« Honnêtement, ça ne m’intéresse pas ». « Je ne vois pas l’intérêt de voter pour quelqu’un qui ne va rien changer ». « Pour moi la politique c’est une grosse comédie. Un bal d’hypocrites. Ils prétendent tous vouloir faire quelque chose, mais ils ne font rien ». Voici quelques phrases entendues à la sortie des lycées et de l’université d’Évry, lors de nos précédents épisodes consacrés aux jeunes dans la campagne. Dans cette classe d’âge, nombreux sont ceux qui peinent à trouver leur compte dans cette campagne présidentielle, et au sens large, dans la vie politique de leur pays. Certains expriment du désintérêt. Mais ce qui semble dominer, c’est un sentiment de frustration. D’autres ont un vrai désir de participation, assorti d’une forte déception, car l’offre politique est en décalage avec leurs attentes, mais aussi parce qu’ils n’ont pas toujours les clefs pour comprendre ce milieu. « Avant de parler de la politique, j’aimerais la comprendre, note une jeune lycéenne d’Athis-Mons. En milieu scolaire, nous n’avons que peu de cours à ce sujet. C’est fort dommage, car quand on arrivera en âge de voter, nous serons en partie désarmés face à ce milieu ».

Ainsi, ne tombons pas dans les idées reçues. Tous les jeunes de 18 à 25 ans ne sont pas à mettre dans le même panier. Le désintérêt et la frustration exprimés sont palpables dans les autres classes de la société. Toutefois, selon les différentes études, la classe élargie des 18–35 ans compte parmi celles qui se déplacent le moins dans les bureaux de vote. Plus de deux tiers d’entre eux étaient dans les rangs des abstentionnistes pour les élections régionales de 2015. Pour tenter de comprendre un peu plus ce phénomène, nous nous sommes tournés vers des jeunes bien sûr. Tous ont entre 20 et 25 ans et militent pour un parti depuis quelques mois, voire quelques années. Un engagement qu’ils expliquent par des ancrages familiaux, des convictions personnelles ou encore par des rencontres. Retour avec eux sur ce qui fait leur engagement.

Un milieu plein d’idées reçues

D’où peut provenir ce « désamour » pour la politique ? « Il y a sans doute le fait que d’une manière générale, les politiques s’intéressent peu à la jeunesse », lance Valentin Bodet. Ce dernier, bientôt 21 ans, est l’animateur fédéral du mouvement des jeunesses socialistes (MJS) de l’Essonne. Engagé dans la campagne de la primaire de la gauche de 2011 dans le camp de Martine Aubry, celui qui milite aujourd’hui pour Benoît Hamon estime que certains jeunes de son âge pourraient « ne pas se sentir considérés  » et trouveraient « le milieu inaccessible pour des jeunes de 20 ans ». Des propos relayés par une autre militante, engagée auprès d’Emmanuel Macron. « Les jeunes sont fatigués des débats et élections politiques qui s’enchaînent sans que leur quotidien en soit véritablement changé ; ils attendent désormais un changement profond », ajoute Candice Fœhrenbach, la référente Jeunes avec Macron Essonne (JAM91).

Une analyse que partagent de nombreux autres jeunes militants, engagés dans d’autres mouvements. « C’est sans doute un problème générationnel », résume pour sa part Joanna Moreira, déléguée des jeunes de Debout la France, le parti du candidat Nicolas Dupont-Aignan. De son côté, Antoine Petitmangin, ancien animateur fédéral des MJS 91, qui a rejoint aujourd’hui le mouvement de la France insoumise de Mélenchon va même plus loin. « Je crois que la rupture date du début des années 1990. À cette époque, on a commencé à faire croire qu’il n’y avait pas d’alternative possible à la classe politique existante. Le discours politique devient également technocratique, avec un vocabulaire et une manière de faire d’experts-gestionnaires qui excluent les non-initiés. On a fabriqué l’idée que la politique est réservée aux élites, qu’il faut être qualifié pour pouvoir en faire ». À cause de cela, les jeunes « se mettent des barrières », renchérit Gabrielle Amzal des jeunes Républicains 91 et « parfois, il est difficile de les faire tomber ». « Sur des questions de crises financières publiques par exemple, tant sur le fond que sur la forme, cela ne parle pas à tout le monde, commente la jeune femme de 23 ans. Ce sont des notions que nous pourrions apprendre durant notre scolarité, mais ce n’est malheureusement pas le cas partout, notamment dans les écoles publiques, où les jeunes sont moins conscientisés que dans le privé. C’est fort dommage de voir ces disparités ».

« De nouvelles façons de débattre »

Alors, comment faire pour redonner envie aux jeunes de s’intéresser à la vie civique de leur pays ? « En cassant les codes et les idées reçues sur le milieu, commente Gabrielle Amzal. Il faut trouver de nouvelles façons de débattre avec ceux qui se sentent en marge de la vie politique, poursuit celle qui fait campagne pour François Fillon. Il y a un côté un peu sacralisé dans ce milieu, et je cherche à le dédramatiser. Avant de s’engager en politique, on n’est pas obligé de tout savoir sur tout, ça vient au fur et à mesure. C’est quelque chose qui selon moi fonctionne au niveau local ».

Trouver de nouvelles formes d’approches de la politique, c’est aussi ce que défend Candice Fœhrenbach, proche d’Emmanuel Macron qui vit sa première expérience en politique à l’occasion de la présidentielle. Pour cette dernière, il faut s’intéresser aux habitudes de consommation de jeunes. « Il faut dynamiser la campagne par l’usage des réseaux sociaux, assure celle qui encadre 165 jeunes, engagés aux JAM91. C’est le meilleur moyen de toucher les jeunes et de les tenir informés des débats en cours ». Même son de cloche pour Antoine Petitmangin qui souligne l’importance du 2.0. « Mélenchon a lancé une chaîne YouTube qui permet de toucher un maximum de gens, notamment les jeunes. En 20–30 minutes, il explique, analyse et arrive à parler d’un sujet de façon directe et précise. Certains le connaissent d’ailleurs grâce à ça. Il a modernisé sa communication et la façon de faire de la politique ».

Toutefois, rien ne semble remplacer le « terrain ». Tractage, collage, boîtage sont donc de mises. « Durant ces opérations, nous visons en priorité les jeunes en ciblant des lieux comme les grandes écoles ou encore les gares, indique Milvia Mangano, responsable FNJ de l’Essonne. Nous avons tracté à l’université d’Évry récemment et je vais organiser une opération à Paris-Saclay ». Pour ce faire, la jeune étudiante engagée dans la campagne de Marine Le Pen explique « agir avec près de 250 jeunes sur le département. On arrive bien à mobiliser. Une soixantaine d’entre eux sont prêts à bouger, mais c’est vrai que ceux qui vivent dans le Sud-Essonne ont plus de mal à bouger et à s’impliquer sur le nord du département. Certains n’ont pas le permis ». Le terrain reste donc le meilleur moyen de créer du lien, mais aussi de faire passer des messages. C’est aussi ce que pense Valentin Bodet. Le jeune homme du MJS assure que le programme de son candidat est « étayé avec les idées des gens rencontrés sur le terrain qu’on remonte au national. Afin de pouvoir casser les a priori sur le milieu de la politique, il faut faire en sorte de prendre les gens en considération. C’est pourquoi nous bâtissons le programme de notre candidat en bonne intelligence. Nous visons ainsi principalement les jeunes pour qu’ils construisent le programme et les propositions qui les concernent ».

« Aller vers eux », c’est aussi le maître mot pour Joanna Moreira. La jeune femme qui s’est engagée auprès de Nicolas Dupont-Aignan à l’occasion des élections européennes de 2014, affirme qu’il faut « essayer de dynamiser la campagne en conviant les jeunes à certaines réunions. Par exemple, plusieurs jeunes avaient été invités par Debout la France (DLF) pour venir assister au débat télévisé au sein du QG de campagne. Ça crée du lien et ça permet d’échanger ». Votez jeunesse !