Dans les années 1960, le centre commercial Grand Bois ouvrait ses portes à Saint-Michel-sur-Orge. Plusieurs boutiques et un supermarché étaient à disposition des habitants. Une opportunité de dynamisme pour la commune et pour l’emploi. Pourtant, un peu plus de 50 ans après, le bilan est loin d’être idyllique. La majorité des boutiques a fermé, la plupart des copropriétaires sont partis, il ne reste que le supermarché et seulement cinq à six boutiques (sur les quarante d’origine), le reste, des locaux inhabités, abandonnés.

C’est en 1997 que tout commence. L’assemblée générale de copropriété décide de faire de gros travaux de restructuration, notamment pour créer ce qui deviendra le Géant Casino actuel, pour un coût de 37 millions de francs. Certains copropriétaires, n’étant pas d’accord avec cette décision, ont saisi le Tribunal de Grande Instance d’Evry et ont obtenu l’annulation des travaux en mars 1999. Malgré ça, les plus influant propriétaires ont racheté les parts des opposants au projet et ont décidé de faire les travaux pensant qu’avec cet arrangement, la décision du tribunal serait annulée. Il n’en était rien, car le jugement concernait tous les copropriétaires, tout ceci n’aurait donc pas dû voir le jour.

Les charges ont ensuite été multipliées, et les commerces ont fermé les uns après les autres. Patrick Sekerciyan a lui-même subi cette situation. Il a, en effet, été commerçant dans le centre jusqu’en 2015, date où il a dû mettre la clef sous la porte. Il est également président du collectif « Légalité Grand Bois », dont le but est « de regrouper les petits copropriétaires pour unir nos forces et se faire entendre par les plus gros qui sont en illégalité permanente » explique le président. Il faut dire que certains copropriétaires ont eu certains problèmes et ont perdu beaucoup d’argent. « Comme ils ne pouvaient plus payer les charges, ils ont été amené au tribunal, qui ignorait le jugement de 1999, et donc le syndic a obtenu les biens et ces derniers ont été revendus pour des sommes dérisoires » détaille Patrick Sekerciyan.  Avec sa double casquette, le président de « Légalité Grand Bois » assiste aux assemblées générales des copropriétaires et affirme que le jugement de 1999 n’a été révélé aux petits copropriétaires qu’en 2013, « c’est une illégalité flagrante ».

Une commune divisée

Parmi les gros copropriétaires, on retrouve Monsieur Deromédi, dirigeant de la société foncière de Paris Languedoc, Géant Casino et en troisième position, la commune de Saint-Michel-sur-Orge qui détient 15% des parts. C’est donc l’argent public de la ville qui finance une partie de ce centre qui coûte de plus en plus cher d’année en année. Jean-Louis Berland, conseiller municipal Front de Gauche, dénonce une augmentation des charges de 60% entre 2015 et 2016, passant de 227 590 euros à 370 372 euros. « Il y a un gros problème de fond dans cette histoire, c’est le problème judiciaire qui est illégal » explique-t-il. Selon lui, la mairie de l’époque, aurait dû faire appel de la décision de 1999 pour être enfin dans la légalité mais personne ne l’a fait. « Le maire est arrivé en 2008 donc n’est pas responsable de tout, mais depuis 2008 il vote des choses illégales en assemblée générale alors qu’il est au courant de tout » dénonce l’opposant. Après avoir interpellé en vain le maire plusieurs fois en conseil municipal, Jean-Louis Berland a décidé d’en référer à la préfète Josiane Chevalier, « pour saisir la Chambre régionale des comptes et résoudre la question de la légalité ».

La municipalité a demandé une nouvelle étude sur le centre, un point positif pour un autre opposant municipal de la commune, Christian Soubra. « Pour la première fois ils veulent prendre en compte tous les effets urbanistiques : la galerie commerciale, le parking… » déclare-t-il. Pour autant, il sait que le projet ne pourra pas être résolu tant que la question judiciaire ne sera pas réglée. Christian Soubra semble confiant vis-à-vis de la mairie qui « semble avoir compris ».

Un point où les deux opposants sont d’accord c’est au sujet de la nouvelle médiathèque qui est en construction. Elle devrait faire plus de 1 000 m² et son local sera dans le centre Grand Bois. En 2012, la ville a racheté au groupe Géant Casino ces fameux locaux pour 650 000 euros, or, ils étaient inexploitables et à l’abandon depuis 1977.« C’était une ancienne discothèque, celle où j’ai fêté mon bac en 1976 et elle a fermé un an après et depuis personne ne s’en est occupé. Ça n’avait aucune valeur », raconte Christian Soubra. Pour les deux hommes, la municipalité a clairement fait un cadeau de la somme, car les locaux ne valaient pas ce prix et étaient remplis d’amiante.

Du côté de la mairie, Sophie Rigault, maire de la commune succédant à Bernard Zunino prend le sujet très au sérieux. « Nous souhaitons redynamiser le quartier entier et cela passe par le redimensionnement du centre et réduire les cellules commerciales ». Concernant les charges, elle assure que la ville « n’a pas la main sur l’ensemble des charges, les travaux qui ont été faits, n’étaient pas essentiels à mon goût, et les charges rajoutées nous sommes dans l’obligation de les payer, sinon nous sommes hors la loi ».

De nombreux sujets de discordes qui remontent à plusieurs dizaines d’années. Dans quelques jours donc, Sophie Rigault prendra la tête de la commune et succédera à Bernard Zunino (maire depuis 2008). Arrivera-t-elle à bout de ce dossier périlleux ?