Après une parenthèse de 18 ans, Philippe Olivier a officiellement renoué avec le Front national. A l’automne dernier, il est nommé dans l’organigramme de campagne de la candidate Marine Le Pen pour 2017. Et à un poste on ne peut plus stratégique : « je suis co-directeur du pôle ‘idées et image’ » explique-t-il à Essonne Info. Sa mission : conseiller la candidate tout au long de sa campagne quant à la cohérence de son discours, de sa communication, ses thèmes de campagne comme ses sorties médiatiques. « Je m’occupe de pas mal de choses, de politique, de stratégie, c’est un poste assez polyvalent » poursuit l’ancien élu draveillois, qui a conservé son travail dans la logistique. Finie la flamme bleu-blanc-rouge sur les traditionnelles affiches du parti, place à la rose bleue : c’est toute l’image de Marine Le Pen que ses proches ont cherché à changer pour cette présidentielle.

Philippe Olivier fait partie du Conseil stratégique de campagne, une instance de 35 membres chargée d’épauler la candidate et d’organiser l’ensemble de son dispositif. Une sorte de retour aux sources, pour celui qui avait quitté le Front, avec son épouse – qui n’est autre que la soeur de Marine Le Pen – pour suivre Bruno Mégret en 1998. Entré à 18 ans au FN (il en a aujourd’hui 55), il en gravit tous les échelons jusqu’au milieu des années 90, et occupe le poste de délégué général adjoint. De 1992 à 2004, il siège au conseil régional d’Ile-de-France, et expérimente la politique locale dans le Val-de-Marne. Après sa rupture avec Jean-Marie Le Pen, il s’éloigne aussi peu à peu de Bruno Mégret, et ne réapparaîtra qu’à la fin des années 2000.

C’est à Draveil, où il vit, que Philippe Olivier va tenter de reprendre pied politiquement. Né à Juvisy, il a passé une bonne partie de sa vie en Essonne et à Draveil. Il va ainsi se placer en opposant farouche à Georges Tron. Dès 2012, il se lance pour les législatives en binôme avec son frère jumeau Jacques, sur la neuvième circonscription de l’Essonne. Le maire de Draveil y joue sa réélection face à Thierry Mandon. Le message de Philippe Olivier est alors très clair : mettre des bâtons dans les roues à Georges Tron. Tracts, profession de foi et affiches : les supporters des deux camps s’y donnent à cœur joie contre leurs adversaires, prenant les Draveillois à témoin. Le candidat ne déposera finalement pas ses bulletins dans les isoloirs (lire dans nos archives). Il totalisera 7 voix pour ce scrutin. Mais petite « victoire » pour lui : Georges Tron a perdu.

A Draveil, 100% « apolitique »

Deux ans après, c’est à la tête de la liste « 100% Draveil » qu’il concoure aux municipales. Sa démarche, qualifiée alors de « apolitique », rassemble un tissu d’opposants au maire et de personnalités marquées à droite de la commune. Les Draveillois ont en mémoire la férocité de la campagne de 2014, ponctuée d’attaques en tous genres et de quelques coups bas, dans ce que nous qualifions à l’époque de guerre de tranchée entre Tron et Olivier. Réélu au premier tour, Georges Tron n’aura de cesse de décrire son opposant (qui réalise 12,85%) en idéologue d’extrême-droite, le désignant comme derrière les affaires de mœurs l’entourant, dans le cadre d’un complot fomenté par « le clan Le Pen ».

Beau-frère de la présidente du Front national, Philippe Olivier récuse ses accusations et se défend alors de tout lien autre que conjugal avec la famille Le Pen. Il se justifie déjà : « j’ai quitté ce parti il y a 15 ans, ce n’est pas pour y revenir. Je suis en dehors des partis, le sort du FN ne m’intéresse pas plus que celui de l’UMP ou du PS », indique-t-il comme chef de file de « 100% Draveil ». Elu conseiller municipal en 2014, il démissionne de son poste le 31 décembre dernier, à la suite de son implication dans la campagne de Marine Le Pen, « par cohérence » précise-t-il. De son engagement local, il affirme aujourd’hui « ne rien renier » de son parcours et entend différencier ses campagnes à Draveil et son rôle actuel dans l’entourage du FN : « j’ai totalement rompu avec le Front, pendant mes campagnes locales, je n’avais rien à voir avec le FN, et je n’avais pas de lien politique avec Marine ».

En 2015, c’est sous les couleurs de Debout la France qu’il se porte candidat aux élections départementales, sur le canton de Draveil. Il est ainsi adoubé par le voisin et député-maire ‎de Yerres Nicolas Dupont-Aignan. En duo avec la secrétaire départementale du parti Anne-Christine Poisson, il réalise 13,69% des voix, ce qui ne lui permettra pas de figurer au second tour. De son côté le maire de Draveil est élu, au terme d’une campagne une nouvelle fois marquée par des attaques réciproques entre les deux personnalités, sur fond de rivalité locale Tron-NDA (lire notre article).

NDA : « il est revenu à ses premiers amours »

De ce bref passage dans les rangs de Debout la France, le désormais conseiller de Marine Le Pen dit « garder la plus grande estime » pour le maire de Yerres. Quant à sa décision de rejoindre officiellement la campagne de Marine Le Pen, elle n’émeut pas plus que ça NDA, qui constate simplement que son ancien candidat « est revenu à ses premiers amours ». Le candidat à la présidentielle indique à Essonne Info que Philippe Olivier l’a prévenu et ne le vit pas comme une trahison : « il a estimé qu’il devait repartir, c’est son choix ». Du côté de Georges Tron, la réaction est autrement plus acerbe : « ce qui peut me surprendre, c’est qu’il y ait pu avoir une seconde de surprise dans cet acte. Seuls les naïfs ou les méchants à mon égard ont pu douter qu’Olivier était en contact perpétuel avec Marine Le Pen sur mon affaire. Il a considéré qu’il pouvait franchir le Rubicon ». Même sévérité à l’égard de son voisin de de Yerres, Nicolas Dupont-Aignan, qui « flirte avec ces gens là », tacle-t-il, parlant aussi de personnes « bêtes » qui ont accompagné Philippe Olivier dans sa démarche locale.

Sur ces piques lancées par Georges Tron, Philippe Olivier rétorque : « ses commentaires m’indiffèrent ». Il préfère retenir que le maire de Draveil « devrait être content » de sa démission du conseil municipal, « vu qu’il voulait que je parte » grince-t-il. « Si ça confirme ce qu’il pense, je m’en fous » ajoute-t-il, en réponse aux mises en cause de Georges Tron pour ses liens avec la famille Le Pen et le FN. Car le conseiller de la candidate frontiste persiste et signe : « 100% Draveil, ce n’est pas le FN ». Le désormais ex-conseiller municipal de Draveil poursuit en tout cas sa carrière loin de l’Essonne, il briguera pour les couleurs de Marine Le Pen une circonscription dans le Pas-de-Calais, aux législatives de juin prochain.

Depuis son départ avec fracas du FN, l’eau a coulé sous les ponts, et Philippe Olivier explique avoir rétabli « des liens de travail » récemment avec Marine Le Pen : « je l’ai aidé lors des régionales de 2015 dans le Nord, et le lien est réel depuis septembre 2016 ». Dès 2011 pourtant, il conseille celle qui est dans la vie sa belle-sœur, au moment de son accession à la tête du FN lors du congrès de Tours. Mais la présence de Jean-Marie Le Pen avec qui il reste en conflit, le contraint à rester en marge du parti. Depuis, « Le Pen a été écarté du FN, ce n’est plus le même parti, il y a eu une rénovation », confie-t-il, en donnant quelques détails sur son rôle dans l’évolution du mouvement d’extrême-droite : « oui, je participe activement à la campagne, même si c’est un travail très collectif » tient-il à souligner. Tout en mesure.