Draveil n’a jamais digéré les différentes manoeuvres de celui qui est aussi président de la nouvelle agglo Val d’Yerres Val de Seine, qui tourne d’ailleurs au ralenti. Il lui reproche encore récemment d’avoir « flirté avec ces gens-là » en désignant Philippe Olivier. Celui qui, il y a encore quelques semaines, se présentait comme le candidat « concret » et de « l’alternative », en accueillant des journalistes à Yerres, prévoyait en off « de grandes surprises » pour ce premier tour et la suite. Il s’inclut désormais pleinement dans ce grand bouleversement. Et ne se fera pas que des amis dans ce parcours.