C’est un Conseil municipal mouvementé qui s’est tenu ce jeudi 30 mars dernier au 64 Grande Rue à Juvisy-sur-Orge. Depuis 20h30 ce soir-là, élus majoritaires et élus de l’opposition délibéraient, comme d’ordinaire, autour de différents sujets d’intérêt local et plus précisément autour du vote du budget de la ville. C’est alors qu’aux alentours de 23h15, la situation a totalement basculé. « Alors que le budget primitif de la ville et celui des taux de fiscalité avaient été débattus dans un climat plutôt serein », indique Mounia Benaili – une élue de l’opposition – dans un communiqué, l’examen du rapport de la CRC, Chambre régionale des comptes, s’est finalement engagé. Ce dernier portait alors sur la question de la gestion de la Semardel, la société gérant le traitement des déchets ménagers des Essonniens : « La Semardel pose toujours des questions en Essonne, mais nous étions unanimes sur le sujet en se disant que l’on allait donner acte du rapport et voter une motion pour dire que l’on demande à la Semardel de se référer aux préconisations de la CRC. Il n’y avait pas de problème. Puis, à la fin de ce débat, nous avons juste levé la main pour dire que l’on n’avait pas encore rédigé la motion  », indique Etienne Chaufour, ancien maire de Juvisy et membre de l’opposition de gauche. C’est justement ce moment qu’a choisi Robin Reda, le maire de la ville, pour interrompre le débat démocratique en refusant de donner la parole aux élus de l’opposition. « Il peut évidemment nous arriver de le chercher un peu lors d’autres conseils, admet Etienne Chaufour, « mais là, ce n’était pas du tout le cas  ».

« Je vous demande de partir », « Allez, allez, dehors !  », aurait surenchérit le maire, selon Mounia Benaili. « Je sais que je n’ai pas le droit d’user de mon pouvoir de police en la matière (…) Même si je suis hors la loi, je m’en fiche, je changerai la loi ! », aurait alors répondu Robin Réda face aux protestations de l’opposition évoquant l’interdiction d’exclusion d’élus du débat. « Quand j’entends ça, quand je me dis que c’est le maire de Juvisy qui déclare officiellement qu’il se met en zone de non-droit, je suis effaré. Surtout dans une période où l’on espère que les élus donnent l’exemple…  », se désole Etienne Chaufour. Face à la colère du maire de la ville, l’opposition s’est alors effacée : « Toute l’opposition est partie car il était à un niveau de fureur tel qu’on se demandait même s’il n’allait pas se lever et taper dans le tas ». Pour l’ancien maire de Juvisy, il n’y aurait pas de lien de causalité entre le débat sur la Semardel et l’exaspération de Robin Reda : « Le débat était terminé donc je pense tout simplement qu’il en avait marre. C’est vrai qu’il était 23h15… C’est tard mais, lorsque j’étais maire, j’ai subi ou infligé des conseils jusqu’à 1h du matin sans problèmes. Ce n’est quand même pas extraordinaire surtout lorsqu’il y a le vote du budget », confie-t-il.

Pour Etienne Chaufour et les autres membres de l’opposition, la situation est inédite et aberrante : «  J’ai été éberlué au départ et, un petit peu indigné maintenant car ce n’est vraiment pas l’image que j’ai du mandat d’élu et ce n’est pas ce que je veux pour Juvisy. Je ne veux pas faire de procès d’intention mais je suis élu depuis très longtemps et je n’ai jamais vu ça ». Le groupe envisage de saisir le Procureur et le Préfet du département, « car, malgré tout, on ne peut pas délibérément se mettre hors la loi et virer une partie des élus ».

De son côté, Robin Reda évoque un conseil «  animé », qui s’est tout de même « bien passé puisque le budget a été voté à la majorité avec de bons résultats financiers ». Pour ce qui est de l’animation en fin de conseil, le maire pointe du doigt le temps de parole dont l’opposition aurait « abusé ». De plus, « nous étions clairement dans des postures politiques à l’approche des élections notamment présidentielles et législatives  », confie le maire de Juvisy-sur-Orge, «  j’ai voulu y mettre un terme, je l’ai fait hors-micro et sans insulter quiconque  ». Toutefois, Robin Reda avoue avoir été quelque peu « véhément », avant d’ajouter que « dans le contexte que nous avons vécu ce soir-là, nous étions tous un peu échaudés ». Finalement, le jeune élu a immédiatement fait état de la situation à la Préfète de l’Essonne, dès vendredi matin au lendemain du conseil : « Je lui ai demandé de rappeler à l’ordre l’opposition, en rappelant d’une part les articles de notre règlement intérieur qui stipulent bien que le temps de parole peut être limité par le maire pour fluidifier la séance et, d’autre part, que nous avons à discuter des affaires communales et non pas des candidats et programmes aux élections  », conclut-il calmement. La prochaine séance risque d’être tendue…