Les élus ou cadres socialistes qui soutiennent Emmanuel Macron auront-ils droit à une sanction ? Si oui, quelle en sera l’ampleur ? C’est une question que de nombreux militants du parti au poing et à la rose se posent depuis plusieurs semaines. Ils devraient peut-être avoir quelques éléments de réponse en ce jeudi 6 avril. En effet, le bureau national du Parti socialiste se réunit dans la soirée. Certains de ses membres attendent ce moment avec impatience pour prendre leurs distances avec ceux qui ont rejoint le leader d’ « En Marche ! ». C’est notamment le cas de Gérard Filoche. Ce cadre du parti, ancien inspecteur du travail espère que le cas de ces élus sera évoqué ce jeudi. « C’est vraiment désespérant ce qui arrive au PS, acquiesce-t-il. Il faut les sanctionner. Nous sommes nombreux à le demander ».

Directement dans le viseur de ces cadres, figurent notamment le sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian ou encore le nom de l’ancien Premier ministre, un certain Manuel Valls. Pour rappel, après un très long silence de près de deux mois, et un PS évryen à l’arrêt (lire notre article), il avait officiellement apporté son soutien au candidat Macron, privilégiant le « vote utile » pour « éviter de devoir choisir entre François Fillon et Marine Le Pen au second tour » avait-il déclaré le 29 mars. En Essonne, il avait d’ailleurs fait des émules. Malek Boutih, le député de la 10e circonscription (Sainte-Geneviève) l’avait alors suivi quelques heures plus tard, tout comme son successeur à la mairie d’Évry, Francis Chouat. « C’est parce que je suis de cette gauche progressiste qui refuse le fatalisme et qui agit concrètement pour surmonter les problèmes du quotidien, que je voterai pour Emmanuel Macron », a notamment indiqué ce dernier dans une tribune diffusée sur les réseaux sociaux.

Les défections en série dans l’entourage de Benoît Hamon, le candidat vainqueur de la primaire de la gauche, se multiplient. Pour beaucoup, une sanction s’impose pour ces « traîtres », comme ils sont souvent nommés. Certains sont d’ailleurs catégoriques sur ce point : ils doivent être tout bonnement exclus du PS.

Une exclusion avant les législatives, est-ce possible ?

Car outre le fait de soutenir Macron, un autre point chagrine ceux qui aimeraient voir l’ancien Premier ministre sanctionné. En effet, l’actuel député de la première circonscription de l’Essonne (Evry-Corbeil), tout comme son acolyte Malek Boutih, sont aujourd’hui candidats à leur succession, et toujours sous les couleurs du Parti socialiste. « Ç’en est trop ! Soutenir Macron à la présidentielle, puis repartir comme-ci de rien n’était pour les législatives avec le PS, ça ne passe pas », tranche Gérard Filoche, qui souhaite que ces derniers, à l’instar des autres soutiens d’Emmanuel Macron, soient « mis à la porte du PS ». Est-ce possible d’exclure Manuel Valls et consorts ? Telle est la question ?

Gérard Filoche souhaite exclure Manuel Valls du PS (JL/EI)

Gérard Filoche souhaite exclure Manuel Valls du PS (JL/EI)

Ce n’est pourtant pas la première fois que l’ancien maire d’Évry est menacé d’exclusion du Parti socialiste. Il faut alors remonter en 2009. À cette époque, celui-ci avait envisagé de changer le nom du parti. Piquée au vif, celle qui était alors la première secrétaire du PS, une certaine Martine Aubry, avait brandi la menace de l’exclusion, sans pour autant aller au bout de sa démarche. Pour ce nouvel écart de conduite, qu’en sera-t-il ? « Ce ne sera pas simple, explique Gérard Filoche. Il faut savoir qu’une exclusion demande plusieurs semaines de traitement avant d’être effective. Cela pourrait prendre trois à quatre mois et ça ne devrait pas empêcher ces élus de se présenter aux législatives (Ndlr : 11 et 18 juin) avec l’étiquette PS », constate-t-il avec une pointe d’amertume, en marge d’une réunion publique à Grigny ce mardi soir.

Cependant, une solution plus radicale pourrait contraindre Manuel Valls et Malek Boutih à revoir leurs plans pour les législatives de juin prochain. C’est en épluchant les statuts du parti que Gérard Filoche trouve les réponses à ces questions. « Il faut leur retirer l’investiture pour le scrutin. Un nouveau candidat sera alors désigné dans cette circonscription, et il sera l’unique candidat du PS. S’ils se maintiennent, ils seront ainsi considérés comme un candidat dissident. Ils seront donc de facto exclus du parti. C’est la seule solution de les exclure avant juin », résume Gérard Filoche qui demandera le retrait de l’investiture de Manuel Valls notamment, lors du bureau national du PS.

« En pleine politique-fiction » ?

Mais au bureau national du PS, reste encore à savoir s’ils seront prêts à en aller jusque-là. « Tout est possible. Le bureau devait se tenir lundi dernier en l’absence de Jean-Christophe Cambadélis (Ndlr : le premier secrétaire du PS), mais il a été décalé à ce jeudi pour faire en sorte qu’il soit présent. C’est sans doute signe que de grandes décisions seront prises durant cette réunion », espère l’ancien contrôleur du travail. Bien qu’attristé du choix de Manuel Valls, ce même Jean-Christophe Cambadélis ne semble pourtant pas aussi strict que l’aile gauche du parti. Interrogé sur ce cas, le patron du PS déclarait n’en vouloir qu’aux socialistes qui ont « adhéré au mouvement En Marche ! » et à ceux qui lui « ont accordé leur parrainage », avait-il déclaré mi-mars. Un fait sur lequel s’appuie notamment la fédération socialiste de l’Essonne : « Manuel Valls n’a ni parrainé Macron, ni adhéré à son mouvement. Il n’a pas non plus appelé ses proches à soutenir Macron. Il s’agit juste d’une décision personnelle. Il ne devrait pas en découler de sanctions, encore moins d’exclusion », précise-t-on, avant d’ajouter : « à l’heure actuelle à l’échelle de la région, personne n’a officiellement remis en cause leurs agissements. Manuel Valls et Malek Boutih sont donc toujours investis pour les législatives », confirme la fédération PS de l’Essonne. Où est la cohérence ?

Après Manuel Valls mercredi 29 mars, Malek Boutih a annoncé ce jeudi qu'il voterait pour Emmanuel Macron (DR).

Après Manuel Valls mercredi 29 mars, Malek Boutih a annoncé ce jeudi qu’il voterait pour Emmanuel Macron (DR).

Du côté des principaux intéressés, Malek Boutih affirme « ne pas vouloir être exclu du PS. Je comprends qu’au bureau national, ils se disent obligés de prendre une décision concernant mon cas. Il y aura sans doute une sanction, mais je souhaite qu’il n’y ait pas deux poids deux mesures et que chaque élu soit traité à la même enseigne », lance le député sortant de la 10e circonscription de l’Essonne.

Concernant un possible retrait de son investiture, Malek Boutih n’y croit pas du tout. « C’est une hypothèse purement utopique. On nage en pleine politique-fiction », assure-t-il, avant de tacler ceux qui souhaitent le voir mis à la porte du parti. « Me voir exclure par ceux qui ont déposé une motion de censure contre le gouvernement, cela me fait doucement rire ». Certains caciques socialistes essonniens sont aussi sur les mêmes longueurs d’onde. « Si Macron passe, vous imaginez le PS mettre un candidat face à quelqu’un comme Valls ? Ça ne se fera pas afin d’éviter que la majorité de Macron ne soit composée que de députés issus du parti Les Républicains ».

Les calculs politiciens semblent prendre le dessus sur les convictions. Contacté par Essonne Info, le premier secrétaire fédéral du PS de l’Essonne Carlos Da Silva est pour l’instant peu bavard. « Je m’exprimerai de manière officielle dans les prochaines heures sur ce sujet », a-t-il confirmé. Que fera ce proche soutien de l’ancien Premier ministre, lui qui, à l’inverse de nombreux vallsistes, a choisi de parrainer Benoît Hamon. Prendra-t-il ses distances avec lui. La réponse ne devrait plus trop tarder.