Le bistrot-restaurant le Victor Hugo, à Evry, borde le quartier Champtier du Coq. Ce lundi après-midi, alors qu’un très beau soleil d’avril brille dehors, c’est pourtant devant les résultats du PMU que les habitués se tassent. Au bar, il y a Bernard, barbe blanche, une soixantaine d’années et un petit verre de pastis devant lui. Evryen depuis 25 ans, il a connu la ville en tant que « bastion » de Valls, mais pour Bernard, l’ex Premier ministre restera « le parachuté ». Son cœur va bien plus à gauche, du côté de Mélenchon. « Je ne voterai pas pour Valls, mais pour Mélenchon, lance-t-il d’entrée. Je suis Evryen depuis 1991 et j’ai vu arriver Manuel Valls à la fin des années 1990, c’est un parachuté. Ils ont viré Jacques Guyard pour le mettre à sa place à la mairie. » Et quand on évoque la campagne présidentielle, Bernard n’est pas plus tendre : « On parle de Fillon avec sa compagne, mais pour Valls c’est la même chose. Il ne faut pas oublier que plusieurs policiers gardaient la maison de son ex-femme, et pour ça, qui paie ? Ma gauche à moi, ce n’est pas celle-ci. Ma gauche à moi, elle semble plus logique ».
A quelques mètres, autour d’une petite table, un café devant eux, Diallo et Edouard ont un œil rivé sur l’écran qui diffuse la course. Mais les deux habitués s’ouvrent naturellement quand la conversation démarre sur Manuel Valls… qui, là encore, a fait des déçus. « On a tous été déçus du PS, estime Edouard, 62 ans. Hollande, c’est mitigé. Il n’a pas été mauvais mauvais, contrairement à ce que les gens pensent. C’est le comportement de Valls vis-à-vis d’Hamon qui m’a déçu. »

Diallo, 60 ans, en face de lui, rebondit : « Je ne voterai plus jamais PS, c’est fini. J’ai voté Hollande, mais aujourd’hui non. Le programme du PS a été détourné par Valls. Ils ont promis des choses qu’ils n’ont pas faites. La seule chose positive, ça a été le mariage pour tous ! » Quelques rires résonnent dans le bistrot. Mais selon Diallo, il n’y a pourtant pas de quoi convaincre les Evryens de changer de bord. « Si on discute avec les Evryens, on se rend bien compte qu’Evry a toujours été une ville de gauche. Ça m’étonnerait que ça change. Si Valls se présente à Evry, il sera élu, même difficilement. » Lui est moins convaincu par ce que propose le PS aujourd’hui. « Hamon n’a pas la carrure, il est dans la démagogie. Le revenu universel ? Comme si la France n’avait pas assez de problèmes ! Il va augmenter les impôts, pour payer des abrutis qui foutent le bordel. Non, si les affaires de Fillon n’étaient pas sorties, j’aurais voté pour lui… ». Edouard termine la conversation en confirmant que pour lui aussi, le PS c’est fini. « Moi je voterai pour Macron, on veut voir de nouveaux visages. »

A Evry, Valls ne semble plus faire l'unanimité (JL/EI)

A Evry, Valls ne semble plus faire l’unanimité (JL/EI)

Jean-Blaise, l’un des turfistes, est sur la même longueur d’ondes que Diallo, mais a décidé de ne pas se formaliser des affaires : «  J’ai lu tous les programmes édités à ce jour et François Fillon m’a convaincu. Il a la qualité d’un homme d’Etat. Les affaires… ce n’est pas ça qui importe ! C’est le fond qui est important. Mais malheureusement, on n’entend pas assez de débat sur ces questions ».
Pour cet habitant du quartier, la désillusion des Evryens envers Valls est de plus en plus vraie. « Valls a déçu, il devait aller jusqu’au bout de son engagement pour Hamon. Cette décision prouve qu’il n’est qu’un opportuniste, contre de nombreux autres. Il est trop calculateur, mais mauvais stratège, en témoignent ses positions sur le 49.3. Un coup je l’utilise, un coup je veux le supprimer. »

« Pour ma part, je suis très satisfait d’Hollande »

Plus loin dans le quartier, il y a le Rallye, café tout neuf avec une belle terrasse ensoleillée. La bière a déjà commencé à couler et la bonne humeur est de mise. Au bar, se trouve Denis, le cœur encore bien à gauche. Il raconte avec fierté avoir «  déjà serré la main de Manuel Valls, plusieurs fois ». « Je vis à Evry depuis 2006, poursuit-il. C’est une ville qui va rester à gauche et je ne pense pas qu’elle basculera. Pour ma part, je suis très satisfait d’Hollande. Sarkozy nous a foutu dans la merde, Hollande a redressé la barre. On aurait dû savoir l’état des comptes, qu’ils soient publiés pour qu’on sache l’état dans lequel il les avait trouvés. Quelles que soient les conditions, nous allons nous réunir. Mélenchon il peut crier, il viendra nous rejoindre. »
Mais ce cuisinier de 49 ans modère son enthousiasme, quand on lui demande ce qu’il voit de l’avenir de la France. « Un jour, le FN dirigera le pays, ça finira bien par arriver. Mais pas pour cette élection, ce sera Macron. » Macron, qui pour Denis, est à gauche, sans hésitation. « Macron, lui il se situe vers la gauche, même s’il travaille avec tout le monde. Sarkozy l’avait fait, avec Kouchner par exemple. »

Aux Ulis, la campagne anime quelques bistrots (JL/EI)

Aux Ulis, la campagne anime quelques bistrots (JL/EI)

Aux Ulis, depuis la destruction de la dalle, il est difficile de trouver un bistrot digne de ce nom. Nous finissons par atterrir aux « Ulis des amonts », après les Bergères, sur une petite place commerciale. Autour du bar, des affiches déchirées de Benoît Hamon nous donnent le ton : le PS n’a peut-être plus une place si assurée aux Ulis. Au bar, nos impressions se voient confirmées par Sakka, un habitué. Né en 1946, l’homme connaît bien les Ulis et confirme qu’il voit la tendance changer. « Les dernières élections ici, c’était plutôt à droite. Mais pour la Présidentielle, d’après ce que j’entends, ce serait plutôt à gauche. Mais pas la gauche socialiste, hein ! Plutôt Mélenchon. A moins que Mélenchon et Macron ne se mettent ensemble. Macron lui, c’est un vrai maquereau… il appelle des gens de droite, de gauche… Ici ce sera Mélenchon ou le FN. Car il y a un vrai vote FN aux Ulis, même s’il est caché. »

« Moi je ne voterai jamais FN, embraye Adolfo, un kir devant lui. Mais j’en connais qui le feront. Ils se disent : pourquoi pas FN, même s’ils n’ont pas de convictions d’extrême droite. »
Adolfo, qui connaît bien les Ulis aussi, explique le vote de gauche par le côté populaire de la ville, « comparé à Longjumeau par exemple. Ça n’explique pas tout, mais on peut vraiment dire que le niveau social n’est pas identique. » Il confirme que pour lui aussi, ce sera à la gauche que son bulletin ira. « J’ai voté une seule fois à droite, en 2002 bien sûr ».
« Chirac n’a même pas été reconnaissant, rebondit Sakka. Il n’a rien fait du tout. » En face, on hoche la tête. Quand nous sortons des Ulis des amonts, un détail ne nous échappe pas. Sur un poteau devant la place, des autocollants France insoumise ont été collés, et aucun n’est déchiré.

Notre série vu des bistrots

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