Arrivée en deuxième position du 1er tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen accède au second tour, 15 ans après son père Jean-Marie Le Pen, qualifié en 2002. Avec 102 461 voix, le Front national grimpe à un niveau jamais atteint en Essonne pour ce premier tour. Même s’il se place 4ème avec 16,43% des suffrages essonniens, ce chiffre n’en demeure pas moins révélateur de l’inscription durable du vote FN sur le département.

Jamais le parti d’extrême-droite n’a été aussi haut en termes de suffrages. Lors de sa qualification de 2002, Jean-Marie Le Pen totalisait 72 286 bulletins sur l’Essonne, soit 15,96% des votants (participation de 68,18%). Il augmente son nombre de suffrages dans le département au second tour en récoltant alors 79 451 voix, soit 15,04%, et un regain de participation (81,01%). En 2012, lors de sa première candidature, Marine Le Pen engrangeait 90 760 voix au 1er tour, avec un pourcentage similaire de 15,20%, mais une participation en hausse de plus de 10 points (79,18%).

C’est aux Départementales et Régionales de 2015 que le FN obtient ses plus forts pourcentages de vote sur l’Essonne. Il monte à 22,71% en mars, puis réalise 22% en décembre 2015. Les électeurs essonniens sont 81 082 à lui donner leur voix au premier tour des Départementales puis 79 991 lors du premier tour des régionales (76 416 voix au second tour). Avec des participations autour de la moitié du corps électoral, sa percée est alors à relativiser, même si il vire en tête du 1er tour dans la moitié des 196 communes du département.

Cette année, le FN arrive premier dans 56 communes, à dominante rurales mais aussi à Paray-Vieille-Poste, Linas ou Saint-Germain-lès-Arpajon. Les meilleurs scores de Marine Le Pen sont à trouver du côté de Bois-Herpin (41,07%) et Mespuits (42,86%). Elle est ainsi en tête du premier tour dans une grande partie de la Beauce, et s’impose par exemple à Pussay (35,10%), Méréville (26,63%) ou encore Angerville (32,40%). De premiers résultats qui s’expliquent selon Audrey Guibert, la numéro 1 du FN 91 parce que « Marine Le Pen est la seule à parler de ces territoires oubliés ».

Des « zones oubliées » où le FN cartonne

Quelques jours avant le premier tour, la responsable frontiste s’attendait à un bon score, jugeant alors que « le dynamisme a explosé autour de Marine Le Pen » dans cette campagne, par rapport à la précédente élection de 2012. Le parti s’est aussi structuré localement et cette année, chaque circonscription disposait de son équipe militante, assure Audrey Guibert : « nous avions une meilleure mobilisation militante et plus de forces sur le terrain pour des distributions sur les marchés et ou des portes à portes ciblés ».

Si l’Essonne n’échappe pas au contexte national et à cette mobilisation de l’électorat du FN, quelques particularités sont à relever concernant la carte de vote locale. La candidate du Front national fait ainsi quasi carton plein dans la vallée de l’Essonne. A Maisse (32,05%), Ballancourt (25,48%), La Ferté-Alais (25,94%), Vayres-sur-Essonne (30,96%) ou encore Buno-Bonneveaux (37,04%), elle sort en tête, et s’impose même d’une courte tête à Champcueil (22,21%). Conseiller municipal de la liste Bleu marine de Mennecy, Julien Schenardi voit en cet ancrage dans le Val d’Essonne « le ressenti des habitants d’être dans des zones oubliées, ce encore plus qu’en 2012 ». A cela s’ajoute « un effet supplémentaire » analyse-t-il : « la droite a gagné la Région en faisant des transports l’axe central, finalement avec la refonte du RER D, les électeurs se sentent trahis ».

« L’Essonne est comme une petite France. L’Essonne qui va bien vote Macron, et l’Essonne qui souffre, celle du sud du département, a plutôt voté Marine Le Pen », décryptait dimanche soir le président (LR) du Département François Durovray. Des secteurs plus reculés « plus touchés encore par la crise économique » affirme Julien Schenardi. « Dans le Sud-Essonne, Marine Le Pen a toujours fait des gros scores », relativise l’ancien président du Département Michel Berson, qui préfère noter que ses scores sont plus faibles dans « les villes plus urbaines ».

Elle se situe tout de même dans une fourchette de 15 à 20% dans la plupart des villes de plus de 20 000 habitants à l’exception d’Evry où elle plafonne à 11,73%, Massy (10,18%), Palaiseau (9,82%) et Grigny (12,76%). La candidate qualifiée au second tour engrange ainsi 2 731 voix à Corbeil-Essonnes, 2 883 à Savigny, 2 640 à Viry-Châtillon ou encore 2 718 voix à Sainte-Geneviève-des-Bois, ce qui en fait une force avec laquelle il faut désormais compter.

Conseiller municipal à Longjumeau, Patrice Bruera a quitté le Front national dont il portait l'étiquette

Conseiller municipal à Longjumeau, Patrice Bruera a quitté le Front national dont il portait l’étiquette (JM/EI)

Une progression malgré des défections

Depuis 2012, le Front national poursuit donc sa progression en Essonne, matérialisée par l’élection d’élus municipaux en 2014 puis régionaux en 2015. A l’image de sa responsable élue à Savigny ainsi qu’au conseil régional Audrey Guibert. Mais certains en reviennent : plusieurs défections de membres du FN élus sur les communes sont à enregistrer depuis 2014. A Vigneux ou Ballancourt, les conseillers municipaux ont quitté le Rassemblement bleu marine, tout comme récemment à Longjumeau, où le conseiller municipal Patrice Bruera a rompu avec le parti de Marine Le Pen. Ce dernier appelait ainsi les habitants de sa commune à voter François Fillon dans une lettre ouverte distribuée par ses soins. « J’ai toujours été un homme de droite » justifie-t-il, « tout n’est pas à jeter au FN, mais pour moi, le programme économique de Madame Le Pen est de gauche ».

Une mise en retrait depuis plusieurs mois du FN, tout en restant élu, qui n’empêchait pas au Longjumellois de prédire « des scores très hauts » du FN à quelques jours du vote. Aujourd’hui, la candidate a réussi « à rallier à elle des gens de tous horizons », et aux convictions diverses à l’en croire : « il y a un vote d’adhésion, mais je constate surtout un grand vote de contestation ». Patrice Bruera regrette ainsi que « les gens ne lisent pas les programmes », et si il reproche à l’Europe ses « frontières poreuses », il réprouve la stratégie de Marine Le Pen avec ces mots : « sortir de l’UE, je dis non ». Pour le second tour, l’ancien membre du FN ne se prononce pas : « je ferai mon devoir de citoyen » commence-t-il, avant d’avouer qu’il ne sait pas encore pour qui il votera.

Des départs qui ne semblaient pas inquiéter outre mesure la responsable FN 91, pour qui, « dans l’autre sens, on a eu des cadres et sympathisants LR et DLF qui nous ont rejoints » commente Audrey Guibert, en donnant ses raisons à ces départs : « ce n’est pas une hémorragie, c’est comme dans toute entreprise normale, dans les listes que nous avions constitué, des personnes ne se trouvaient plus en adéquation avec notre ligne, ils sont libres de continuer leur action ». Le Front national enregistre pendant ce temps de nouveaux soutiens.