Cap sur l’Afrique cette semaine. Sur la Place du marché, à Brétigny-sur-Orge, une délicieuse odeur veloutée se dégage d’un des camions stationnés entre les divers commerçants du marché. Mireille Tetegan, installée dans son food-truck « Wassa Wassa Délices » prépare tranquillement ses plats de la journée. Au menu du jour ? Mafé, Tchep et Yassa, des classiques sénégalais ! « J’ai toujours aimé cuisiner », confie-t-elle. Si aujourd’hui, elle se plaît à sillonner les routes essonniennes à bord de son camion, tout n’aura pas été si facile pour Mireille Tetegan. L’idée d’un service de restauration lui était déjà venu il y a une dizaine d’années, lorsqu’elle était encore employée à Carrefour France en tant qu’assistante de chef de produit : «  J’ai constaté qu’il y avait beaucoup de plats chinois ou autres mais qu’on ne connaissait pas bien les plats africains. J’ai cuisiné pour mes collègues, ils appréciaient, donc je me suis dit que ce serait bien que je puisse ouvrir mon propre restaurant ».

Le concept de restauration africaine rapide qu’avait imaginé Mireille ne jouissait malheureusement pas d’une bonne réputation, selon elle, ce qui a contribué à rendre la tâche plus compliquée. Finalement, si l’idée lui trottait toujours en tête, Mireille l’a toutefois mise de côté. C’est en fin d’année 2014 qu’elle va réapparaître. Après 16 ans d’activités au sein de l’entreprise Carrefour, Mireille Tetegan se retrouve concernée par une procédure de licenciement pour motif économique et devient alors demandeuse d’emploi. « L’idée m’est alors revenue, je me suis dit que c’était le moment  », explique-t-elle, avant de poursuivre : « J’ai vu une émission de food-truck à la télé, j’ai fait mon étude de marché et j’ai vu qu’il y avait une jeune fille qui possédait déjà un food-truck de spécialités sénégalaises à Paris. Je me suis alors plongée dans mon projet personnel  ».

De l’idée jusqu’à l’aboutissement, soit l’acquisition du camion, près de neuf mois se sont écoulés. C’est en septembre 2015 que l’aventure a commencé pour Mireille Tetegan. Les premiers pas dans la peau de food-truckeuse se sont faits en compagnie de sa fille. Aujourd’hui Mireille est seule aux commandes même si elle aime à fièrement rappeler que ses enfants l’aident beaucoup lorsqu’elle en a besoin notamment lors de certaines manifestations qu’elles couvrent comme les concert au Rack’Am, à Brétigny : « Je dois les remercier car ils m’ont vraiment aidé et porté dans mon projet. Dès le début, ils m’ont soutenu, ils m’ont donné des idées  ».

Mireille Tetegan, 59 ans, en plus d’être food-truckeuse et mère de quatre enfants, porte deux autres casquettes. Diplômée de droit, détentrice d’une maitrise en droit juridique, Mireille est présidente d’une association, « Coup de pouce », qui s’occupe de l’insertion sociale des femmes par l’apprentissage de prestations de service (Repassage, couture et retouches). Mireille Tetegan assure également son deuxième mandat de conseillère municipale à Courcouronnes. Autant dire qu’entre toutes ces activités et sa cuisine itinérante, la food-truckeuse n’a pas le temps de s’ennuyer !

Un projet de restaurant dans un bus

Dans son camion, sur le marché de Brétigny-sur-Orge, Mireille prépare tranquillement son poulet Yassa. Une fois les barquettes préparées, elle s’adonne à la préparation de petits mets à faire déguster. Des accras de morue sont proposés aux passants qui se laissent joyeusement tenter. Attelée à sa cuisine, Mireille est vêtue de son tablier – offert par ses enfants à Noël pour lui « donner du courage » – sur lequel on peut lire un « This is what an awesome mom looks like  », comprenez «  C’est à cela que ressemble une superbe maman ». Issue d’un métissage africain, Mireille est née de parents d’origine béninoise et a vu le jour au Sénégal, où elle a grandi et fait ses études. Ses enfants, eux, sont Congolais : « Dans mon camion je propose les spécialités de plusieurs pays ».

Si Mireille Tetegan se réjouit de son food-truck « Wassa Wassa », qui signifie « Fais vite » et qui s’avère également être un plat venant du Bénin, elle tend tout de même à le faire évoluer à l’avenir : «  J’aimerais, à terme, recréer une sorte de ‘Maki’, c’est-à-dire un endroit où l’on mange et on danse, dans un bus avec un coin cuisine ». Un concept novateur et attrayant, d’autant que Mireille vise, depuis le début, à casser les clichés qui entourent la cuisine africaine : «  Je fais des plats qui ne sont pas pimentés, le piment vient en plus, et j’évite de cuisiner gras, puisque je me suis rendu compte que l’a priori des gens tournait autour de cela. J’explique aussi aux gens qu’en Afrique, nous n’avons pas de blés donc nous avons des plats qui s’adaptent très bien à l’alimentation des intolérants au gluten ».

Si la food-truckeuse de 59 ans ne parvient pas encore à vivre de ses recettes, elle ne regrette en rien de s’être lancée dans l’aventure du restaurant itinérant : «  Je suis bien. Si c’était à refaire, je le referais  », indique-t-elle avec le sourire. Vous pouvez la retrouver du mardi au vendredi, le soir, à la gare de Brétigny-sur-Orge et sur la Place du marché certains midis. Mireille sera également présente sur la Base 217 durant les trois jours du Download festival prévu les 9, 10 et 11 juin prochains.