« Il faut qu’on se voie. Quand tu parles, les gens t’écoutent, quand tu as fini, je n’ai rien à rajouter, et jusque-là j’ai toujours été d’accord avec toi  ». Nous sommes en 2007, à Brétigny-sur-Orge. Michel Pouzol, alors simple militant socialiste, vient de raconter son histoire devant plusieurs sympathisants. Dans la salle, Benoît Hamon, député européen et membre de la section PS de la commune, est conquis par son discours et lui fait savoir. Dix ans après, les deux hommes sont toujours aussi proches : « Benoît est un ami avec qui je partage une vraie cohérence politique », souligne le député essonnien.

Il faut dire que sa vie pourrait être un film. L’un de ceux qui commencent mal mais qui finissent bien. Né le 5 juillet 1962 à Clermont-Ferrand (Auvergne), Michel Pouzol grandit dans une famille de paysans et d’ouvriers. Après avoir travaillé quelque temps pour les usines Michelin, il part tenter sa chance à Paris. Il y sera tour à tour animateur radio, journaliste, scénariste et réalisateur. Avant de devenir interdit bancaire et de sombrer dans le cercle vicieux de l’endettement. En 2002, il se retrouve dans l’obligation de quitter son logement parisien et part s’installer dans un cabanon de 25m2 et 2,50 m de plafond, en lisière de forêt à Brétigny-sur-Orge. Il y survivra tant bien que mal un an et demi, avec femme et enfants, d’aides sociales en petits boulots, avant d’entrevoir la lumière en obtenant un logement grâce à l’aide d’une association. Au milieu des années 2000, tout s’accélère. Il trouve enfin un boulot stable et parvient en 2006 à devenir locataire d’un HLM. L’année suivante, il entrera en politique sans vraiment l’avoir imaginé. Et pourtant.

Une idéologie ancrée à gauche



Dans ce parcours hors du commun qu’il raconte dans le livre Député, pour que ça change. Du RMI à l’Assemblée nationale (Cherche Midi, 2013), la politique est présente à intervalle régulier. D’abord lorsqu’il adhère aux Jeunesses ouvrières chrétiennes (JOC) à seulement 14 ans. Ensuite lorsqu’il rejoint brièvement le Parti communiste en 1983 : « Je viens d’un milieu social modeste où la valeur travail signifie quelque chose, explique-t-il. Les JOC m’ont permis de mettre des mots sur les maux, de me rendre compte des rapports de force et du sens que prend la lutte des classes. Quant au Parti communiste, j’ai été déçu par la passivité de ses militants et leur soumission à la figure du chef. Un peu comme ce qu’il se passe aujourd’hui autour de Jean-Luc Mélenchon. C’est un culte de la personnalité auquel je n’ai jamais adhéré ».
Sa rencontre avec le Parti socialiste, elle, est en revanche plus tardive. Si l’Auvergnat s’est réjoui de l’élection de François Mitterrand en 1981, il faut attendre 2007 et la campagne présidentielle de Ségolène Royal pour le voir s’engager sous la bannière rose. Avec sa femme, ils suivent d’abord un ami, avant de se prendre au jeu politique et de donner régulièrement un coup de main à la section PS de Brétigny. Par la suite, lors d’un meeting, il découvre François Hollande, alors Premier secrétaire du parti. Un homme qu’il juge alors « brillant, très à gauche, plein d’humour, super orateur et prêt à tout pour empêcher Sarkozy d’accéder au pouvoir ». À l’époque, il rencontre aussi Benoît Hamon, sans savoir que ce dernier va lui donner l’opportunité de changer de vie.

Le livre de Michel Pouzol est sorti le 19 septembre aux éditions du Cherche Midi. (DM/EI)

Le livre de Michel Pouzol est sorti le 19 septembre 2013 aux éditions du Cherche Midi. (DM/EI)

Fidèle face aux trahisons

Sept ans après, attablé à la terrasse d’un café, une pinte à la main, Michel Pouzol l’avoue sans détour : « Si je n’avais pas rencontré Benoît, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui ». Et pour cause. Outre la proximité idéologique, c’est notamment grâce au soutien appuyé de l’ancien député européen qu’il a pu être investi candidat PS aux cantonales de 2008, alors même que la majorité de l’exécutif socialiste essonnien prenait un malin plaisir à lui glisser des bâtons dans les roues. Un appui payant puisqu’il sera élu conseiller général de l’Essonne pour sa première en politique, avant de devenir député en 2012.

Alors à l’heure de battre la campagne pour l’actuel candidat socialiste en vue de la présidentielle d’avril, l’Auvergnat sait d’où il vient et à qui il le doit. « J’ai été le porte-parole de Benoît Hamon durant la primaire de la Belle alliance populaire, et il a choisi de me reconduire dans mes fonctions pour la présidentielle. Il a expliqué que j’étais celui qui aujourd’hui parle le mieux des difficultés réelles des gens. Ça m’a touché  ».

D’autant que la fidélité en politique semble se faire de plus en plus rare ces temps-ci. Dernier exemple en date, la « trahison » de Manuel Valls qui a préféré apporter son soutien à Emmanuel Macron : « Honnêtement, je m’attendais à ce que certains élus nous lâchent, livre-t-il. Je n’ai pas été surpris que Francis Chouat (maire d’Evry, ndlr) ne soutienne pas Benoît Hamon. Il a été égal à lui-même, Rebsamen (François, ndlr), Collomb (Gérard, ndlr), Le Drian (Jean-Yves, ndlr), sont des gens avec 40 ans de carrière politique qui n’aspirent qu’à garder leur poste. Mais pour Manuel Valls en revanche, c’était une vraie surprise. Je pensais que la parole d’un ancien Premier ministre, et la signature de la charte de la primaire avaient plus de poids que ça. On ne lui demandait pas de soutenir Benoît à 100%, mais la manière dont il a fait les choses n’est pas à la hauteur d’un homme d’État  ». Avant d’asséner, sec : « Macron propose des mesures en totale contradiction avec les valeurs et l’histoire de la gauche, comme la retraite par capitalisation ou la volonté de gouverner par ordonnances. Que des socialistes historiques n’aient pas la lucidité de voir ça, prouve la fracture profonde qui nous divise aujourd’hui ».

Car c’est bien là que le bât blesse. Le Parti socialiste n’a jamais été autant divisé à la veille d’une élection présidentielle. Rajouté à cela le poids du bilan du quinquennat de François Hollande et le désintérêt des Français pour la classe politique et il devient compliqué de faire campagne pour un candidat que les sondages ne placent plus au-dessus de 10% d’intention de vote : « Ce n’est pas simple, la campagne est bouffée par les affaires, les trahisons, reconnaît Michel Pouzol. Mais je reste persuadé que Benoît sera au second tour. Rappelez-vous, il n’était pas favori de la primaire de la gauche et ça ne l’a pas empêché de la remporter. Et puis il est toujours plus compliqué de faire passer des idées neuves ».

« Sans l’humain, la politique ne sert à rien »



Avec sa casquette de porte-parole, il continue donc de sillonner la France de ville en ville, de meeting en meeting, de réunion publique en réunion publique pour tenter de convaincre les Français de voter pour le projet de son candidat. Avec une mesure phare qu’il entend bien défendre : le Revenu universel d’existence (RUE). « C’est révolutionnaire pour la société française, estime-t-il. C’est plus qu’une source de revenus supplémentaires qui répond aux besoins fondamentaux : se loger, se nourrir, se soigner, s’éduquer etc. Cela va libérer des énergies, ce sera une force créatrice qui va permettre aux gens d’entreprendre en assurant leurs arrières ».

Estimé à 35 milliards d’euros pour l’État, le RUE doit permettre de verser tous les mois 600 euros pour les jeunes de 18 à 25 ans et les salariés qui gagnent moins de 2 200 euros nets mensuels. Une proposition forte, qui touche le député essonnien forcément plus qu’un autre au regard de son passé : « Lorsque je faisais du cinéma, et que j’attendais que les revenus tombent, je n’aurais peut-être pas sombré si facilement si une mesure pareille existait ».
Alors, à l’image du programme, il faut l’expliquer, quitte à y passer une soirée entière : « Les gens ne comprennent pas comment ça marche, car on inverse le système des aides sociales. Jusqu’à présent, tout ce que donnait l’État était pour les personnes en difficulté et toujours soumis à conditions. Là, le revenu universel n’est plus un revenu pour vivre, c’est un revenu parce que vous êtes vivant. Sans l’humain, la politique ne sert à rien  ». Et qu’on ne lui parle pas de marchepied vers l’assistanat : « Je peux vous assurer que les gens qui touchent les minimas sociaux ne pensent qu’à travailler. Ce qui encourage l’assistanat et la paresse, c’est les mecs qui vivent des dividendes du CAC 40, qui ont hérité. Eux, ce sont des branleurs qui ne foutent rien, ce sont des vautours qui vivent sur le dos de la société ! »

Benoît Hamon possède de nombreux soutiens en Essonne, dont Hella Kribi-Romdhane, Maryvonne Boquet, Michel Pouzol (au centre), Ophélie Guin ou Olivier Thomas (JL/EI).

Benoît Hamon possède de nombreux soutiens en Essonne, dont Hella Kribi-Romdhane, Maryvonne Boquet, Michel Pouzol (au centre), Ophélie Guin ou Olivier Thomas (JL/EI).

À deux semaines du premier tour de la présidentielle, Michel Pouzol croit donc toujours en la victoire de Benoît Hamon et de son programme. Il croit en l’interdiction du cumul des mandats sur le long terme, à la suppression de la réserve parlementaire, au renforcement du Parlement par la proportionnelle, à la constitution d’une assemblée citoyenne… Avec toujours la lucidité et le franc-parler qui le caractérise : « Les gens se tournent vers Mélenchon parce qu’il n’a jamais gouverné. Mais s’ils lisaient davantage notre programme, ils se rendraient compte que nous sommes proches sur beaucoup de sujets. Or, nous avons plus de chances de parvenir à une majorité parlementaire en cas de victoire. Rien n’est joué, celui qui n’a pas tout donné n’a rien donné  ».

Ce mardi 11 avril, il suivra Benoît Hamon à Lyon et Villeurbanne, avant de revenir en Essonne mercredi pour une réunion publique à Breuillet. Puis suivront Bordeaux, les Pyrénées-Atlantiques – où le revenu universel va être expérimenté – avant Clermont-Ferrand, sa ville natale, le 20 avril. Sans oublier ce pourquoi il s’est tant battu dans sa vie : sa femme et ses enfants, à qui il essaie d’accorder le maximum de temps malgré un calendrier chargé. D’ailleurs, son portable vient de vibrer. L’écran s’allume juste assez longtemps pour distinguer l’icône d’un célèbre jeu vidéo japonnais. « – Ça joue à Pokémon un député ?  », ose-t-on. « – Oui, sourit-il. C’est une compétition avec ma fille ! Je suis même au niveau 30, c’est pas mal non ? (rires)  ». « Attrapez-les tous ! » dit le slogan. Si seulement ces petites bestioles étaient des électeurs…

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